‹ Leçons de chirurgie de guerreChapitre 24 sur 43 · MÉCANISME DES BLESSURES SIMPLES · texte numérisé non relu

MÉCANISME DES BLESSURES SIMPLES

Toutes les lésions produites par les balles sont dues au conflit entre la force vive dont celles-ci sont animées et la résistance des parties atteintes.

Lorsque l’énergie que possède le projectile est suffisante pour vaincre la cohésion des molécules qu’il ren-

contre, il écarte ces molécules ou les chasse devant lui, pénètre dans l’intérieur des parties atteintes ou les traverse de part en part. La force de pénétration d’un projectile est plus ou moins grande et dépend de ses propriétés dynamiques ainsi que de ses propriétés physiques. Souvenez-vous de ce que je vous ai dit de la force vive, du coefficient de pression des projectiles, de l’augmentation considérable de cette force vive et du coefficient de pression des balles de calibre réduit relativement à ceux de projectiles plus anciens.

Mais nous devons tenir compte aussi des propriétés physiques du but si nous voulons connaître toutes les causes qui font varier la pénétration des projectiles. Tout agent, pour produire un effet, dépense une partie de son énergie; si donc une balle atteint un tissu élastique ou un tissu compressible, elle dépense, pour la mise en jeu de l’élasticité ou pour comprimer les molécules, une partie de sa force vive; il lui en reste moins pour rompre leur cohésion, c’est-à-dire pour pénétrer; de même encore, si le but est assez résistant pour déformer le projectile, cette déformation absorbe une partie de la force et la pénétration est diminuée; elle l’est encore dans ce cas par le fait que la balle s’est plus ou moins élargie et que son coefficient de pression par mm“ s’en trouve diminué.

Vous voyez combien sont complexes les conditions dont dépend la pénétration d’un projectile.

Dans les blessures simples, circonscrites, les effets sont limités aux molécules directement touchées ou à peu près à elles seules, les dégâts produits le sont simplement par le fait de la pénétration. Nous devons donc chercher à démêler le mécanisme de cette pénétration, à établir les conditions qui la font varier et à comparer sous ce rapport les effets des armes anciennes avec ceux de nos fusils.

Gomme l’a écrit Nimier, un projectile cylindro-ogival qui rencontre dans sa course un objet résistant agit sur

ses molécules par son choc, par son mouvement spiral, et enfin, lorsque la pénétration est commencée, par sa forme conique qui écarte les molécules; la balle, rencontrant un plan résistant, « lui porte tout d’ abord un coup comme le ferait un marteau, puis elle le pénètre à la façon d'un perforateur, puisqu’elle tourne sur elle-même, et d’un coin, en raison de la forme ogivale de sa pointe. » C’est à l’eissociation de ces trois modes d’action qu’est due la pénétration.

Un grand nombre d’expériences ont été faites relativement à la pénétration des projectiles au point de vue purement tactique et au point de vue chirurgical; j’ai répété, après bien d’autres, plusieurs de ces expériences et je vais vous en indiquer les résultats.

Voyons d’abord ce qu’il en est de la pénétration des balles dans les substances solides.

Nous avons pris comme buts soit une série de plaques de bois, soit une série de plaques de fer; les armes employées ont été le fusil Vetterli et le fusil d’ordonnance suisse; le tir a été exécuté à 50 mètres avec des cartouches à charge normale et des cartouches à charge réduite; ces dernières donnaient au projectile une vitesse initiale égale à la vitesse restante à 800 m. J’indique par O le fusil d’ordonnance et par V le fusil Vetterli, par E la charge entière et par R la charge réduite.

I. But formé par 12 plaques de bois de sapin de 2,6 cm. d’épaisseur placées les unes derrière les autres à 3,1 cm. de distance :

O. E. traverse 12 plaques.

II. Btd formé par une plaque de fonte de 3,5 cm. d’épaisseur :

O. E. trou d’entrée rond de 9,5 mm. sur 10 mm.; trou de sortie de 10 mm. sur 11 mm. au fond d’un entonnoir presque cylindrique de 13 mm. de profondeur.

V. E. trou rond de 12 mm.; trou de sortie rond, de 13 mm. au fond d’un cône de 14 mm. de profondeur.

Page 1