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A la pression hydrodynamique et à la communication

de vitesse aux molécules des tissus atteints, particulièrement de ceux qui sont incompressibles.

Examinons ces hypothèses.

I. Pénétration d’air comprimé dans la blessure. — Cette hypothèse a été émise par Melsens et Morin et ils se basaient sur les observations suivantes.

Melsens avait été frappé des effets produits par une balle atteignant un bloc d’argile molle; je vous ai dit qu’on voit s’y creuser une énorme excavation commençant par une large ouverture, suivie d’un renflement qui se rétrécit ensuite pour se terminer en cône très allongé, le tout figurant un flacon à large panse et à long col; il avait vu en tirant sur des carreaux de verre avec des vitesses croissantes se produire des effets qui lui firent supposer que l’air précède la balle et commence l’action et, peut-être prouvera-t-on, dit-il, que le carreau, dans certains cas, est troué avant d’avoir été réellement atteint par le projectile. Melsens chercha à démontrer la réalité de cette proue d’air en tirant des balles animées d’une vitesse de 400 m. en bronze ou en cuivre rouge sur une plaque de fer; l’empreinte dans le fer est alors bronzée ou cuivrée excepté au centre, et la balle, fortement déformée, présente elle-même à son centre une petite zone sphérique qui tranche sur le reste et où il paraît ne pas y avoir eu contact entre le fer et le bronze. Une balle de plomb tirée avec la même vitesse sur un bloc de plomb pénètre, se déforme et se soude au plomb; en la dégageant avec précaution, on observe que la soudure est parfaite sauf au centre où, dans un petit cercle, elle fait défaut. Plus tard Melsens émit l’idée que dans les blessures de guerre

cet air comprimé et poussé dans les tissus tend à reprendre son volume, se détend et produit ainsi les dilacérations particulières qui peuvent simuler les effets d’un projectile explosif.

Les chasseurs de chamois savaient également que les balles de plomb évidées à leur partie antérieure produisent dans les tissus animaux des délabrements bien plus accusés que les balles ordinaires et ils employaient ces balles évidées pour arrêter plus sûrement le gros gibier.

Nous devons au colonel Henrard un important travail, paru en 1884 sur ce sujet, et dans lequel il réfute, sans réplique possible, l’hypothèse de Melsens.

En ce qui concerne la grande excavation produite en tirant sur un bloc d’argile, il suffit de mentionner l’expérience suivante du colonel Henrard pour être convaincu que le projectile air n’y a aucune part; si l’on tire sur deux blocs d’argile avec deux balles de même calibre à la même vitesse mais dont l’une est en plomb et l’autre en acier, on observe que, tandis que la balle de plomb creuse une cavité dont la capacité mesure 4,500 déc. cubes, celle d’acier donne lieu à un trajet plus long, mais beaucoup plus étroit, qui ne jauge que 3,900 déc. cubes et cependant les deux balles, ayant même diamètre et même vitesse, ont dû comprimer autant d’air l’une que l’autre et aussi énergiquement l’une que l’autre.

Une seconde expérience d’Henrard tout aussi démonstrative dans le même sens est la suivante : il tire avec une charge de poudre de 3 gr. une balle enduite de couleur bleue sur un bloc en fonte, lui-même enduit de couleur rouge; le résultat du tir est caractéristique : sur le bloc, au point d’impact, un cercle de 3 à 4 mm. de diamètre a conservé sa couleur rouge, bien que légèrement ternie; autour de ce point central la couleur a été enlevée, le métal de la fonte est mis à nu sur une surface circulaire d’emdron 15 millimétrés de rayon, terminée par une sorte

(l’auréole à rayons brillants, enveloppée elle-même d’une nouvelle auréole rouge-noirâtre dont l’extrémité des rayons est noire. La balle s’est éparpillée en fragments, les uns conservent à leur surface la couleur bleue, d’autres sont brillants. Le plus gros fragment, du poids de 3 grammes, est tombé au pied de la cible. C’est un disque circulaire qui paraît formé de deux disques accolés et se pénétrant; l’un d’eux, de 3 à 4 mm. de diamètre, est terni, très légèrement teinté de rouge, il a les dimensions du cercle rouge du point d’impact. Tout autour, le métal du second est brillant, avec des rayons irradiant vers la circonférence. La face opposée du fragment est visiblement formée par le fond déprimé de la balle et on reconnaît aisément encore le cordon entourant la dépression, mais celle-ci est bombée en sens inverse comme si elle avait été repoussée en dehors.

Cette expérience, au premier abord, semblait donner raison à Melsens, le contact du projectile au centre du point d’impact ayant été, semble-t-il, au moins peu intime. Mais il suffit à Henrard, pour montrer qu’il n’en était rien, de tirer avec le même dispositif une balle perforée d’avant en arrière d’un canal; l’effet fut absolument le même et le fragment trouvé au pied de la cible était perforé à son centre. Dans ce cas il ne pouvait être question d’air comprimé puisque le canal empêchait toute compression de se produire. Cette expérience donnait, suivant Henrard, l’explication du phénomène, et la voici; je cite textuellement :

« Ce n’est pas d’aujourd’hui, en effet, que l’on sait que les projectiles durs, en se brisant à la rencontre d’un obstacle résistant, fournissent au point d’impact un fragment circulaire dont la surface opposée à l’obstacle a la forme conique. Ce qui se produit pour les projectiles résistants est l’image du phénomène que nous observons dans les balles en métal mou. Au point d’impact un élé-

ment de la balle est brusquement immobilisé. Il entre parfaitement en contact avec la surface de l’obstacle, puisqu’il en ternit la couleur, mais ne glissant pas dessus il ne peut par conséquent la lui enlever. Aussitôt immobilisé, cet élément devient la base d’un cône sur lequel, en vertu de la vitesse acquise et du peu de ténacité du plomb, glissent les autres éléments de la balle, qui, en rencontrant obliquement la surface du bloc, lui enlèvent son enduit tout autour du point d’impact. »

Cette explication nous fait bien comprendre la déformation typique en forme de champignon d’une balle qui pénètre dans l’eau ou dans l’argile.

Quoi de plus probant que ces expériences d’Henrard. Ne savons-nous pas d’ailleurs que les plaies d’armes à feu ne sont pcis compliquées d’emphysème, pas plus les explosives que les autres, ce qui devrait être le cas si l’hypothèse de la pénétration d’air comprimé était fondée?

II. Projection dans les tissus, par le fait de la force centrifuge, de particules du métal de la balle arrivées à la température de fusion. — Pour arriver à une conclusion positive ou négative sur cette hypothèse nous avons à examiner les deux points suivants : a) le plomh des projectiles de guerre peut-il atteindre son point de fusion lors de leur pénétration dans nos tissus ? h) si le métal atteint ce point de fusion, les particules fondues qui s’en détachent sont-elles animées d’une force suffisante pour expliquer les phénomènes de l’explosion ?

a) Socin et Hagenbach ont cherché, je crois les premiers, à établir le fait de la fusion des balles de plomb en s’appuyant, soit sur des considérations théoriques, soit sur l’expérimentation. Ces auteurs se basant sur la théorie de la transformation des forces, pensaient que lorsqu’une balle est arrêtée dans sa course par un obstacle résistant, sa force vive s’emploie en partie à pénétrer, c’est-à-dire

à rompre la cohésion des parties atteintes, mais qu’une partie de cette force vive restée disponible doit nécessairement se transformer en un mouvement moléculaire ayant pour effet l’élévation de sa température. Socin, tirant contre une cible de fer, remarqua que les projectiles recueillis avaient perdu de leur poids; il en conclut que le métal avait fondu et que les particules fondues s’étaient dispersées, se séparant du noyau restant; le même fait se reproduisait lorsque le but était constitué par des parties organiques résistantes comme les os. En était-il encore de même lorsque l’obstacle était formé par les parties molles ? Socin crut l’avoir démontré par l’expérience suivante : il prit comme but un estomac de bœuf rempli d’eau et enveloppé de plusieurs peaux; après quelques essais il arriva au résultat désiré, c’est-à-dire à l’arrêt du projectile dans le milieu liquide; or, la balle était complètement déformée, sa partie antérieure, considérablement élargie, présentait en avant une surface convexe, lisse, brillante, tandis que sa partie postérieure avait conservé sa forme et son di2Lmètre, en un mot, elle avait subi la déformation typique en champignon que nous savons de règle lorsqu’une balle de plomb pénètre dans un milieu liquide ou demi-liquide. Socin attribua cette déformation caractéristique à la fusion du plomb brusquement arrêté dans le milieu liquide.

Le professeur Kocber, sans partager la manière de voir de Socin, qu’il a démontrée inexacte, soutient cependant encore dans son volume de 1895 que l’on n’a pas prouvé que la pointe des projectiles n’arrive pas au point de fusion.

J’ai hâte d’arriver à toute une série d’expériences qui me paraissent absolument décisives et qui ont été instituées dans le but d’évaluer d’une façon précise le degré d’élévation de température des projectiles; elles nous amènent toutes à conclure qu’une balle arrêtée dans nos

tissus ne peut en aucun cas atteindre la température de fusion du plomb, qui est de 335°.

Beck, le premier, expérimenta de la façon suivante, qui, il faut le dire, était loin d’être parfaite et à l’abri de la critique; il tirait contre des plaques de bois ou de métal placées les unes derrière les autres, le projectile traversait un plus ou moins grand nombre de ces plaques et ses fragments tombaient entre la dernière plaque perforée et la suivante; on allait aussi rapidement que possible les recueillir et les plonger dans un bain de mercure; on notait l’élévation de température de ce bain et, par une expérience de contrôle, on évaluait celle que devait avoir atteint le fragment immergé pour la produire; il est clair que ces fragments avaient eu le temps de se refroidir avant qu’ils fussent mis en contact avec le mercure et que, par conséquent, les chiffres obtenus étaient nécessairement inférieurs à la réalité. Voici, cela dit, les températures obtenues par Beck : les fragments de plomb avaient atteint une température maximum de 69°, ceux d’acier de 57° à 106°, ceux de cuivre de 79° à 139°; Beck avait tiré des balles à cuirasse d’acier et à cuirasse de cuivre.

Les expériences de Reger sont plus précises; il employa le dispositif suivant : le but est une cible en fer, la distance de tir de 12 pas ou de 100 pas; au pied de la cible est disposée une caisse remplie de beurre et devant la cible, entre elle et le tireur, est pendue une couverture de laine blanche à longs poils.

Dans le tir à 100 pas, les fragments métalliques détachés du projectile et tombés dans le beurre n’y ont laissé aucune trace de fusion; de petites masses de plomb ont été rejetées contre la couverture et y sont restées adhérentes; au premier abord on dirait des gouttes de métal pris aux poils de la laine, mais un examen attentif montre que ce ne sont point des gouttes, mais de petites lamelles enroulées et emprisonnant une petite touffe de poils; ceux-ci

ont conservé leur couleur et ne sont nullement brûlés. Dans le tir à 12 pas, le résultat n’est plus le même, les particules de plomb tombées dans le beurre l’ont fondu et se trouvent au fond d’un petit puits, les poils emprisonnés sont légèrement roussis. Des expériences de contrôle effectuées en plongeant un instant des poils de la même couverture dans un bain de mercure, dont la température était successivement élevée de 10° en 10°, montrèrent qu’à 140° apparaissait la première trace d’altération, que celleci allait graduellement en augmentant jusqu’à 230°, et qu’à 240° les poils étaient brûlés. Reger conclut que les fragments de plomb dans le tir à 12 pais contre une cible en fer peuvent atteindre une température de 230° à 240°; que si l’on objecte que, les fragments se refroidissant rapidement, leur contact comme corps échauffé n’est que momentané, tout au plus pourrait-on admettre qu’ils aient eu au moment de ce contact une température de 270°, ce qui est encore de 65° au-dessous de celle du point de fusion du plomb.

Reger croit cependant qu’une très petite quantité de métal de la pointe du projectile doit fondre; en effet, si l’on place devant la cible une feuille de carton, des particules très fines sont rejetées contre elle et cette poussière examinée à un microscope à un grossissement de 50 fois, présente les caractères de gouttelettes de plomb fondu; elles ont la même forme arrondie avec une petite queue que présentent les petites gouttes de plomb fondu et jeté à terre.

Von Brun’s a expérimenté d’une autre façon; ü se servit d’une série de plaques de fer placées à des intervalles réguliers les unes derrière les autres et fixées sur un fond de caisse divisé en compartiments par la partie inférieure de ces plaques; le dessus est fermé par une plaque de fer tandis qu’en avant est disposée une lame de fer-blanc; les intervalles du fond de la caisse sont remplis de substances

fusibles à différentes températures, de parafine et de fleur de soufre. Le tir est effectué avec le fusil Mauser de 7,4 mm. et avec des balles de plomb et des balles à cuirasse de nickel ou d’acier. La balle traverse la lame de ferblanc et un plus ou moins grand nombre de celles de fer; lorsqu’elle est finalement arrêtée, ses débris tombent dans le compartiment correspondant rempli de substance fusible. Les résultats obtenus montrent que les gros fragments arrivent à des températures un peu inférieures à celles des petits; les gros s’échauffent exceptionnellement jusqu’à 130° à 150°, les petits jusqu’à 150° à 200°; les fragments de la cuirasse et de la cible jusqu’à 200° à 230°, enfin exceptionnellement des fragments d’acier de la cuirasse amènent une ébullition passagère de la parafine, ce qui indique une température de 300°. Donc jamais la température de 335° n’est atteinte.

Nous avons nous-même depuis plusieurs années répété ces expériences en tirant à 50 m. soit avec le Vetterli soit avec le fusil d’ordonnance à charge entière et en employant comme substances fusibles la naphtaline qui fond à 79°, la fleur de soufre qui fond à 113°, le naphtol (S qui fond à 122° et Vacide salicylique qui fond à 156°; les résultats obtenus ont été la fusion de la naphtaline avec les deux armes, la fusion de la fleur de soufre et quelquefois son inflammation avec le fusil d’ordonnance seul, mais le naphtol |3 n’a fondu que dans deux cas et jamais l’acide salicylique n’a montré la moindre trace de fusion.

Nous pouvons donc dire que dans nos expériences les fragments de la halle du Vetterli n’ont pas atteint la température de 113°, que ceux de la balle d’ordonnance n’ont atteint qu’exceptionnellement celle de 122° et jamais celle de 156°.

Von Coler a utilisé un dispositif différent et qui lui a permis de tirer non seulement contre des cibles résistantes mais aussi sur des membres de cadavres; il s’est servi de

projectiles formés d’une cuirasse d’acier remplie d’alliages, fusibles à six températures différentes, dont la plus basse était de 65° et la plus élevée de 197°. Le résultat obtenu fut le suivant : la température atteinte en tirant contre un bloc de sapin dur à 50 m. est de 136° à 159°; à 200 m. de 137°; à 400 m. de 116° à 136° et à 800 m. de 70°. Le projectile qui a traversé des fragments de cadavres animaux ou humains n’atteint qu’exceptionnellement une température dépassant 95°; en général celle-ci oscille entre 95° et 65°, elle est même parfois inférieure à 65°.

La conclusion s’impose donc : les fragments de nos projectiles brusquement arrêtés par un obstacle résistant tel qu’une cible en fer n’atteignent jamais la température de fusion du plomb, à plus forte raison cette température ne peut-elle être atteinte lorsque ces projectiles traversent nos tissus; tout au plus, tenant compte de l’opinion de Kocher et des constatations de Reger, qui du reste n’ont été contrôlées par personne jusqu’ici à ma connaissance, pourrait-on admettre que quelques particules de la pointe sont réduites en microscopiques gouttelettes mais en ajoutant que cette poussière ne peut en tous cas être responsable des effets explosifs; nous dirons pourquoi tout à l’heure.

Quelle est donc l’explication de l’erreur commise par Socin et Hagenbach, qui regardaient l’élévation de température comme nécessaire ? c’est Reger qui l’a donnée. Cet expérimentateur tire avec des balles de plomb et avec des balles d’acier sur des blocs de bois et il voit que tandis que la balle de plomb creuse dans le bloc un trajet évasé au fond duquel elle se trouve déformée en champignon et repose sur les fibres du bois non altéré, celle d’acier creuse un trajet plus long et cylindrique et le bois est roussi au fond de ce trajet. Pourquoi cette différence ? c’est que la balle de plomb a employé une partie de sa force vive pour se déformer, tandis que celle d’acier indé-

formable en a encore suffisamment de disponible lors de son arrêt pour suffire à une transformation en calorique capable d’altérer les fibres du bois. Nous savons du reste que si les balles de plomb se déforment en champignon en pénétrant dans un milieu liquide, cette déformation ne peut être due à la fusion puisque, comme le démontre une expérience de Kocher, une balle de métal Rose pénétrant avec la même vitesse dans le même milieu ne fond pas, ce qui arriverait si elle atteignait la température de 65° seulement.

Donc il est hors de doute que les effets explosifs ne peuvent être dus à la fusion des projectiles, celle-ci ne pouvant en aucune façon se produire quand ils atteignent nos tissus.

h) Je pourrais me dispenser de discuter la seconde partie de l’hypothèse, puisque la première a été démontrée insoutenable. Il est cependant bon de voir ce que pourrait produire l’action de la force centrifuge, ce qu’elle est capable d’effectuer en animant de son impulsion des particules détachées mécaniquement. Or le calcul montre que son effet ne peut être que des plus minimes et tout à fait hors de proportion avec les désordres colossaux que nous voyons se produire dans les blessures explosives.

Voici ce que dit Reger à ce sujet : pour le fusil Mauser de 11 mm., avec une vitesse de 430 m. il se produit 781,8 rotations dans la première seconde ou une rotation complète pour un parcours de 55 c.; donc pour 1 c. de parcours le déplacement de la périphérie de la balle est de 0,7 mm., celle-ci ayant une circonférence de 37 mm.; en traversant l’épiphyse tibiale qui mesure 10 c. le déplacement est de 7 mm. en traversant le crâne d’avant en arrière de 11,9 mm. Ce déplacement est donc beaucoup trop faible pour justifier le rôle attribué à la force centrifuge dans les effets explosifs, d’autant plus que dans les calculs de Reger il s’agit de coups à bout portant.

III. Rotation soit régulière soit irrégulière dont sont animés nos projectiles. — En ce qui concerne la rotation régulière de nos projectiles, rotation due aux rayures du canon, il suffit de dire que les phénomènes explosifs peuvent parfaitement être effectués par une balle ronde sortant d’un canon lisse, pour montrer que ce mouvement n’est pas, ne peut pas être la cause de ces phénomènes.

Quant aux mouvements de rotation irréguliers de nos balles, ils peuvent être primitifs et dus alors à un vice de construction du fusil ou du projectile, ou bien consécutifs et amenés par un contact qui trouble la régularité de sa course; dans les deux cas l’irrégularité dans le mouvement de rotation ne peut aller sans une diminution de la force vive et par conséquent, au lieu de favoriser les phénomènes explosifs, elle les empêche ou les atténue. Les ricochets dans l’épaisseur des tissus, à la rencontre d’un os, dans le crâne par exemple, peuvent bien agrandir l’aire des lésions, parce que le projectile dévié agit par ses parties latérales et non par sa pointe, mais ne donnent pas lieu à l’explosion, telle que l’entendent les chirurgiens militaires.

La troisième hypothèse me paraît donc sans valeur.

IV. Force énorme de percussion des projectiles modernes. — C’est Beck qui a formulé cette hypothèse et je ferai observer, comme tout à l’heure, que ce ne sont pas seulement nos projectiles modernes qui sont capables de produire des blessures explosives. Du reste, la soi-disant explication de Beck n’en est pas une, ce n’est pas même un commencement d’explication, ce n’est que la constatation pure et simple d’un fait. Il est certain que nos projectiles possèdent une force de percussion énorme, mais Beck ne nous dit pas comment cette force énorme de percussion agit pour produire les blessures particulières que l’on nomme explosives.

Y. Action de coin qu’exercent nos projectiles. —

C’est absolument à tort que Reger attribue à Bornhaupt l’idée d’expliquer les phénomènes explosifs par l’action de coin du projectile; il suffit d’examiner les figures de fractures du mémoire de Bornhaupt, de lire son texte pour s’assurer que ce n’est pas du tout pour expliquer les blessures explosives, mais tout au contraire les fractures dues aux projectiles animés de vitesses relativement faibles que le chirurgien russe a invoqué l’action de coin. Bornhaupt lui-même, que j’ai eu l’occasion d’interroger sur ce point, m’a répondu que j’étais dans le vrai. Nous n’avons donc pas à prendre la peine de réfuter une hypothèse qui n’a pas été émise par celui auquel on l’attribue.

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