‹ Leçons de clinique chirurgicale v.1, 1876 (volume 3)Chapitre 231 sur 283 · C. — RÉGION DE LA CUISSE · texte numérisé non relu

C. — RÉGION DE LA CUISSE

Obs. DLVI. — Phlegmon circomcrit de la cuisse. Décollement de la peau. Lavages à Veau alcoolisée. Guérison. — Marsallon (Gabriel), trentehuit ans, maçon, entré le 15 mai 1874. A vu, il y a douze jours, survenir sans cause connue un phlegmon circonscrit de la cuisse droite. Ce phlegmon a été ouvert en ville il y a huit jours.

Au moment de l'entrée, l'extrémité inférieure et postérieure de la cuisse droite, au-dessus du creux poplité, est le siège d'un décollement cutané s'étendant en haut à quatre travers de doigt du foyer de l'abcès. A ce niveau, la peau est rouge et chaude. A la partie déclive existe une ouverture d'où s'écoule du pus et de la sérosité en petite quantité. Pas de ganglions. Passage d'un drain. Lavages à l'eau alcoolisée. Immobilisation. Guérison le 21 mai.

Obs. DLVII. — Épanchement séro-purulent de la cuisse. Drainage. Lavages iodés. Guérison. — Michel (Ursule), vingt-quatre ans, couturière, entre le 26 juin 1874.

Cette malade est tombée, il y a environ dix-huit mois, sur le côté externe de la cuisse gauche, de la hauteur de 1 mètre environ. Elle ne constata après sa chute qu'une ecchymose de l'étendue de la paume de la main. Cette ecchymose ne tarda pas à disparaître, et la malade ne s'occupa pas autrement de cet accident local. Il y a huit mois environ, en portant la main sur sa cuisse à un endroit où depuis quelques jours elle ressentait un peu de souffrance en marchant, elle sentit un soulèvement de la peau sur une certaine étendue. Ce soulèvement s'étendit peu à peu jusqu'à ces derniers temps, où il paraît être resté stationnaire.

Depuis sa chute elle avait toujours conservé un peu de claudication qu'elle ne savait à quoi attribuer. Bientôt les douleurs devinrent continuelles, même pendant le repos, et empêchèrent la malade de marcher. Elles s'irradiaient dans la région lombaire et par moments dans toute la cuisse.

Depuis cinq mois et demi elle a été forcée de laisser tout travail.

On constate aujourd'hui sur la partie externe et supérieure de la cuisse gauche l'existence d'un vaste épanchement qui a soulevé la peau dans une

{grande éicniiue. De la partie moyenne de la cuisse il remonte jiisqua 5 centimèlrcs au-dessus du grand troclianter et occupe en larjçcur à peu près toute la face externe du membre. La peau a un aspect tremblotant. Le muscle tenseur du lïiscia lala, Taponévrose et la peau ont été décollés. Il s*est formé spontanément un trajet fistuleux très -étroit qui laisse sortir un liquide séreux, un peu trouble, mais qui n*a nullement Taspect du pus. Les mouvements de la jambe sont conservés.

4 juillet.- On fait une ponction avec un trocart, et on passe un tube à drainage. Issue d*un litre environ d'un liquide séro-sanguinolent. Lavages iodés de la cavité.

G. A eu un peu de fièvre hier et cette nuit. Souffre dans la cuisse. Peau chaude. P = 92.

9. La fièvre est tombée, mais Tappétit est toujours faible. Ne prend que des bouillons. Dort pou. 11 sort lentement un peu de pus séreux.

1*' août. La cavité est pres(iue entièrement fermée et ne donne plus que quelques gouttes de pus de bonne nature. Etat général satisfaisant. Sort le 5 août. On lui recommande de faire encore quelques lavages iodes.

Obs. DLVIII. — Lipome de la racine de la cuisse gauche. Ablation. Guérison. — Dessèdc (Louis), quarante-cinq ans, entré le 22 mai 1874 pour une tumeur située à la racine de la cuisse gauche. Il y a quatre ans cette tumeur avait le volume d'une châtaigne. Depuis celte époque elle a grossi sans jamais occasionner de douleurs, mais ellegône la marche par son volume.

A son entrée dans le service la tumeur a le volume d'une tête d*adultc; elle est allongée parallèlement au pli de l'aine, au-dessous duquel elle est située; quand le malade est dt^bout, elle tombe un peu par son propre poids. La peau qui la recouvre a conservé sa couleur, sa mobilité et sa température normales. Toute cette masse est molle, fluctuante, lobulée, indolore ; on sent qu'elle n'adhère nullement aux parties profondes. Une palpation attentive fait connaître des lobes et des cloisons qui les séparent.

24 mai. Incision à la partie déclive, puis énucléation de la tumeur. C'est un lipome en masse, lobule, cloisonné à sa prtic antcrieurey libre à sa partie profonde. La saphène passe en avant. Réunion inimcdiate avec mèche à la partie déclive.

Le malade sort guéri le 10 juin.

D. — Genou.

Ors. DLIX. — Vice de conformation des membres inférieurs; genoux en dedans. Traitement par la méthode de Delore. Résultat incomplet.

MEMBRE INFÉRIEUU. 605

— Havrez (Jules), seize ans et. demi, serrurier, enlrc le 17 mars 1875. Ce malade, assez fort, sans antécédents pathologiques, présente une déviation des deux genoux en dedans. Diaprés ce qu'il dit, la déviation actuelle des membres aurait été reconnue il y a quatre mois. Depuis Vd^e de quinze ans il était en apprentissage chez un serrurier et obligé de se tenir constamment debout; cette circonstance serait, d'après lui, Torigine de sa difformité. Au moment de son entrée dans le service, il est dans Tétat suivant :

Les deux genoux, mais surtout le gauche, sont dans un valgus complet.

Dans le décubitus dorsal, le pied droit est maintenu dans l'abduction et la rotation en dehors; aucune maladie des os ni de l'articulation. Du côté gauche, Tabduction et la rotation en dehors sont beaucoup plus prononcées qu'à droite.

Lorsque les deux membres sont rapprochés et que les deux genoux sont en cont;ict au niveau des deux condyles internes des fémurs, la distance qui sépare les talons est de 10 centimètres au moins.

Pendant la marche, il y a un peu de claudication; le jeune malaJe marche sur le bord interne du pied gauche de telle façon qu'on le croirait atteint de pied-bot valgus de ce côté.

Rien du côté de la hanche. Jamais de douleurs dans la cuisse, ni au niveau du genou. Pas d'ensellure. Pas de traces de rachitisme dans tout le reste du squelette. Poitrine large et bien conformée. Rien du côté du frontal et des pariétaux, membres supérieurs parfaitement réguliers. La santé générale est d'ailleurs excellente, elle n'a jamais été altérée en aucune façon.

20 mars. Chloroforme. Redressement forcé des deux membres d'après les principes posés par M. Delore. Craquements des deux côtés. Appareil inamovible avec attelles métalliques placées sur le côté interne.

a. Le malade ne peut plus supporter son appareil, qu'on est obligé d'enlever.

24. La déformation tend à se reproduire, parce que le malade ne peut tolérer son nouvel appareil, malgré tout le soin avec lequel il est appliqué.

2G. Nouvelle réduction ; le malade ne voulant pas consentir à supporter d'appareil, elle demeure infructueuse comme la première.

2 avril. Le malade quitte le service sur sa demande.

Obs. DLX. — Rupture incomplète du tendon rotulien. — Clédon (Alfred), quarante-deux ans, entré le 5 avril 1875. A reçu hier un cou;) de pied de cheval sur la face antérieure du genou gauche.

Le tendon rotulien présente à sa partie moyenne, sur son bord interne,

une solution de conlinuité oblique de dedans en dehors et de haut en bas. Le genou est douloureux et tuméfié en avant ; une ecchymose très-nette indique Tendroit sur lequel a porté le fer du cheval. Les mouvements sont très-pénibles. Si Ton exaiiiine la jambe dans Textension on reconnaît que le tendon est coupé en partie et assez irrégulièrement; dans la flexion les deux bouts divisés forment un relief très-apparent. On peut même se demander s'il ne s'est pas fait dans la bourse séreuse sous-jacente un épancbement de sang.

Immobilisation dans une gouttière en fil métallique pendant dix jours, puis appareil silicate le 17 avril.

Peut se servir de sa jambe et marcher sans béquilles au moment de sa sortie^ le 11 mai.

E. — Creux poputé.

Obs. DLXL — Abcès froid primitif du creux poplité. — Priraard (Jules), vingt-six ans, fourreur, entré le 15 mars 1875.

Près du bord externe et inférieur du creux poplité droit, existe une tumeur du volume d'uii gros œuf de poule; elle est fluctuante et indolente. Elle a débuté il va six semaines sans cause connue. Cette tumeur est allongée et s'étend en haut et en bas de la région. Peau normale. Ponction. Drainage, lavages iodés.

Guérison complète le l" mai.

Obs. DLXIL — Kyste du creux poplité. Accidents peu marquée. Amélioration sous V influence du repos, — Poirier (Pauline), quarante-qaatre ans, entre le 11 mars 1874 pour une tumeur située au creux du jarret. Père mort phthisique. La malade elle-même est faible; elle s'enrhume facilement et a craché un peu de sang il y a six mois. L'auscultation ne révèle cependant aucun signe du côté des organes respiratoires. Cette femme s'est fatiguée beaucoup à Tâge de trente ans, a souffert de grandes privations, et travaille encore chaque jour pendant plus de quinze heures. Il y a un an, elle se fatigua plus que de coutume à porter de lourds fardeaux, et trois jours après elle remarqua une petite tumeur dans le creux poplité. Cette tumeur, du volume d'une noisette, était très-dure, roulant sous la peau et indolente. Sur les conseils d'un médecin la malade fit (les applications de teinture d'iode et de la compression pendant sii mois sans résultait. A cette épo(|ue il y avait absence complète de douleurs; la marche et les mouvements s'effectuaient sans difGculté.

La malade avait cessé tout traitement, (juand il y a trois mois sa tumeur fit naître des douleurs s'irradiant de Taine vers le genou et rendant la marche et les mouvements difficiles, surtout à la suite d'un travail fati-

gant. Elle travaillait à coudre^ la jambe étendue sur une chaise. Il y a trois semaines, redoublement de douleurs, sans aucune augmentation de volume de la tumeur. Elle se décide à entrer dans le service. Nous reconnaissons que la partie médiane du creux poplité, au niveau du jumeau interne, est le siège d'une tumeur du volume d'une noix, dure, sans douleur à la pression et sans adhérences avec la peau, qui a conservé sa couleur normale. Elle résiste à la pression comme une poche pleine de liquide, et semble d'autant plus dure et plus volumineuse que le membre est dans l'extension et que les muscles sont contractés. Si l'on fait fléchir le membre, la tumeur disparaît sous le muscle et par la pression elle devient molle; elle communique avec la synoviale de Tarticulation. La malade peut à peine marcher, et la fatigue arrive promptement ; elle ressent en outre une douleur vive partant de Taine et venant jusqu'au genou.

Repos. Yésicatoires. Applications de teinture d'iode.

Obs. DLXIII. — Kyste du cretix poplité. Extirpation, Arthrite suppurée du genou. Guérison, — Scheyner (François), seize ans, cartonnier, entre le 24 février 1875, pour une tumeur du creux poplité droit. Début remontant à trois mois. Il y a un mois seulement, la flexion de la jambe sur la cuisse est devenue très-douloureuse. Pas de traces de scrofule.

Aujourd'hui la tumeur remplit le creux poplité. Elle est saillante surtout du côté interne, quoique volumineuse; elle comprime les muscles et les nerfs du voisinage. Hydarthrose des deux genoux; la tumeur n'est presque pas réductible. Dans la flexion de la jambe sur la cuisse; elle disparaît, mais ne semble pas communiquer avec la synoviale dii genou. Pas de traces d'inflammation. Il est facile de reconnaître que nous sommes en présence d'un kyste placé sous le jumeau interne.

6 mars. Nous pratiquons une incision parallèle au bord inférieur et interne du losange poplité. La paroi du kyste très-épaisse adhère au tendon du jumeau interne qui la contourne inférieurement. La poche entière est énucléée sans difficulté. Elle ne communique point avec l'articulation. Il existe même un petit bourrelet de graisse qui Ten isole et lui sert en quelque sorte de coussinet.

On place un tube de caoutchouc et une petite mèche de charpie cératée dans la partie la plus déclive de la plaie. Le membre est maintenu dans une immobilité complète par un appareil ouaté inamovible et légèrement compressif. Bouillons, potages, rhum, sulfate de quinine 50 centigrammes.

Jusqu'au 18 mars la douleur est peu vive, le malade dort bien^ et mange avec appétit des potages. Ce jour-là, il éprouve le matin un petit frisson et se plaint de douleurs dans le genou. Nous enlevons l'appareil

et nous trouvons un œdème assez marque de tout le membre inférieur, surtout de la cuisse. Ganglions engorgés dans le triangle de Scarpa. TA. 38,6. P = 90.

Nous reconnaissons que le genou est le siège d'une arthrite et nous plaçons huit sangsues. Puis nous appliquons une attelle en plâtre depuis la malléole externe jusqu'à Torigine de la cuisse pour immobiliser le membre tout en permettant de le surveiller. T. 39,2. P = 90.

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