‹ Leçons de clinique chirurgicale v.1, 1876 (volume 2)Chapitre 92 sur 272 · Il sort guéri · texte numérisé non relu

Il sort guéri

Obs. CXLVI. — Ostwsarcome de la partie interne, antérieure et externe

de la cuisse. Désarticulation de la cuisse. Mort. — Mmo X., trente-huit ans, concierge, lymphatique, entre le 25 novembre 1877, salle sainte- Marthe. Ses parents sont vivants et bien portants. A l'âge de onze ans, elle a eu un gros abcès, probablement ostéopathique, de la partie inférieure et interne de la cuisse, vers le condyle interne : elle porte encore les marques de l'ouverture par le bistouri ; cet abcès a duré quatre ou cinq mois. Réglée à seize ans, toujours régulièrement, mariée à trente-deux; trois enfants vivants et bien portants; couches très faciles. Elle n'a jamais eu de chagrins.

25 novembre. — Tumeur de la partie interne, antérieure, postérieure et externe de la cuisse, descendant à deux travers de doigt plus bas que l'arcade fémorale, de la partie supérieure du fémur à la tubérosité antérieure du tibia gauche. Elle n'a pas reçu de coups. Elle attribue cette tumeur à sa deuxième couche qui a eu lieu il y a deux ans et demi. Elle l'a reconnue durant la troisième couche: l'enfant est bien portant et a cinq semaines. Il y a dix-huit mois, elle a éprouvé les premières douleurs. Avant cette époque elle avait eu des varices qui ont disparu.

Cette tumeur a commencé au milieu de la cuisse, au côté interne ; de là elle s'est étendue sur toute la face interne. C'est surtout depuis trois mois qu'elle a pris un grand développement. Rien dans la jambe droite. La malade a beaucoup maigri, surtout depuis huit mois, le faciès est jaune paille ; l'état général est mauvais, la marche n'est plus possible depuis huit mois. Pas de palpitations. Appétit persistant, bonnes digestions, pas de constipation ; urine souvent. Sclérotique très blanche ; pupilles dilatées.

La tumeur s'étend de l'aine à la rotule qu'elle englobe, ainsi que les faces interne, antérieure, externe et postérieure de la cuisse; elle est surtout énorme à la partie inférieure. En ce point, elle a une teinte brunâtre, de grosses veines sillonnent sa surface; par le toucher on découvre une fluctuation kystique. Le reste de la tumeur est plus dur et offre la sensation d'un muscle en contraction. La peau lui adhère au niveau des grosses bosselures ; elle est prurigineuse, ce qui est dû sans doute aux vésicatoires, à la teinture d'iode et aux pommades qu'on lui faisait mettre au début.

On ne sent ni battements ni chaleur : pas de ganglions malades. La jambe gauche est atrophiée par rapport à la jambe droite.

26 novembre. — Désarticulation de la cuisse. Chloroforme. Application de la bande d'Esmarch. Nous taillons ensuite deux lambeaux, l'un antérieur, l'autre postérieur, en commençant par disséquer la peau et en ayant soin de placer des pinces hémostatiques partout où le sang donne : dès que l'artère et la veine fémorales sont mises & découvert, elles sont saisies avec une pince : les muscles compris dans les lambeaux sont coupés en dehors du tissu morbide ; enfin le col du fémur

est scié avec la scie à chaîne, et la têle de cet os est ensuite extraite de la cavité cotyloïde.

Toutes les pinces furent laissées en place pendant deux heures, excepté celles qui comprimaient la veine et l'artère fémorales ; sur ces vaisseaux nous appliquâmes une ligature métallique. Les lambeaux furent ensuite suturés et le pansement fut fait a?ec des compresses et de la charpie imbibées d'alcool, maintenues par une bande roulée fortement serrée. Après l'enlèvement de la bande d'Esmarch, hémorrbagie en nappe difficile à arrêter.

L'examen de la pièce montra qu'il s'agissait d'un sarcome fascicule développé aux dépens du périoste du tiers inférieur du fémur.

A la partie supérieure il y avait un énorme kyste qui se vida pendant l'opération. Avant l'opération, on ne sentait pas la rotule tant elle était englobée dans la tumeur ; après l'opération on reconnut qu'elle avait été détruite presque entièrement par le tissu fibro-plastique et qu'elle était réduite à une coque : des deux condyles du fémur il ne restait plus que la coque; tout le tissu spongieux était dégénéré. Toute la partie inférieure du fémur était envahie par le sarcome qui pénétrait dans le canal médullaire ; les deux tiers supérieurs avaient résisté, tandis que le reste était seulement reconnaissable parce que la masse néoplasique en avait pris la forme arrondie. La peau n'était pas adhérente à la tumeur ; ce qui produisait cette sensation d'adhérence c'était la compression exercée sur elle de dedans en dehors par la masse néoplasique. Les muscles étaient repoussés vers la superficie, comme si la tumeur avait débuté dans le canal médullaire de la partie inférieure du fémur.

La malade mourut du choc le lendemain de l'opération.

Obs. CXLVII. — Ostéosarcome du genou gauche chez unephthisv/ue. — Garnaud (Élise), seize ans, repasseuse, entre le 14 février 4877, salle Sainte-Marthe, 42. Malade chétive, maigre, teint pâle. Réglée une seule fois à quinze ans. Pas d'antécédents héréditaires.

Il y a sept mois, apparition à l'extrémité supérieure et interne du tibia gauche d'une tumeur du volume d'une noisette qui grossit rapidement. Au bout de trois mois elle avait atteint le volume d'un gros œuf de poule. A cette époque douleurs lancinantes, sensation de chaleur dans toute l'articulation du genou, faiblesse de la jambe. Ouverture d'un abcès qui donne du pus et de la sérosité sanguinolente. Quinze jours après, sur le lieu d'ouverture de l'abcès, développement rapide d'une tumeur bourgeonnante. Depuis deux mois la malade ne marche plus.

14 février. — Genou gauche très tuméfié. La tumeur semble avoir envahi plutôt le tibia que le fémur. A la partie antéro-interne de l'extrémité supérieure du tibia, champignon du volume d'un œuf de dinde, pédicule, creusé en cupule, garni de bourgeons charnus dont

quelques-uns sont couverts do croûtes verdâtres et laissent suinter un ichor fétide. Au pourtour, la peau est tendue luisante, sillonnée de veines dilatées. Le toucher démontre que la tumeur s'est développée aux dépens du tibia; les condyles du fémur paraissent normaux. Le tibia est considérablement augmenté de volume dans tout son tiers supérieur; il en est de même de la tête du péroné qui fait une masse commune avec lui. On sent à la palpation des bosselures sarcomateuses; quelques-unes sont ramollies. Ni battements, ni bruits de souffle. La jambe est à demi fléchie sur la cuisse, les mouvements provoqués sont douloureux et font entendre des craquements. Les mouvements spontanés sont à peu près abolis. Douleurs lancinantes s'exagérant à la pression. Ganglions inguinaux peu développés. État général très mauvais, émaciation et anémie extrêmes. Respiration soufflante au sommet des deux poumons. Cataplasmes laudanisés sur le genou . Traitement général reconstituant. La malade quitte le service le 23 février dans le même état.

Obs. CXLV1II. — Exostose ostéo-cartilagineusede V extrémité supérieure du tibia droit. Ablation. — Laurent (Emile), seize ans, entre le 23 novembre 1877, salle Sainte-Marthe, 8. Pas d'hérédité. Lymphatisme. Dans l'enfance, ophthalmies et adénites. Jamais de maladies graves.

Il y a trois ans, il remarqua à la partie supérieure du mollet droit, au voisinage du bord interne, une tumeur du volume d'une châtaigne, dure, immobile, indolente, qui se développa rapidement, sans douleurs véritables, mais en provoquant de la gêne dans les mouvements de flexion et dans la marche.

23 novembre. — Le quart supérieur du mollet est déformé par une tumeur irrégulière, de la forme et du volume d'un œuf de poule, dont le grand axe est oblique de haut en bas et de dehors en dedans. L'extrémité supérieure correspond au milieu de la face postérieure de la jambe, tandis que l'extrémité inférieure vient faire saillie près du bord interne. La peau légèrement tendue, laisse voir par transparence un grand nombre de veines dilatées et superficielles; elle est le siège d'une éruption prurigineuse que l'on retrouve plus marquée sur les autres régions, la face interne des cuisses en particulier. Pas d'œdème inflammatoire. Au toucher, la tumeur est irréductible, de consistance osseuse, homogène, sans points ramollis ou fluctuants. Elle a la forme d'une massue dont le pédicule s'implante sur le cartilage juxta-épyphisaire par une surface de deux centimètres, d'abord perpendiculairement, puis horizontalement suivant le grand axe de l'os. Après ce trajet horizontal de un centimètre, le pédicule se recourbe brusquement vers l'extrémité libre. Celle-ci est beaucoup plus large que le pédicule; elle est recouverte de saillies mamelonnées comparables à celles du chou-fleur. Cette tumeur soulève les muscles poplité, soléaire et jumeau interne qui se con-

tractent à sa surface, et rejette en avant la veine saphène Elle est complètement indolente à la pression. Elle présente, mot, tous les caractères des exostoses ostéo-cartilagineuses.

1er décembre. — Chloroforme. A la surface, incision cruciale < branche verticale a 12 centimètres d'étendue et la branche hor G centimètres. Nous écartons ensuite les muscles à l'aide de rét et nous reconnaissons que la surface de la tumeur est recouverte j sorte de bourse séreuse dont l'incision donne issue à un liquide ( filant, incolore. Pour arriver au niveau de la base d'implantation, î sommes obligés de couper quelques fibres musculaires et un nombre de vaisseaux, tant artériels que veineux, provenant des] ches collatérales du tronc tibio-péronier et des veines qui l'a pagnent. Onze pinces hémostatiques placées sur ces vaisseaux i permettent néanmoins d'opérer sans hémorrhagie. La tumeur étid£ complètement mise à nu, nous ruginons le périoste qui larecoun* \ jusqu'au voisinage de son implantation. Nous sectionnons ensmto '■; à ce niveau la lame de tissu compact à l'aide de la gouge et dt 1 maillet, puis nous détachons la tumeur avec un fort davier. AthA ; de rapprocher les lèvres de la plaie, nous comprimons temporairement la surface osseuse saignante à l'aide d'une éponge, afin de prévenir toute hémorrhagie osseuse; nous la retirons ensuite et nous plaçons à la partie déclive de la plaie un tube à drainage destiné à faciliter les lavages et l'écoulement des liquides. Enfin nous réunissons les bords de la plaie dans leurs deux tiers supérieurs à l'aide de sept fils métalliques. Nous faisons un pansement alcoolisé, ouaté, compressif.

L'examen de la tumeur montre qu'elle mesure 10 centimètres de longueur, tandis que sa largeur n'est que de 1 centimètre au niveau du pédicule. A la coupe, on voit qu'elle est est composée à la périphérie d'une couche de tissu compact, de !m",50 d'épaisseur, et au centre d'un tissu spongieux dont les aréoles sont larges et irrégulières.

Au centre de la portion renflée existe une cavité de 5 centimètres remplie d'une graisse demi-iluide, de coloration grisâtre. L'extrémité libre est recouverte d'une couche cartilagineuse, mince, d'un blanc bleuâtre, dense et résistante.

2. — T M == 38°. T S = 38°,4. P = 420. La malade a eu dans la journée des nausées et des vomituritions. Bouillon. Vin de quinquina. Lavages avec l'eau alcoolisée et pbéniquée.

3. — T M = 37°,C. T S = 38°. P = 100. La nuit a été bonne, le malade se trouve mieux. Bouillon, potages. Vin de quinquina. Douleurs légères au niveau de la plaie. L'articulation du genou est saine. Môme pansement.

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