‹ Leçons de chirurgie de guerreChapitre 25 sur 43 · V. E. traverse 2 plaques et fait une impression sur la · texte numérisé non relu

V. E. traverse 2 plaques et fait une impression sur la

L’impression faite par 0. E. est accompagnée d’une fente tandis que celle qui est faite par V. E. n’en présente pas.

Ces expériences démontrent que la profondeur de pénétration dans les corps solides est en raison directe de la vitesse du projectile et en raison inverse de la résistance du but.

Il en est de même pour d’autres substances; que l’on prenne un bloc d'argile pétrie, un hloc de savon, une masse liquide, la balle pénètre dans ces substances d’autant plus profondément qu’elle est animée d’une vitesse plus grande à condition toutefois qu’elle reste intacte. Lorsque la résistance du but, qu’il soit solide ou qu’il soit liquide, est capable de déformer le projectile, de l’aplatir, c’est-à-dire d’agrandir son diamètre, alors la pénétration est moindre, parce que le coefficient de pression par mm^ est diminué et aussi parce que la déformation a consommé une partie de la force vive.

Von Rrun’s a fait une expérience très démonstrative sous ce rapport; il tire à la distance de 12 pas avec le fusil Mauser de 7,65 mm., sur des blocs de bois de hêtre,

avec des balles de plomb et des balles à cuirasse de nickel. La balle cuirassée creuse dans le bloc un canal cylindrique de 54 cm. de longueur et se trouve intacte au fond du trajet, tandis que la balle de plomb ne pénètre qu’à 9 cm., que son trajet a la forme d’un cône très évasé et qu’ellemême est déformée et aplatie.

Pourquoi cette différence énorme dans la profondeur de pénétration des deux projectiles ? Pour les deux raisons suivantes : en premier lieu, la déformation a employé une certaine quantité de la force vive de la première balle et, en second lieu, par le fait de cette déformation, le diamètre de cette balle a augmenté, son coefficient de pression par mm^ a diminué, puisque l’énergie totale a dû se répartir sur une plus grande surface. Il faut donc bien que la pénétration soit moindre.

Les anciens projectiles en plomb s’aplatissaient facilement contre les os, même contre les aponévroses épaisses, les projectiles cuirassés les traversent et, le plus souvent, sans se déformer: les derniers doivent donc pénétrer bien plus profondément que les premiers; c’est le cas en effet.

Une expérience de Kocher met encore en évidence d’une façon frappante l’influence de l’augmentation du diamètre des balles de plomb par déformation sur leur pénétration. Il tire avec le fusil Vetterli dans une masse d’eau renfermée dans un grand réservoir métallique allongé; sur la face qui regarde le tireur on a découpé un rond de métal qui a été remplacé par une peau de tambour et c’est à travers cette peau que pénètrent les balles. Avec une balle animée de la vitesse de 410 m., la pénétration est en moyenne de 115 cm. si la balle est en plomb mou et de 208 cm. si elle est en plomb dur; la différence de pénétration provient de ce que le plomb mou s’est aplati tandis que le plomb dur est resté presque intact; ce qui prouve bien que cette explication est juste, c’est que la même balle de plomb mou pénètre plus profondément (à 263 cm. au

lieu de 115 cm.), si elle n’a qu’une vitesse de 250 m. au lieu de 410 m., parce qu’alors elle se déforme moins.

Il est donc démontré que la profondeur de pénétration est en raison directe de la vitesse et en raison inverse du diamètre.

Il nous faut maintenant examiner quelle est l’influence de la masse puisque cette masse figure dans la formule de la force vive. La masse étant le produit du volume par la densité, on peut la faire varier par un changement de l’un ou de l’autre de ces deux composants.

Si le volume du projectile est augmenté, la densité restant la même, la force vive est nécessairement ancrue et il semble qu’il doit en être de même de la force de pénétration; pas toujours, et voici pourquoi : réfléchissez que si le volume du projectile est augmenté par agrandissement de son diamètre, le coefficient de pression par mm^ va baisser et la force de pénétration en même temps; l’accroissement de la masse peut, dans ce cas, ne pas compenser du tout ou ne compenser qu’en partie l’effet de l’abaissement du coefficient de pression; si, au contraire, la masse est augmentée par allongement du projectile, alors le coefficient, au lieu d’être diminué, est augmenté et la force de pénétration l’est aussi.

La masse peut être augmentée par l’accroissement de son autre composant, savoir la densité du métal employé. A volume égal, une balle formée d’un métal plus dense possède une force vive plus grande et il en résulte que sa force de pénétration doit être plus considérable; voilà ce que nous indique le raisonnement, voyons si l’expérience confirme cette présomption.

Je ne connais pas d’expériences faites pour résoudre cette question en ce qui concerne les substances solides, mais Kocher en a pratiqué pour les liquides. Il a tiré, dans une masse d’eau renfermée dans un réservoir métallique, des projectiles de même volume et de densités va-

riées, et il a vu que la profondeur de pénétration est en raison directe de leur densité; voici une partie des résultats qu’il a enregistrés :

Densité Poids

Vitesse. Projectiles. du métal, du projectile. Pénétration.

Métal Rose ....

242cm

Cuivre

214cm

Etain creux rempli de bois.

161cm

Plomb mou. .

Cuivre

Etain creux rempli de bois.

Si je n’ai pas fait figurer les balles de plomb dans la première partie du tableau, c’est qu’à la vitesse de 410 m. elles se déforment et que, par ce fait, leur pénétration est diminuée. Vous voyez que soit à 410 m. de vitesse, soit à 250 m., c’est la balle dont le métal est le plus dense qui pénètre le plus profondément, que la pénétration dans l’eau est en raison directe de la densité. Il doit en être de même dans les autres milieux.

Nous venons de voir quels sont les facteurs qui influent sur la pénétration dans les solides d’abord, puis dans les liquides ; mais s’il se trouve dans notre organisme des parties solides comme les os, d’autres liquides comme le sang ou l’urine, la plupart de nos tissus ne sont ni solides ni liquides, leur composition est mixte et ils renferment tous une proportion plus ou moins forte d’eau. Il est donc des plus important de savoir comment se comportent les projectiles qui pénètrent dans des substances analogues aux parties molles du corps humain.

De très nombreuses expériences ont été faites sur la pénétration des balles dans les milieux demi-solides, demiliquides, comme Vargile pétrie, le savon, la cire d'aheille;

elles ont montré que, dans ces milieux comme dans les autres, la profondeur de pénétration est en raison directe de la vitesse et en raison inverse du diamètre. Je vous donnerai comme exemple les résultats du tir sur un bloc d’argile pétrie obtenus par un officier belge, le colonel Henrard; j’ai, du reste, répété ces expériences chaque année à l’occasion de ces leçons. Le bloc d’argile est un parallélipipède de 40 cm. de côté et de 1 m. de longueur. En tirant à 12 pas des balles de plomb de 25 grammes sur le bloc, on voit s’y creuser une vaste excavation qui s’élargit peu après l’entrée, puis se rétrécit et se termine par un canal conique, le tout figurant assez bien un flacon à large panse et à long col; au fond du canal se trouve la balle déformée en champignon; avec 5 gr. de poudre, la profondeur de pénétration est de 58 cm., avec 4,3 gr. de 52 cm. et avec 1 gr. de 33 cm. Si, au lieu d’une balle de plomb qui se déforme, on prend une balle d’anier du même poids et animée d’une vitesse sensiblement la même, c’est un canal beaucoup plus étroit qui se forme et il mesure 78 cm. pour la charge de 5 gr., 68 cm. pour celle de 4 gr. Ces résultats montrent que la profondeur de pénétration augmente avec la vitesse et est en raison inverse du diamètre; en effet, si la balle de plomb pénètre moins que la balle d’acier, c’est parce que la première augmente de diamètre en se déformant, tandis que la seconde reste intacte.

Nous pouvons maintenant conclure et dire que la profondeur de pénétration dans tous les milieux est en raison directe de la vitesse et de la densité et en raison inverse du diamètre; que, par conséquent, dans les blessures simples les projectiles pénétreront d’autant plus facilement et d’autant plus profondément que leurs vitesses seront plus grandes, que la densité du métal qui les compose sera plus élevée et que leur diamètre sera moindre, à condition que leur masse soit suffisante. C’est pour ces raisons que les

projectiles modernes de petit calibre, peu déformables et animés de très grandes vitesses, traversent si facilement nos tissus les plus résistants tandis que les anciennes balles étaient souvent arrêtées dans leur course par la résistance des os ou même par celle des tissus fibreux ou bien déviées de leur trajet; c’est pour ces raisons que nous n’avons pour ainsi dire plus jamais l’occasion de voir aujourd’hui les plaies en cul-de-sac, les plaies en contour et les trajets indirects, si fréquents jadis.

Si la profondeur de pénétration dépend surtout des qualités dynamiques des projectiles, la forme des lésions dépend beaucoup aussi des qualités des tissus et je vous ai dit, chemin faisant, comment leurs propriétés diverses influent sur cette forme. Il me paraît intéressant de vous montrer le résultat des expériences en ce qui concerne le rôle de l’élasticité.

Elles montrent combien sont minimes les orifices d’entrée et de sortie quand une balle traverse une substance élastique. Les plaques qui nous ont servi étaient en caoutchouc impur, elles avaient une épaisseur de 1 cm., les projectiles employés furent celui du Vetterli et celui du fusil d’ordonnance et le tir fut effectué à la distance de 50 m. avec la charge normale et avec une charge réduite, calculée pour donner une vitesse initiale égale à la vitesse restante à 800 m.

Armes et charges.

Entrée.

Largeur de l’auréole.

Sortie.

Qmm

0«nm^2

imm 5

sur 3“""

0mm,2

2“™,5 sur 3“*"^

sur3™“

Remarquez que l’orifice d’entrée est entouré d’une zone dans laq[uelle le caoutchouc a pris une couleur noire qui tranche sur celle du voisinage; cette altération est l’indice

du frottement qui s’est produit sur les parois de l’entonnoir; je désigne cette zone par le terme d’auréole. L’auréole est plus large avec V. R. qu’avec V. E., avec O. R. qu’avec

Les orifices de sortie moins réguliers que ceux d’entrée ne présentent aucune auréole à leur pourtour.

Il s’est passé sur la plaque exactement ce qui se passe sur la peau; le caoutchouc, grâce à son élasticité, s’est laissé déprimer en entonnoir avant d’être perforé et la balle a frotté énergiquement contre les parois de cet entonnoir; l’auréole est l’analogue de la zone brune de contusion qui entoure l’orifice d’entrée à la peau.

La puissance énorme de nos projectiles, au point de vue de leur pénétration, est due surtout à la pression exercée par eux sur les molécules cohérentes du but atteint; mais elle est certainement augmentée par le mode d’application de leur force vive et tout particulièrement par le mouvement spiral, d’une rapidité presque inimaginable, dont ils sont animés. Si l’on essaie de faire pénétrer un clou à coups de marteau dans un os compact, on ne peut y arriver et l’on n’a aucune peine cependant à traverser ce même os avec un perforateur; de même, ce que ne pourrait effectuer le choc du projectile est instantanément produit par sa pointe tournant avec rapidité, en même temps qu’elle presse avec une force incomparable.

La pénétration une fois commencée est encore facilitée par la forme conique du projectile qui écarte les molécules, les chasse de côté et les comprime.

De ce mécanisme complexe résultent la pénétration et la formation des orifices et du trajet des blessures simples.

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