LÉSIONS DES NERFS PÉRIPHÉRIQUES
Comme les artères, les nerfs peuvent être contusionnés ou sectionnés, soit en partie, soit complètement. Peuventils échapper bien que le trajet du projectile corresponde à leur siège et se laisser en quelque sorte pousser de côté comme certains tendons ? Avec les anciennes balles cela pouvait arriver. Delorme l’affirme, bien que selon lui ce phénomène soit plus fréquent pour les artères que pour les nerfs; actuellement il est tout à fait improbable qu’il puisse se réaliser; la forme, la consistance, la vitesse et la force vive des projectiles cuirassés ne paraissent pas le permettre.
Comme pour les artères, je dois vous faire remarquer que les nerfs périphériques peuvent être lésés directement par le projectile lui-même ou indirectement par les fragments et les esquilles d’une fracture; c’est encore, comme pour les vaisseaux, aux membres inférieurs, à
la jambe qu’on observe le plus grand nombre de cas de cette dernière catégorie.
La contusion nerveuse peut être plus ou moins étendue et plus ou moins profonde; l’intensité des lésions dépend de la force vive du projectile et aussi de la résistance plus ou moins grande des parties voisines du nerf qui peuvent jouer le rôle de point d’appui; les nerfs en rapport de voisinage immédiat avec un os, comme le radial ou le péronier, sont souvent très profondément atteints. L’étendue des lésions intimes est ordinairement beaucoup plus grande que ne le feraient supposer les autres caractères de la blessure et, pour Delorme, cela s’explique par le fait qu’un nerf atteint résiste en s’étirant avant de se rompre; cet étirement détermine naturellement la rupture de petits vaisseaux et de tubes nerveux; aussi les troubles consécutifs aux contusions profondes dépassent-ils souvent l’aire de distribution de la partie du nerf directement atteinte.
Les lésions de la contusion sont caractérisées par l’hémorragie interstitielle, la rupture des tubes nerveux, quelquefois par la destruction complète des éléments nobles tandis que l’enveloppe fibreuse a résisté.
Dans les plaies incomplètes ou complètes, la section est tantôt nette tantôt, et plus souvent, irrégulière et l’on trouve au delà et en deçà des lésions de contusion par étirement.
Les conséquences des lésions nerveuses sont soit irritatives, soit paralytiques. La fréquence de la névrite à la suite des plaies des nerfs par armes à feu est bien connue depuis les travaux de Weir Mitchell, Morehouse et Keen publiés après la guerre de la Sécession; elle peut se produire après toute lésion nerveuse légère ou profonde. Ces névrites sont bien moins fréquentes de nos jours et je pense que cette diminution est due à ce que l’infection est ordinairement un de leurs facteurs.
Les paralysies sont la suite des plaies complètes ou incomplètes et il va sans dire que les contusions profondes qui détruisent le nerf partiellement ou totalement peuvent également leur donner lieu.
On a observé quelquefois une variété singulière et paradoxale de troubles fonctionnels : ce sont des paralysies se développant dans une région autre que celle qui correspond à la distribution du nerf blessé, une paralysie du bras droit, par exemple, tandis que c’est le nerf crural qui est lésé; Delorme se demande — et je pense que sa supposition est juste — si ces phénomènes bizarres ne sont pas du domaine de l’hystérie traumatique.