‹ Leçons de clinique chirurgicale v.1, 1876 (volume 2)Chapitre 96 sur 272 · Le malade sort avec son appareil · texte numérisé non relu

Le malade sort avec son appareil

2 mars. — Il revient pour qu'on lui enlève l'appareil. La réductiai ] s'est maintenue.

Ous. CLXVI. — Luxation sus-aa%omiale de T extrémité externe de kér vieille droite produite par une chute sur le moignon de r épaule. Rédvtlm. Luxation incomplète reproduite au bout de dix-neuf jours. — Pcnj (Victor), soixante et onze ans, menuisier, entre le 3 octobre 1877.11 a fait le matin une chute de sa hauteur sur le moignon de TépauleH depuis il ne peut plus remuer le bras.

L'épaule droite présente une déformation très sensible consistant en une proéminence accentuée au niveau de l'angle interne du creux siis-claviculaire. La tôle de l'humérus est à sa place dans la cavité glénoïde. En suivant avec le doigt la clavicule, on arrive à son extrémité externe qui fait saillie en dehors et au-dessus de Tacromion. Douleurs peu vives, pas d'ecchymoses. Les ligaments acromio-claviculaires paraissent en partie conservés. Les mouvements de l'épaule, ceux de flexion et d'extension du bras sont conservés, mais un peu douloureux surtout quand le malade ramène le membre en avant. L'épaule est légèrement écartée du tronc et comme projetée en avant.

Réduction facile maintenue parl'écharpede Mayoret par quelques tours de bande qui exercent une compression suffisante sur un tampon d'ouate appliqué lui-môme sur l'extrémité externe de la clavicule prennent leur autre point d'appui sur le coude et l'avanl-bras fléchi à angle droit sur le bras.

L'appareil est maintenu en place pendant dix-neuf jours.

Deux jours après, en portant une cuiller à la bouche, le malade a ressenti tout à coup un trouble dans les mouvements de l'épaule. Le lendemain, nous constatens une reproduction incomplète de la luxation, mais elle est assez peu prononcée pour permettre au malade tous les mouvements du bras et de l'épaule.

Obs. CLXV1I. — Luxation sous-glénoïdienne. — Ollier (J. Baptiste), cinquante-six ans, passementier, entre le 2 décembre 1877, salle Saint-Augustin, 81. En montant un seau d'eau, il est tombé sur l'épaule droite, dans un escalier de la hauteur de huit ou neuf marches. Au moment de l'accident, il a ressenti une violente douleur, et n'a pu s'aider du bras correspondant pour se relever.

En comparant les deux épaules, on trouve une modification très appréciable. Le moignon de l'épaule blessée présente un aplatissement très prononcé ; l'angle inférieur de l'omoplate semble porté en dedans vers les vertèbres dorsales. Le coude est écarté du tronc, l'avant -bras presque dans la demi-flexion est soutenu par l'autre main. Ecchymoses occupant la partie supérieure et la plus externe de l'épaule ainsi que la région posté ro- interne du bras dans une étendue de 8 centimètres. En explorant l'aisselle, on trouve la tête de l'humérus appliquée sur sa paroi postérieure. Les mouvements volontaires sont limités et douloureux ; ceux que l'on provoque sont plus douloureux encore. Pas de gonflement ; aucun signe de fracture.

Réduction par le procédé d'élévation. Appareil plâtré.

29 décembre. — On enlève l'appareil. La guérison est complète. Mais on constate un engourdissement, une sorte de paralysie de la main et des doigts, qui cèdent en quelques jours à l'électrisation.

M janvier. — Le malade est envoyé à Vincennes.

Obs. CLXV1II. — Luxation de la cuisse gauche en arrière. — Pelletier (Henri), quinze ans, bijoutier, entre le 7 juillet 1878, salle Saint- Augustin, 95. D'après les renseignements fournis par le malade, ses parents seraient atteints de maladies chroniques. Gourme dans les cheveux et tuméfaction légère des ganglions du cou dans l'enfance. A neuf ans, chute sur le côté gauche, luxation de l'épaule du même côté. La réduction fut efFectuée presque sur-le-champ, sans chloroforme. Il y a un an, entorse du pied droit à la suite d'un faux pas, gonflement périmalléolaire, ecchymose, douleur extrême dans les mouvements. Impossibilité de la marche; il garda le lit environ 15 jours. Hier, en descendant d'un trottoir, il est tombé sur le côté gauche, la jambe gauche fléchie sur la cuisse et la cuisse sur le bassin reposant sur le sol par leur face externe. En même temps le tronc subit un mouvement de rotation en dedans et à gauche, pendant lequel la face antérieure du genou droit fut contusionnée. Le malade essaya de se relever, mais retomba aussitôt. On fut obligé de le transporter à l'hôpital.

7 juillet. — Le malade est dans le décubitus dorsal, le membre inférieur gauche tenu dans l'adduction forcée avec rotation en dedans ; la jambe légèrement fléchie sur la cuisse. La face antérieure de la rotule gauche repose sur la face interne du genou droit. Le con-

dyle externe du fémur gauche est devenu antérieur, le condyle interne regarde en arrière. Le pli inguinal est profondément déprimé. A la partie la plus élevée de la face interne de la cuisse, tuméfaction formée par le tassement des muscles. Ensellure énorme de la région lombaire, qui permet de glisser la main entre le lit et les lombes. . Lorsqu'on tourne le malade sur le côté droit (mouvement qu'il ne peut faire lui-môme), on constate une déformation, surtout apparente du côté de la fesse. Celle-ci présente une tuméfaction très prononcée dans le sens vertical, mais surtout accusée au niveau de l'échancrure sciatique. Le pli fessier gauche est élevé. Pas de trace de contusion ou d'ecchymose en ces différents points. Raccourcissement réel de 2 centimètres. Au toucher on sent, au niveau de Téchancrure sciatique, la tête du fémur qui est reliée par le col au grand trochanter. Cette tubérosité siège au-devant de la cavité cotyloïde qu'elle recouvre par son bord antérieur. Toutes ces parties sont facilement reconnaissables au toucher. Si l'on applique la main sur la saillie anormale formée par l'extrémité supérieure du fémur, pendant qu'on cherche à communiquer des mouvements à la cuisse, on voit qu'il y a une fixité complète. Les mouvements communiqués sont très douloureux ; l'impuissance fonctionnelle du membre est absolue. Il s'agit manifestement d'une luxation ilioischiatique (luxation en arrière).

Le malade présente en outre des particularités intéressantes du côté d'un certain nombre d'articulations. D'une façon générale, celles des membres supérieurs jouissent de mouvements beaucoup plus étendus qu'à l'état normal, ce qui paraît tenir à une laxité congénitale des ligaments.

L'articulation scapulo-humérale gauche (anciennement luxée) est le siège de craquements perceptibles au toucher et môme à l'ouïe, surtout dans les mouvements d'abduction avec rotation en dehors. Les épiphyses scapulaires et humérales paraissent normales. Pas d'élargissement, pas de saillies anormales. La capsule articulaire est très lâche et permet, lorsqu'on exerce une traction sur le bras, un écartement appréciable des surfaces articulaires. Les parties molles périarticulaires et la peau sont saines. Ni gêne, ni douleur.

L'articulation scapulo-humérale droite est, comme la précédente, le siège de craquements, mais ceux-ci ne sont pas perceptibles à l'oreille; ils sont en outre plus doux et semblent se produire, non dans l'articulation, mais au niveau de la bourse séreuse qui sépare le sous-scapulaire du tendon commun au coraco brachial et à la courte portion du biceps. Les mouvements ont aussi une étendue considérable.

Les deux coudes jouissent de mouvements de latéralité que l'on

détermine en immobilisant la partie inférieure de l'humérus et en portant l'avant-bras alternativement en dedans et en dehors. Si, pendant ces mouvements de latéralité, on embrasse l'articulation avec la main, on sent les surfaces articulaires s'écarter, en laissant entre elles un intervalle dans lequel pénètre la pulpe du doigt. C'est particulièrement du côté de l'articulation du condyle humerai avec la tête du radius que cet écartement est appréciable. On ne perçoit pas de craquements.

Rien de notable du côté des poignets, sinon l'étendue et la facilité des mouvements. Du côté des doigts l'extension forcée est exagérée. Dans cette position leur face dorsale, au lieu d'être rectiligne, décrit une courbe dont la concavité présente son plus grand rayon au niveau de l'articulation des deuxième et troisième phalanges. Les pouces se renversent en arrière en décrivant alors une courbe équivalente à plus d'un tiers de circonférence.

20 juillet. — Chloroforme. Pour réduire la luxation, nous avons recours au procédé que nous avons décrit dans notre premier volume de Cliniques, c'est-à-dire que la contre-extension est faite à l'aide d'un drap, plié en cravate et dont les deux chefs, passant en avant et en arrière du tronc, sont maintenus solidement par un aide ; l'extension est dirigée par un autre aide dans le sens de l'adduction, en même temps qu il imprime au fémur un mouvement de rotation forcée en dedans. Pendant que l'aide fait l'extension et le mouvement -de rotation, nous poussons, pour la coaptalion, la tête vers la «avité cotyloïde, en prenant un point d'appui sur le grand trochanter et sur le col. Grâce à ces mouvements combinés, la luxation est réduite en un seul tour de main. Le malade est ensuite porté dans son lit et immobilisé dans une bonne position. 11 garde le repos au lit pendant douze jours.

2 août. — 11 commence à marcher dans la salle.

8 août, — 11 quitte l'hôpital complètement guéri. Nous lui recommandons d'éviter les efForls violents et les chutes.

Obs. CLX1X. — Luxation de la rotule en dehors. — Guyard (Théodore), quarante ans, cocher, entre le H janvier 1877, salle Saint- Augustin, 5. La veille, il s'est frappé la partie interne du genou droit contre le moyeu de sa voiture. La douleur a été tellement vive qu'il est tombé sans toutefois perdre connaissance. A pu se relever, mais n'a pu faire un pas ni s'appuyer sur le membre atteint.

A son entrée dans le service, nous constatons une déformation du genou qui est plus aplati qu'à l'état normal. On voit à la partie externe une saillie et à la partie antérieure une dépression assez prononcée, 11 existe également un léger gonflement périarticulaire accompagné d'une ecchymose et situé à la partie latérale interne presque au niveau du condyle. Jambe en demi-ilexion. On sent au toucher une tu-

meur dure, mobile, qui n'est autre que la rotule sortie de sa place habituelle et dont la face postérieure repose sur la face externe du condyle externe du fémur, de sorte que son bord interne regarde en avant. Le tendon rotulien forme une saillie, il semble qu'il soit comme retourné incomplètement sur lui-même. Mouvements volontaires impossibles. Mouvements provoqués difficiles et douloureux, mais possibles dans une certaine limite.

Le lendemain, on immobilise le membre après avoir obtenu non sans difficulté le retour de la rotule dans sa position normale.

1er février. — On retire l'appareil. La guérison est complète et le malade part pour Vincennes, le 4 février.

1° Arthrites et hydartroses.

Dix observations. L'obs. CLXX, p. 381 (arthrite sèche de l'épaule) est la seule relative à cette variété. Les douches de vapeur locales et les bains sulfureux produisirent une légère amélioration.

Signalons quatre arthrites blennorrhagiques siégeant, deux sur l'articulation du poignet, une sur celle du genou et la quatrième au cou-de-pied. Les arthrites radio-carpiennes apparurent Tune neuf jours, l'autre dix- sept jours après le début de l'écoulement uréthral. Chez le malade de l'obs. CLXXI, p. 381, le genou se prit tardivement; la blennorrhagie avait duré six mois, malgré une abstinence rigoureuse de toute excitation locale et un traitement interne régulièrement suivi. L'articulation fémoro-tibiale commença à se tuméûer et à devenir douloureuse trois semaines après que le flux semblait s'être arrêté définitivement. Enfin, chez le malade de l'obs. CLXX VI, p. 384, nous trouvons de même que l'affection génératrice dura très longtemps (un an); à diverses reprises elle s'accompagna de douleurs vagues vers les jointures, finalement tout se localisa sur l'articulation tibio-

tarsienne. Le malade de F obs. CXLXXV, p. 387, ayant eu l'articulation du genou ouverte par suite du passage d'un tramway sur elle ; il eut une arthrite suppurée consécutive et mourut au bout de six jours de septicémie, malgré les précautions antiseptiques qui avaient été prises.

L'obs. CLXXVIII, p. 386, pourrait être rangée parmi les tumeurs blanches; il y a eu traumatisme, arthrite consécutive et finalement altération des os ; nous allons retrouver des processus analogues dans les observations qui vont suivre.

Obs. CLXX. — Arthrite sèche de V épaule. Bains et douches de vapeur. Amélioration. — Goût (Alexandre), soixante-cinq ans, bronzeur, entre le 31 octobre 1877, salle Sainte-Marthe, 35. Malade un peu amaigri mais sans antécédents pathologiques : pas de rhumatismes, pas d'habitudes alcooliques, hygiène convenable. 11 y a trois semaines, il a ressenti pour la première fois dans l'épaule gauche des douleurs très vives qui l'empêchèrent de travailler. On fit à cette époque l'application de six ventouses scarifiées, et au bout de trois jours le malade put reprendre son travail. Depuis cinq jours les douleurs sont revenues plus fortes que jamais ; il ne peut pas travailler.

31 octobre. — Aucune déformation de l'épaule, pas de tuméfaction, pas de rougeur ni de chaleur de la peau. Les deux épaules présentent une conformation particulière : les apophyses coracoïde et acromion de chaque côté sont plus écartées qu'à l'état normal et la tête de l'humérus vient faire saillie dans cet écartement, ce qui donne à l'épaule une forme triangulaire. Raideur et endolorissement articulaires tels que le malade ne peut faire un seul mouvement sans crier, surtout dans le sens de l'élévation. Les mouvements provoqués donnent à la main embrassant l'épaule une sensation de crépitation. Rien dans les autres articulations.

Douches de vapeur. Bains sulfureux tous les deux jours.

14 novembre. — Amélioration. Le malade quitte le service.

Obs. CLXXI. — > Arthrite blennorrhagique du poignet. — Biais (Alexandre), vingt ans, employé de commerce, entre le 31 mars 1877, salle Sainte-Marthe, 4. Dix-sept jours après le début d'une blennorrhagie contractée il y a un mois, il eut deux frissons et éprouva dans l'articulation du poignet droit des douleurs devenant de plus en plus vives, en même temps que le poignet se tuméfia.

31 mars. — La circonférence du poignet droit a 2 centimètres et demi de plus que celle du gauche. Peau chaude, mais de coloration normale. Epanchement articulaire, peu abondant. Douleurs très

vives s'exaspérant au moindre contact. Mouvements sponUnéi( lis par suite de la douleur qu'ils provoquent. Pas de sympli néraux : pas de fièvre. P = 90. T = 37, 5. Pas d'autre arlhri Ecoulement u ré t h rai toujours abondant : miction doulou Légère compression ouatée et badigeonnages de laudanum.

5 avril. — Même état. L'épanchement est le même : don moins vives. Opiat balsamique à l'intérieur.

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