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VI. Augmentation brusque de la pression hydraulique

— C’est W. Busch de Bonn qui, le premier en 1873, à la suite d’expériences que je vais vous indiquer, émit l’idée que l’augmentation brusque de la pression hydraulique devait jouer un rôle dans les blessures explosives produites par le Chassepot surtout et aussi par le fusil prussien; il avait cherché à démontrer que ces effets étaient dus à la fusion du plomb et à la projection par la force centrifuge des particules fondues. Pour continuer son étude, particulièrement en ce qui concerne le crâne, faute de matériel suffisant il eut l’idée de se servir de sphères de métal remplies de substances molles, demiliquides, puis d’eau pure; il vit alors qu’une sphère pleine d’eau vole en éclats au passage d’une balle, que le contenu est projeté en l’air, que la paroi est disloquée et que ses bords déchirés sont renversés dans tous les sens, même dans celui du tireur. Il vit ensuite que les mêmes effets se produisent si au lieu d’une sphère close on emploie des cylindres de fer-blanc ouverts en haut; enfin, tirant sur un de ces réservoirs rempli de cervelle et fermé par un bouchon de bois, il vit que, tandis que la boîte

fut complètement déchirée, son contenu fut projeté dans tous les sens, en avant, latéralement et en arrière du côté du tireur. Dans les boîtes vides, au contraire, la balle ne laisse comme trace de son passage qu’un trou d’entrée et un trou de sortie arrondis. Dès lors on ne pouvait plus invoquer la force centrifuge seule mais, d’après Buscb, l’augmentation de la pression hydraulique jouait aussi son rôle dans la production des phénomènes; l’action de la force centrifuge ne pouvait en effet expliquer la projection en arrière.

Busch, voulant se rendre compte de la justesse de son hypothèse, expérimenta ensuite en se servant de diaphyses pleines et de diaphyses vides. Il choisit des os plus gros que ceux de l’homme, les fit scier en travers par le milieu et vider de leur moelle; après plusieurs échecs il réussit à obtenir sur une moitié d’humérus de bœuf un séton simple; il fixa ce fragment à l’autre moitié de l’os avec du plâtre, fit boucher les ouvertures du séton, remplir le canal médullaire avec de la graisse et fermer l’ouverture de l’épiphyse qui avait été faite pour ce remplissage; ayant atteint d’une balle l’os ainsi préparé, il le vit voler en éclats projetés dans toutes les directions, en avant, latéralement et en arrière du côté du tireur. Un autre os préparé de la même façon, mais vide, atteint par une balle fut fracturé comminutivement, mais, de ses fragments projetés assez loin, aucun ne se dirigea en arrière dans la direction du tireur. Cette expérience confirmait les précédentes d’un façon éclatante; il semblait donc démontré que l’augmentation brusque de la pression intérieure, due à l’entrée du projectile dans le contenu de la sphère, des boîtes ou du canal médullaire expliquait l’éclatement du contenant et pouvait être regardée comme la cause des phénomènes explosifs.

Nous verrons plus tard quelles objections soulève cette interprétation et qu’il s’en faut que la pression s’exerce

toujours dans tous les sens également. Il est cependant certain maintenant que le phénomène de projection en arrière observé par Busch n’est pas si exceptionnel qu’on l’a cru depuis; l’idée est venue à Tillman d’enregistrer les images par le cinématographe, et je vous rappelle les figures cinématographiques représentant une perforation du crâne publiées par Nimier; on voit nettement dans l’une d’elles la substance cérébrale projetée en arrière à la plaie d’entrée; cette question mérite donc d’être étudiée avec l’aide de ce nouveau et précieux moyen d’enregistrement que donne le cinématographe.

L’expérience primordiale de Busch a été le point de départ d’un très grand nombre de recherches; Kocher, Beger, von Brun’s, Kikusi, Gory, Démosthène, von Goler et Tscherning, bien d’autres encore les ont répétées et variées de multiples façons; nous-même, nous en avons exécuté chaque année devant les chirurgiens militaires suisses.

Nous allons résumer aussi clairement que nous le pourrons les principaux travaux publiées sur ce sujet, chercher à en dégager les conclusions et finalement nous prononcer sur la valeur de l’hypothèse de Busch.

Kocher a été un des premiers à varier et à multiplier les expériences et il les a relatées dans le chapitre de son mémoire intitulé : « La signification de la présence de liquide dans les tissus humains au point de vue de l’action des projectiles. »

La première de ces expériences, dont je vous ai parlé à propos de la pénétration fut faite en tirant avec le Vetterli à 30 m. de distance dans une masse liquide renfermée dans une baignoire; le réservoir présentait une longueur de 345 cm., une largeur de 56 cm. et une hauteur de 61 cm. Les coups furent tirés dans le sens de la longueur et on avait découpé du côté du tireur une ouverture ronde où le métal avait été remplacé par une peau de tam-

bour, de façon à éviter une déformation du projectile avant son entrée dans l’eau. Une série de coups furent tirés avec la charge entière, c’est-à-dire avec 410 m. de vitesse, et avec des balles de plomb mou, de plomb dur, de cuivre, de métal Rose et enfin des balles d’étain creuses; dans une seconde série, la vitesse du projectile n’était plus de 410 m. mais de 250 m., et on se servit de balles de plomb mou, de cuivre et d’étain creuses; enfin, dans une troisième série, la vitesse fut encore abaissée à 150 m. et on ne se servit que de balles de plomb mou. Je vous ai déjà indiqué les résultats obtenus pour ce qui concerne la pénétration et la déformation de certains de ces projectiles; au point de vue qui nous occupe maintenant, voici ce que montra l’expérience : au moment de la pénétration des balles de plomb mou avec 410 m. de vitesse, l’eau contenue était projetée à une hauteur de plusieurs mètres et retombait en douche, tandis que le réservoir éclatait; Kocher, qui avait employé d’abord un réservoir moins long, avait dû le changer contre celui dont je vous ai dit les dimensions, parce que le premier était complètement détérioré à chaque coup et il dut encore le fortifier par des cercles métalliques.

Pour faciliter les expériences, Kocher se servit ensuite de cyhndres de fer blanc de 12 cm. de diamètre et de 18 cm. de hauteur, fermés en bas, ouverts en haut et remplis d’eau; le résultat fut le même, c’est-à-dire que l’eau était projetée en l’air et que les boîtes étaient disloquées. Socin, qui avait répété ces expériences, m’a donné pour ces leçons une série de 12 boîtes de fer blanc qui avaient été tirées par séries de trois, les trois premières vides, trois autres remplies d’eau, trois autres de sable humide et enfin les trois dernières de billes rondes. Tous les coups ont été tirés avec le Vetterli à 12 pas de distance, mais pour la première boîte de chaque série on a employé une charge de 2,6 gr. de poudre, pour la seconde une demi-

charge, c’est-à-dire de 1,3 gr., et pour la troisième une charge de 1 gr. de poudre seulement.

Les effets sont les suivants : avec la charge entière, tandis que les hoîtes vides présentent simplement un orifice d’entrée et un autre de sortie ronds ou peu s’en faut, celles qui sont remplies soit d’eau, soit de sable humide, sont disloquées, souvent désoudées dans toute leur longueur, et il n’est pas possible de trouver un orifice de sortie; l’eau ou le sable, au moment du coup, ont été projetés en l’air. Si la charge est diminuée de moitié ou réduite à 1 gr., les orifices dans les boîtes vides ou pleines sont à peu près semblables et celles qu’on avait remplies d’eau ou de sable humide n’ont pas éclaté, il y a peu ou pas de projection du contenu. Les effets explosifs se produisent donc soit avec un contenu liquide, soit avec un contenu demi-liquide, et ces effets, évidents et intenses avec la charge entière, cessent de s’effectuer lorsque la charge est diminuée. Il faut ajouter que les effets sont bien plus intenses avec un contenu liquide qu’avec un contenu demiliquide et que la teneur en liquide, dans ce dernier cas, fait varier leur intensité. Ces expériences ont été répétées par divers auteurs avec le même dispositif ou avec d’autres analogues et les résultats ont été invariablement les mêmes; de plus, si les boîtes sont remplies de sciure de bois sèche, les effets sont les mêmes que si elles sont vides.

Il semble donc découler de ces expériences que les effets explosifs sont dus à la présence du liquide, c’est-à-dire d’une substance incompressible, sur le trajet des projectiles. Si, comme l’ont fait Kocher et un grand nombre d’expérimentateurs, on remplit les boîtes de chair musculaire, on voit les mêmes phénomènes se produire, à condition que le projectile soit animé d’une suffisante vitesse. Si l’on prend comme cible des organes tels que le foie, la rate ou un crâne rempli de son cerveau, on voit encore l’explosion se produire avec une intensité variable, plus

accusée pour le crâne plein que pour le foie, plus pour le foie que pour les masses musculaires; toujours il faut que la balle ait une vitesse £issez considérable, sans quoi l’explosion fait défaut.

S’il est exact que l’explosion soit due à la brusque élévation de la pression hydraulique amenée par la pénétration de la masse du projectile, il doit en résulter que, plus le diamètre de celui-ci est fort, plus l’explosion est intense. C’est en effet ce que l’on peut vérifier en tirant comparativement avec des balles de différents calibres; plus le calibre est fort, plus l’explosion est intense pour la même vitesse et plus le calibre est fort, plus est étendue la zone de tir dans laquelle se produit l’explosion.

Je vous ai déjà dit que l’intensité des phénomènes explosifs a considérablement diminué par le fait de la réduction du calibre de nos armes et j’ajoute que, tandis qu’à 400 m. de distance, le Vetterli produisait encore des blessures explosives dans les membres, on n’en a observé que très exceptionnellement dans les guerres actuelles, même pour des coups à courte distance. Ce n’est pas seulement la diminution du calibre, mais encore l’adoption de la cuirasse qui ont eu cette conséquence. Tandis que les balles de plomb, surtout celles de plomb mou, se déformaient facilement et que par ce fait leur diamètre, au moment de la blessure, se trouvait agrandi, ü n’en est plus de même aujourd’hui. Cela est si vrai que les balles dum-dum ou les balles évidées de 7 mm. produisent des effets explosifs intenses, parce qu’elles se déforment et par conséquent s’élargissent; l’explosion est même plus intense avec ces balles qu’avec les anciennes armes de 10 mm. parce que leur vitesse est bien supérieure.

Si on tire sur un long bloc de terre glaise molle avec une balle de plomb et avec une balle d’acier, comme l’a fait le colonel ïïenrard, on voit dans le premier cas se creu-

ser une énorme excavation, et dans le second un trajet presque cylindrique.

De tout ceci semble résulter que Fexplosion dans les milieux liquides ou demi-liquides est en rapport direct avec la vitesse des projectiles et avec leur diamètre, et que ceux-ci ne sont capables de la produire qu’à partir d’une certaine vitesse, variable suivant que, d’autre part, le diamètre est plus ou moins grand. Ceci admis, on a voulu faire plus et évaluer l’élévation de la pression produite dans le milieu traversé au moment de l’explosion.

Reger adapta un manomètre soit à des boîtes fermées remplies d’eau, soit à des crânes d’animaux, soit à des diaphyses ou des épiphyses de cadavres, et il obtint les chiffres suivants :

Pression.

Boîtes remplies d’eau .

Crânes frais de mouton

Diaphyses

Epiphyses

^4 à 2 V4 atmosphères.

Von Brun’s fit remarquer qu’en réalité Reger ne pouvait enregistrer, avec son manomètre, que des chiffres correspondant à la pression nécessaire pour produire l’éclatement et que, dans la réalité, la pression totale exercée devait être bien supérieure. Aussi employa-t-il un grand réservoir métallique très résistant et pouvant supporter des pressions bien plus énergiques que celles obtenues par Reger; le tir fut exécuté avec le fusil de 11 mm. et celui de 7,65 et avec des balles soit en plomb mou, soit à manteau d’acier.

Voici le tableau des résultats obtenus :

Calibre

Cuir, d’acier. Plomb mou.

Distances.

Vitesses rest.

F. V. en kf.

Pression en atm.

Calibre 1^65.

Ces chiffres montrent quelle énorme pression détermine dans la masse liquide la pénétration du projectile, puisqu’elle dépasse 15 atmosphères avec la balle de 11 mm. tirée à 25 m.; remarquons en outre que le projectile réduit de 8 mm. en détermine une bien moindre qui ne dépasse pas 8,8 atmosphères à la même distance. Nous voyons aussi que le chiffre de la pression est indépendant de la masse, mais est influencé par le diamètre en raison directe puisqu’à calibre égal la pression est plus forte avec la balle de plomb mou qui se déforme, c’est-à-dire augmente de diamètre, qu’avec la balle cuirassée.

Il faut bien dire que les expériences de von Brun’s ont été faites avec des charges réduites, ce qui ne permet pas de les considérer comme complètement exactes et que, de plus, le tir a été effectué sur un réservoir ouvert, ce qui, naturellement, ne permet pas d’enregistrer la pression totale réellement exercée.

C’est pour remédier à ces imperfections expérimentales

que von Goler a adopté un dispositif différent; le réservoir est une boîte cylindrique en cuivre fermée, à laquelle * est adapté un manomètre spécial; ce réservoir était, dans les expériences, rempli tantôt d’eau, tantôt de matière cérébrale, et voici les résultats obtenus :

Balle à cuirasse d’acier

calibre.

Masse cérébrale 8™™

Eau 8

Eau 8

Eau 8

Eau 8

Distance.

Pression.

18 atm.

Ces chiffres, comme on le voit, ne répondent pas à la loi que l’on pouvait déduire des expériences précédentes; la pression a été très irrégulière, variant de 7 à 20 atmosphères à 100 m., par exemple; son augmentatio'n n’est pas proportionnelle à la distance puisqu’à 400 m. elle a été de 20 atmosphères comme à 100 m. et qu’à 50 m. elle n’a pas dépassé 19,5 atmosphères. Gomme le pensait von Goler, le manomètre enregistre bien une augmentation de pression, mais il ne peut la mesurer exactement parce qu’en réalité les effets mécaniques dus au passage d’un projectile sont tout à fait différents de ceux qui se passent dans une presse hydraulique.

Un fait qui vient à l’appui de cette assertion, c’est que les phénomènes de l’explosion ne se produisent pas uniquement dans les parties liquides ou demi-liquides de l’organisme renfermées dans des enveloppes inextensibles, mais aussi dans des organes qui ne présentent pas ces conditions; comme types des premières, nous avons le crâne rempli par le cerveau ou les diaphyses; comme exemple des autres, la vessie, à contenu liquide, mais à enveloppe extensible, le foie ou la rate, à contenu mou,

mais solide et à capsule extensible et élastique, les muscles dépourvus d’enveloppe continue. D’autre part, l’observation montre que des phénomènes absolument semblables à ceux de l’explosion se passent dans des parties solides comme les os compacts; enfin, nous ne pouvons appliquer la théorie de Buscb que pour les parties composées de substances incompressibles ou au moins très peu compressibles et nous voyons au contraire que les phénomènes explosifs se produisent dans des parties qui ne possèdent pas cette qualité.

Kocher a fait une série d’expériences en prenant pour but différents objets solides tels que des blocs de plomb, des plaques de molasse, des boîtes renfermant des cailloux ou des billes et avec chacun de ces objets il a vu, ainsi que les expérimentateurs qui l’ont imité, que les effets du passage du projectile, bien loin de se faire sentir sur son trajet seulement, se propagent à une certaine distance; il a constaté de plus que leur intensité, loin d’être égale en tous sens, est surtout accusée dans la direction de la sortie. Un des objets expérimentaux qui donne les résultats les plus démonstratifs sous ce rapport, ce sont les boîtes remplies de billes rondes. Dans le tir à courte distance on voit, au moment du coup, les billes projetées au dehors et l’examen de la boîte montre qu’elle présente sur toute sa surface, sur le fond comme sur ses parties latérales, des bosselures dues au choc violent des billes; or ces bosselures sont plus proéminentes sur la paroi opposée à l’entrée de la balle; autour de l’orifice d’entrée il y en a il est vrai, ainsi que sur le fond, mais leur saillie est notablement moindre. Il semble donc que les billes se sont comportées comme le liquide, et cependant, non seulement elles sont compressibles mais encore elles sont séparées par des vides.

Dans les tirs sur des blocs d’argile, de savon, de cire nous voyons de même qu’aux courtes distances les effets

s’étendent au loin et que d’énormes excavations se creusent au moment du passage de la balle.

Parmi les expériences de tir sur les solides, celles dans lesquelles on prend pour cible des plaques de verre sont très intéressantes et très suggestives; nous les avons maintes fois répétées et voici ce que nous avons observé : le tir a été exécuté sur des plaques de verre carrées de 40 cm. de côté, encadrées et recouvertes sur leur partie postérieure d’une feuille de papier noir collé, pour empêcher les débris de se détacher. En tirant à charge entière à 50 m. de distance avec le Vetterli, nous trouvons une perforation à peu près ronde du calibre du projectile; tout autour de cette perforation une multitude de fissures très rapprochées les unes des autres et de 3 ou 4 cm. de longueur lui font comme une auréole; d’autres fissures s’étendent au loin et peuvent atteindre jusqu’au cadre, elles sont plus ou moins ondulées; l’auréole n’est pas formée uniquement par des fissures rayonnantes mais aussi par d’autres fissures, concentriques à l’orifice, de sorte qu’au niveau de cette auréole le verre est morcelé à l’infini et qu’au lieu d’être transparent il est devenu opaque et blanc; enfin les grandes fissures rayonnées sont elles aussi recoupées par de grandes fissures concentriques ondulées de sorte que le verre est découpé à la façon d’un jeu de patience. Chose à noter, ü arrive souvent que si on passe le doigt au ni- \eau des grandes fissures on s’aperçoit que le verre est aussi lisse que s’il était intact, la fissure s’est faite dans son épaisseur et n’a pas atteint la surface antérieure.

Ce qui se passe dans nos plaques de verre est très analogue à ce qui se produit dans les os compacts; dans les fractures du crâne, par exemple, nous observons des fissures rayonnées et des fissures concentriques, mais leur forme, en raison de la différence de la matière, n’est cependant pas tout à fait la même. Les fissures qui morcèlent en esquilles les diaphyses doivent encore en être

rapprochées bien que, dans le crâne comme dans les diaphyses, le phénomène soit complexe.

Ce que nous venons de voir semble indiquer que l’explosion se produit alors par la combinaison de deux effets, l’un dû à l’atteinte de l’enveloppe solide et l’autre à celle du contenu demi-liquide. Dans tous les cas il ressort des expériences de tir sur des cibles solides que la propagation à distance du trajet, ce que l’on a appelé les effets latéraux, est l’analogue de l’explosion pour les objets liquides; on peut se demander si grâce à la vitesse énorme des projectiles les molécules des parties solides, c’est-àdire compressibles, n’ayant pas le temps de céder et de se tasser ne se comportent alors comme si elles étaient incompressibles.

Nous allons voir ce qu’il paraît en être en examinant les objections que soulève l’hypothèse de Buscb; voici ces objections : 1° la théorie de l’augmentation de pression hydraulique n’est valable qu’en ce qui concerne les blessures de parties liquides ou au moins demi-liquides renfermées dans une enveloppe inextensible et close; or nous ne connaissons aucun organe qui présente ces dispositions et les expériences ont montré que les effets explosifs se produisent dans les réservoirs ouverts et non pas seulement dans ceux qui sont clos comme la sphère de Buscb.

2° Si l’hypothèse de Buscb était réellement applicable, il faudrait que l’augmentation de pression se fît sentir également dans toutes les directions. Ce n’est pas le cas, et nous avons vu par exemple, que, dans l’expérience de la boîte remplie de billes, les empreintes sont plus marquées du côté de la sortie.

3° Von Goler a fait remarquer que par le trou d’entrée s’échappe aussitôt le liquide contenu et que par conséquent la pression doit immédiatement baisser.

4° Von Goler encore a montré que si on tire sur un cylindre de plomb, hermétiquement clos, les effets sont dif-

férents suivant qu’ü est vide ou rempli d’eau; dans le premier cas nous trouvons deux orifices arrondis, l’un d’entrée et l’autre de sortie et le cylindre a gardé sa forme; dans le second le résultat est tout autre, l’orifice d’entrée est rond, celui de sortie est irrégulier à grands lambeaux dirigés en dehors, et, de plus, la forme primitive du cylindre est complètement changée, le couvercle et le fond, de plats qu’ils étaient, sont devenus bomhés et la même déformation s’est faite sur les parois latérales de sorte que la capacité du cylindre a augmenté; il est frappant de voir que le maximum de déformation correspond au niveau du passage du projectile et que cette déformation est bien plus accusée à l’orifice de sortie que partout ailleurs. Enfin si, comme l’a fait von Goler, on jauge le cylindre déformé, on constate que sa capacité a augmenté d’une quantité équivalant à plus de 300 fois le volume du projectile lui-même. Il est clair que l’augmentation de capacité devrait être égale au volume même du projectile si les effets produits n’étaient dus qu’à l’augmentation de la pression hydraulique.

On ne peut donc accepter telle quelle l’hypothèse de Busch, elle ne peut s’appliquer intégralement à aucune partie de l’organisme puisque nulle part nous n’y trou- , vons un liquide renfermé dans une enveloppe inextensible et close; elle ne peut nous donner la raison des phénomènes explosifs observés dans les parties solides ou demisolides; elle ne tient compte que de la masse du projectile et pas du tout de ses qualités dynamiques.

I C’est pourquoi von Goler a proposé de changer le terme de pression hydraulique contre celui de pression hydrodynamique qui tient compte de ces propriétés et a émis l’hypothèse que je vous ai donnée au commencement de cette étude comme la septième et dernière de la liste.

Voici comment cet auteur a cherché à expliquer les ' effets explosifs des projectiles aux courtes distances.

Les différents tissus organiques, comme les différents objets expérimentaux peuvent être solides ou liquides, c’est-à-dire compressibles, peu compressibles ou presque incompressibles; ils peuvent être élastiques ou non élastiques. Les liquides sont presque incompressibles, ils sont peu cohérents, labiles et non élastiques; les gaz sont éminemment compressibles, éminemment labiles et élastiques, les solides compressibles, cohérents et plus ou moins élastiques.

Dans les corps solides, d’après von Coler, le travail mécanique effectué par un projectile est donc employé à détruire la cohésion, à effectuer la compression, à mettre en jeu l’élasticité, enfin une partie de sa force est encore absorbée par le frottement; si le corps solide est peu compressible la dépense est par ce fait diminuée.

S’il s’agit d’un corps liquide il faut très peu de force pour détruire la cohésion qui est presque nulle, il n’en est pas employé en frottement, encore moins en compression, la dépense est donc infiniment moindre.

Tandis que dans le cas d’une substance solide la dépense de force est grande et qu’il en reste fort peu de disponible, c’est justement l’inverse dans celui d’une substance liquide, la dépense ayant été faible, le surplus inemployé et disponible est grand.

Quel effet va donc produire cette réserve ? il va communiquer son mouvement aux molécules du but; celles-ci, animées d’une force vive considérable vont agir sur tout ce qui les entoure, en un mot produire des effets latéraux intenses, donner lieu à l’explosion; les molécules solides moins énergiquement chargées de puissance en produiront de moindres.

Nous savons que les projectiles sont animés à la fois d’un mouvement de propulsion et d’un mouvement de rotation; ce sont ces deux mouvements combinés qui seront communiqués aux molécules atteintes et on comprend

que de cette association résulte leur projection en tous sens mais plus énergique dans la direction du trajet; ces molécules forment comme une gerbe de petits projectiles, doués chacun d’une force considérable malgré leur petite masse, grâce à la vitesse énorme qui leur a été communiquée. Cette représentation des phénomènes paraît bien répondre à la réalité et ne se heurte pas aux objections que soulève l’hypothèse de l’augmentation de la pression hydraulique.

L’hypothèse de von Goler me paraît être, de toutes celles que nous venons d’examiner, celle qui explique de la façon la plus exacte les phénomènes explosifs. Ces phénomènes seraient dus : à la pression hydrodynamique et à la communication de vitesse aux molécules des tissus atteints, particulièrement de ceux qui sont incompressibles.

Il reste encore, malgré tant de travaux, bien des points à élucider; nous ne sommes en particulier pas du tout au clair sur le rôle que le mouvement spiral imprimé par les rayures joue dans les phénomènes; si nous savons bien qu’ü facüite la pénétration, la balle agissant comme une vrille, nous ignorons son importance réelle dans les blessures explosives ou du moins nous ne démêlons pas la valeur de la part qu’il y prend.

J’espère en tous cas, Messieurs, avoir éveillé votre intérêt pour les hypothèses que nous venons d’examiner et vous avoir montré que, si le problème n’est pas actuellement complètement résolu, un grand pas au moins a été déjà fait vers sa solution.

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