INTRODUCTION
En 1881, le colonel Ziegler, alors médecin en chef de l’armée fédérale, me chargea de faire des leçons de chirurgie de guerre aux médecins militaires commandés pour un cours tactique et clinique; dès lors j’ai fait ce cours chaque année, sauf en 1896 et en 1908.
N’ayant de cette chirurgie spéciale que l’expérience limitée que m’en avaient donnée le siège de Paris et la guerre de la Commune, j’ai dû, pour préparer mes leçons, recourir à l’étude des publications anciennes et récentes de chirurgie militaire, accumuler un grand nombre de notes et me tenir au courant des observations faites dans les guerres modernes; de plus, chaque année, une journée a été consacrée à répéter sur des cadavres et divers objets les expériences à l’aide desquelles s’est peu à peu édifiée la théorie de l’action des projectiles et de son mécanisme; j’ai recueilli ainsi un grand nombre de pièces de démonstration. A maintes reprises, plusieurs de mes auditeurs m’ont exprimé le regret que tout le travail consacré à ces recherches, pendant tant d’années, ne laissât aucune trace et le désir que je publiasse mes leçons. Je me suis décidé à le faire et cela d’autant plus volontiers que M. le colonel Murset, qui a succédé au regretté colonel Ziegler comme médecin en chef, a bien voulu m’y encourager.
Il n’est pas douteux que de nos jours, où, dans la plupart des pays, les médecins civils peuvent être appelés à
pratiquer la chirurgie de guerre, il ne soit nécessaire de les mettre au courant des questions spéciales que soulève l’étude des blessures par armes à feu et qu’ils n’ont pas eu l’occasion d’approfondir dans les cours universitaires. C’est précisément cette lacune que sont venues combler, pour les médecins suisses, les leçons de chirurgie de guerre faites aux cours tactiques et cliniques par MM. les professeurs Kocber à Berne, Roux à Lausanne et par moi-même à Genève.
Le petit nombre d’heures dont je disposais pour ces leçons m’obligeait à en limiter le programme et je me suis borné à faire une étude générale des blessures produites par les balles des fusils de guerre. Cette étude comprend d’abord un chapitre consacré à l’examen des propriétés physiques et dynamiques des balles de fusils, puis je passe en revue les lésions qu’elles produisent dans les différents appareils de l’organisme, j’étudie la marche des plaies par armes à feu, leur diagnostic et leur pronostic; un chapitre assez étendu est ensuite consacré à. la théorie de ces blessures, à leur mécanisme tels que permettent de les comprendre les expériences faites par mes devanciers et celles que j’ai répétées après eux; je termine enfin par des considérations sur la thérapeutique chirurgicale spéciale aux champs de bataille, en cherchant à établir quelles sont les méthodes reconnues les meilleures, comment on peut les appliquer et comment doit se répartir l’activité des différentes formations sanitaires en campagne.
J’ai dû, dans ces leçons, me borner à étudier les particularités de la chirurgie de guerre en les envisageant d’une façon générale; je ne pouvais en aborder les détails que les médecins trouveront, du reste, dans les traités didactiques de chirurgie militaire.
J’ai placé à la fin du volume sept planches en phototypie.
La planche II est composée de reproductions de figures
empruntées au livre de G. H. Makins, chirurgien de l’Hôpital St-Thomas à Londres, sur la guerre du Transveial et à l’ouvrage de H. Nimier, médecin-inspecteur, sur les blessures du crâne et de l’encéphale; la planche IV est composée de figures tirées du traité de chirurgie de guerre de E. Delorme, médecin-inspecteur général. Je suis très reconnaissant à ces trois auteurs d’avoir bien voulu m’autoriser à me servir de ces intéressants documents.
Les cinq autres planches sont originales et représentent des pièces expérimentales ou cliniques que j’ai pu recueillir; je les ai accompagnées d’un texte explicatif détaillé.
Le lecteur trouvera dans le chapitre premier des tableaux relatifs aux propriétés physiques et dynamiques des projectiles; des chiffres qu’ils renferment, les uns ont été empruntés à divers ouvrages et particulièrement à ceux de Nimier et de von Goler, d’autres m’ont été fournis par l’intermédiaire du colonel Murset; mes tableaux étant composés d’éléments provenant de ces diverses sources, il ne m’a pas été possible de les accompagner du nom de leurs auteurs, comme je l’aurais fait dans toute autre circonstance.
Si les leçons que je publie dans ce livre sont de quelque utilité aux médecins appelés à donner leurs soins aux victimes de la guerre, mon but sera atteint.