‹ Leçons de clinique chirurgicale v.1, 1876Chapitre 5 sur 150 · PREMIÈRE LEÇON · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LEÇON

Un diagnostic complet est la solution de ces deux points : quel est le siège de la tumeur ? quelle en est la nature ?

La réponse à la première question parait tout d'abord aisée. 11 n'en est rien. 11 est assez facile, il est vrai, de dire si une affection est limitée à la peau ou a envahi les parties profondes. Les papillomes de la région, les ulcères épitlidîiomateux sont bien connus. Déjà, lorsque la tumeur est plus profonde et adhèreàl'aponéTrose plantaire, ladétermioatitMi de son point d'implantation est plus difficile. Ainsi, Nélaton a fait l'amputation sns-malléolaire pour noe tnmeur fibroplastiqne pulsatile du talon, ayant le Yolume d'une orange; par la dissection de la pièce, on vil que la tumeur adhérait i l'aponévrose plantaire dont elle ne dépassait pas les limites (\ V D'uD autre côté, ces néoplasmes peuvent s'étendre er profondeur et envahir l'os sous-jacent. Mais, au point df vue opératoire, ils doivent être alors assimilés aux affections propres du calcaDoum : encore ont-ils sur ces dernière ce désavantage que la peau étant envahie, ils nécessiten parfois une opération plus radicale.

Eu l$oT, Larrev demandait l'avis de ses collègues de l Socit^té de rhirurgie, pour une Inmeor que portait un femme de cinquante-cinq ans. et qui. largement pédicnlée s'étendait de la malUV>le au bord inférieur du pî^ et avai

faclioD s'étend toujours plus ou moius loin, les explorations sont douloureuses, des ulcérations peuvent se produire qui simulent des fistules osseuses. On doit rechercher avec soin le point exact de la douleur, interroger soigneusement le patient sur Forigine de Taffection. Si, avec cela, la douleur persiste malgré le repos, si une compression méthodique ne peatètre supportée, si les gaines tendineuses ne sont pas envahies, et que la suppuration n'ait aucune tendance à se former, il y a tout lieu de croire à Texistence d'un néoplasme. A cette époque, du reste, le diagnostic est moins important qa'aa début, car on n'a plus de ressource, le plus souvent, qoe dans l'amputation de la jambe.

Le diagnostic de la nature de l'affection ne laisse pas que d'avoir aussi son importance. Il peut être fort difficile au début entre une tumeur commençante et une ostéite. Mais on parvient presque toujours à limiter et à améliorer celle-ci par an traitement rationnel, tandis que le néoplasme n'en continue pas moins son évolution , et, au bout d'un certain temps, la peau s'amincit et la suppuration s'établit. En cas d'hésitation, on est parfaitement autorisé à faire une incision exploratrice qui lèvera tous les doutes et sera suivie d'une opération appropriée.

Quant au diagnostic différentiel des variétés de tumeurs, les observations sont trop peu nombreuses pour qu'on puisse rétablir sur des bases solides. On sait déjà que, de toutes, les plus fréquentes sont de beaucoup les ostéo-sarcomes. Nous en avons donné les signes tout à l'heure; nous rappelons que ce sont des tumeurs à marche ordinairement rapide, à consistance souvent inégale, assez dures s'il s'agit de tumeurs fibro-plastiques; molles et envahissantes si ce sont des sarcomes embryonnaires; à évolution plus lente, à allures plus bénignes, si ce sont des tumeurs à myéloplaxes qui, de plus, sont souvent pulsatiles. Les enchondromes s'en distingueraient par leur lent développement, leur indolence et leur consistance assez ferme. Quant à l'exostose ostéo-carlilagineuse, ce qui nous a permis de faire un diagnostic dans l'exemple que nous avons sous les yeux, c'est, d'une

18 PREMIÈRE LEÇOK.

part, l'âge de la malade, d'autre part, la délimitation de la tumeur, sa rénitence élastique spéciale, l'intégrité des téguments.

Le diagnostic, dont nous venons seulement d'indiquer les termes, est important au point de vue de l'inlerventioD opératoire à décider. Malheureusement, il reste souvent indécis et, trop fréquemment, il efit impossible de savoir si l'affection est encore localisée au calcauéum ou si elle en a franchi les limites.

Cet os est trop important dans la station et la marche, pour qu'on n'essaye pas de le conserver, alors qu'eu pense avoir affaire à une affection bien limitée; aussi doit-on toujours tenter l'ablation d'une petite tumeur avec ou sans résection partielle ; il est temps, du reste, si l'on s'aperçoit que l'affection est plus étendue, de pratiquer séance tenante une opération plus radicale.

Mais quand on est appelé à intervenir, souvent la tumeur a déjà acquis un certain volume et une résection partielle ne suffit plus. Doit-OQ alors pratiquer une résection totale et enlever tout le calcauéum? Atkinson, ii est vrai, l'a faite avec succès pour un sarcome récidivant, et Linhart la conseille pour les euchondromes centraux; mais, sans vouloir apprécier cette opération dont la valeur est fort discutée, nous

laquelle onU eu recours la plupart des chirurgiens dont nous avons rapporté les observations. Il est bien entendu que Tinterveation sera rapide, et qu'on aura toujours présente à Tespril la possibilité d'un envahissement des lymphatiques par le produit morbide.

DE L'INTERVENTION CHIRURGICALE DANS LES PETITES TUMEURS DE L'OVAIRE ET DE L'UTÉRUS

int éld commonlquécs k l'Acadâmie de midecinc, dtn» U aËance du 3 Juillet 1BS3.)

Messieurs,

Le temps n'est pas loin où, pour ce qui a trait aux maladies des organes génitaux internes chez la femme, l'interventioQ se bornait à enlever les petites tumeurs de l'ulérus qui faisaient saillie dans le museau de tanche et plus souvent

BBS PBTITBS TUMEURS DE L'OYàIRE ET DE L*UTÉRUS. 2i

Jusqu'à ces dernières années, on n'avait songé qu'à enlever les grandes tumeurs, parce qu'elles causaient des accidents divers que vous connaissez tous, qui mettaient la vie en péril ; on ne pensait pas à enlever l'ovaire ou l'utérus pour les lumeurs plus petites, donnant lieu à des symptômes de même ordre que nous allons examiner ensemble. Mais puisque ces tumeurs prennent naissance tantôt sur l'utérus, tantôt sur les ovaires, il importe que ùous examinions successivement ce qui se passe lorsque l'un ou l'autre de ces organes est le siège de raffection. Je vous parlerai d'abord de l'ovaire, ijous verrons ensuite ce qui a trait à l'utérus.

AFFECTIONS OVARIENNES.

Les affections ovariennes qui méritent d'attirer votre attention pour les cas spéciaux que nous allons envisager sont, par ordre de fréquence, inflammatoires, hypertrophiques, kystiques, fibreuses, fibro-lipomateuses, tuberculeuses, sarcomateuses, papillaires ou épithéliales.

Au point de vue anatomo-pathologique, l'étude de ces différentes productions pourrait, sans contredit, vous intéresser, et je me laisserais volontiers entraîner dans cette voie si mou but n'était pas surtout d'insister devant vous sur les troubles fonctionnels qui sont sous la dépendance de ces affections et sur les remèdes qui conviennent à leur guérison. Au reste, vous trouverez dans le deuxième volume de mon Traité des tumew\s de F abdomen et du bassin des renseignements très détaillés sur cette question, notamment au point de vue hislologique, que le cadre de ces cliniques ne me permet pas d'aborder aujourd'hui.

Je passe donc immédiatement à Tétude des principaux troubles fonctionnels qui ont conduit les chirurgiens à intervenir.

Citons en première ligne les troubles nerveux. La névralgie domine en quelque sorte toute la scène pathologique. Intermittente au début, localisée à un ou aux deux ovaires , elle s'étend avec rapidité à des parties éloignées de l'organe qui en est le point de départ, devient continue et

a DEUXIÈME LBÇON.

ÎDtolérable surtout au moment des cpoques meoslruelles ; parfois elle est violente au point d'amener les malades à la grande hystérie, à Yépilepsie, à la folie, de susciter en un mot des troubles psychiques et nutritifs de la plus haute gravité.

Parmi les autres (roubles nerveux, il eu est qui, tout en attirant l'attention du chirurgien, seraient insuffisants, à mon avis, pour motiver une interventioa, tels la toux et les vomissements si fréquents chez certaines hystériques. Ce n'est que dans les cas exceptionnels oti tous ces symptômes s'aggravent et déterminent des accidents intellectuels des plus inquiétants qu'une intervention peut être indiquée. On se trouve alors en face d'une hystérie d'origine génitale, au sujet de laquelle j'entrerai dans quelques développements, car, dans la presque totalité des cas, c'est là que vous puiserez les principaux éléments de votre diagnostic et de votre traitement.

Vous savez. Messieurs, qu'il y a deux variétés bien nettes d'hystéries, variétés différentes par leur symptomatotogie, différentes surtout par leur cause et leur mode de début.

La première, essentiellement nerveuse, reconnaît pour cause une disposition anatomique spéciale ou une perturbation fonctionnelle du système cérébro-spinal. Nous n'avons pas à nous en occuper. Quant à la seconde, elle est sous la dépendance d'une affection de l'appareil génital, de telle

irtp qu'il sullit (I'oti Cuire à temps dieparaitre !

El d'abord, celle-ci n'ofiFre généralement rien dans les antécédents de la malade qui puisse vous éclairer : il n'y a pas d'hérédité, tandis que la névrose de l'hystérique cérébro-spinale reconnaît presque toujours pour cause un vice héréditaire que les patientes elles-mêmes s'empressent de confesser et sur la nature duquel on ne peut garder de doute.

De plus, tandis que celle-ci occasionne depuis l'enfance des désordres moins développés sans doute qu'après la première menstruation, mais déjà évidents et se traduisant par des mouvements choréiques, une irrégularité très grande du caractère, des goûts bizarres, une coquetterie exagérée; chez l'hystérique ovarienne, au contraire, les troubles nerveux apparaissent pour la première fois avec la maladie locale. Il n'y arien d'extraordinaire dans le premier âge ; les menstruations, le mariage, la grossesse ont souvent été faciles, et c'est après un temps plus ou moins prolongé de cette existence normale que les désordres sont apparus. Je ne saurais trop insister sur ce point. Tout au moins la femme était généralement, l'année précédente, dans un état de santé très satisfaisant, et rien ne faisait présager la moindre tendance à un état nerveux. Puis à la suite d'une couche, ou sous l influence de toute autre fatigue génitale^ des désordres sont apparus de ce côté: douleurs lombaires, vomissements, pesanteur hypogastrique, pertes blanches, dysménorrhée, etc. Souvent la malade raconte elle-même qu'un jour ayant ses règles elle a commis quelque imprudence et que c'est depuis ce moment que sa santé est mauvaise. Ou bien vous trouvez à l'origine du mal une vaginite blennorrhagique avec douleurs hypogastriques considérables. En un mot, l'affection a nettement débuté par un désordre génital qui, dans le principe, constituait Tunique symptôme de l'affection, s'exagérant au moment des règles, mais ne s'accompagnant jamais de ces tendances à l'érotisme que l'on observe chez les hystériques à forme cérébro-spinale.

C'est alors seulement qu'ont apparu les névralgies. Le plus souvent celles-ci étaient localisées aux ovaires et s'irradiaient

dans le ventre et les aines, puis elles retentissaient sur le trijumeau, les nerfs intercostaux et les branches du plexuf lombaire. Plus tard, les douleurs s'exacerbaient surtout au moment des règles. Elles avaient leur point de départ et leui maximum d'intensité au niveau de l'ovaire, puis elles s'accompagnaient de syncopes, de pertes de connaissance el bientôt de véritables attaques hystériques.

Enfin, Messieurs, tandis que chez les névropathes on observe à partir d'un certain âge une tendance à l'étal station- □aire, ou plutôt une certaine amélioration, le contraire a lieu chez les hystériques ovariennes. Les premières restent grasses et florissantes ; les secondes maigrissent de jour en jour, s'affaiblissent à vue d'œil et laissent concevoir des inquiétudes sérieuses sur l'avenir, d'autant plus qu'aucun traitement ne peut enrayer les accidents, que la malade arrive à la manie du suicide et que la tuberculose est souvent la conséquence éloignée de ces désordres longtemps prolongés. C'est alors que le chirurgien doit se hftter d'intervenir s'il veut empêcher ces accidents de prendre une forme chronique, qu'une opération même ne parviendrait plus à guérir, et s'il veut empêcher la patiente de mettre à exécution son projet de mourir.

Tels sont, Messieurs, les principaux troubles qu'il Impor-

Messieurs, lorsque le diagnostic est posé grâce à Fétude attentive des troubles fonctionnels, il faudrait pouvoir le compléter par l'analyse exacte des signes physiques les plus propres à déterminer la nature de la tumeur ovarienne. Il est à regretter que ce point soit presque toujours impossible à déterminer, en raison même du petit volume de la tumeur qui, chez les femmes grasses surtout, est difOcile à découvrir et à explorer soit par la voie hypogastrique, soit par la voie vaginale, soit par la voie rectale. Nous nous étendrons peu d'ailleurs sur ce sujet qui sera traité plus longuement dans notre second volume des Tumeurs de F abdomen et du bassin. Nous tenant aux symptômes que je viens de vous exposer, lorsque vous serez appelé par un médecin qui aura vainement épuisé toutes les ressources de la thérapeutique pour adoucir les névralgies épouvantables qu'endure la patiente, pour prévenir les découragements et l'exaltation cérébrale qui louche de près à la folie, à la manie du suicide, que reste-t-il à faire ?

Eh bien, si, à ce moment, vous êtes vivement sollicité par la malade, par la famille et par le médecin traitant, vous ne devez pas hésiter à enlever l'organe malade, en vertu du vieil adage, sublata causa ^ tollitur effectus. C'est pour ce motif que, dans le cours de ma longue pratique, j'ai pratiqué quatre fois cette opéralion. Avant de vous faire connaître la statistique des chirurgiens étrangers et les autres cas pour lesquels ils se sont crus en droit de pratiquer l'ablation ovarienne, permettez-moi donc de vous exposer brièvement les observations de mes opérées.

Observation i. — M"'' G..., Anglaise, âgée de 48 ans, a été traitée sans succès , depuis plusieurs années, par Marion Sims et Pratt, qui me l'adressent pour des douleurs névralgiques continues, avec paroxysmes intolérables dont le maximum correspond à la fosse iliaque et à Thypochondre gauches, et qui ont Tovaire du même côté pour point de départ comme l'indique le siège profond et bien circonscrit de la douleur. Contrairement à l'assertion de Hégar (de Fribourg), nous ne sentons absolument rien d'anormal par le toucher rectal, le toucher vaginal et le palper hypogastrique.

2ft DEUXIÈME LEÇON.

L'état généra) est tellement surexcité par ces souffrances prolongées que la malade est sous l'impulsion irrésistible d'idées de suicide. Pour ce motif, plusieurs confrères de Londres lui ont proposé l'ablation de l'ovaire gauche. La malade a toutes les apparences extérieures d'une névropathe. L'amaigrissement est extrême. Naturellement les narcoUquea, les antispasmodiques, les antipériodiques avaient été largement administrés. Tous avaient échoué ou du moins n'avaient déterminé qu'une amélioration passagère. Les injections de morphine elles-mêmes ne procurent plus d'allégement, bien que la patiente soit devenue presque morpbiomane.

Devant cet étal général, devant l'impuissance de toutes les médications si sagement instituées par Pratt, devant l'intensité des douleurs locales, nous nous décidons II pratiquer, avec lui, l'oophorectomie, le 3 mars 1883, 12, rue Laugier.

Une incision de 6 centimètres sur la ligne blanche nous permet de découvrir l'abdomen et d'engager l'index dans l'excavation pelvienne à la recherche de l'ovaire gauche, de reconnaître qu'il est immobilisé par des adbêrences qui le fixent à la paroi latérale du petit bassin près de l'anneau crural. J'engage alors deux doigts et, pratiquant quelques tractions légères pour vaincre les adhérences, je Snis par attirer la glande au dehors. Je saisis l'aileron du ligament large entre deux pinces plaies et je le lie en trois parties parce que l'une des moitiés conlenait un kyste utéro-ovarien du volume d'un œuf de pigeon et qu'un autre kyste sous-séreux était adossé à la trompe. L'ovaire est excisé au-dessus des ligatures. Les fils sont coupés au ras des nœuds. Le moignon est ensuite réduitdans le ventre. L'opération a duré trente minutes.

Le venlrc est suturé et pansé comme après l'ovariotomie. Les

Obs. 2. — Madame T..., d'Ailly-sur-Noye, 27 ans, bien réglée» mariée depuis longtemps, sans enfants, vient nous consulter, le 8 juin 1881, pour d'horribles douleurs pelviennes qui sont continues avec paroxysmes effrayants, surtout aux périodes menstruelles, et qui ont fini par provoquer de violentes attaques d'hystérie. Les douleurs datent de plusieurs années. Elles se font sentir dans tout le basventre, et avec plus d'intensité dans la fosse iliaque droite et dans la cuisse du même côté. Tous les médicaments qu'il est d'usage d'em. ployer dans les cas de ce genre, le sulfate de quinine, la morphine, le chloral, les antispasmodiques, n'ont déterminé aucun soulagement réel. Seule la belladone procura pendant quelque temps un peu d'amélioration, et il sembla, sous l'influence de ce médicament, que les douleurs se localisaient dans l'intérieur. La malade accusait des spasmes s'irradiant vers l'anus comme dans la parturition.

A cette époque^ je constatai que le col utérin était conique, presque imperforé. Pensant que ce vice de conformation pouvait être en partie la cause des souffrances, je pratiquai le débridement et la dilatation et j'engageai la malade à rentrer chez elle et à se soumettre à un régime tonique et surtout à l'hydrothérapie.

Pendant plusieurs mois, elle éprouva un soulagement manifeste. Mais celui-ci ne fut pas de longue durée, et bientôt les douleurs revinrent plus intenses que jamais.

Je la revis en mars 1882. Elle avait encore assez d'embonpoint, mais elle souffrait à peu près constamment; chaque jour, vers six heures du soir, revenait un paroxysme véritablement intolérable. La douleur augmentait graduellement dans la fosse iliaque droite, arrachant des cris à la patiente dont la face se congestionnait fortement. Ce paroxysme durait jusque vers minuit, puis les douleurs décroissaient ensuite. La belladone, qui avait autrefois calmé la malade, provoquait maintenant des accidents toxiques. Seules les injections de morphine apportaient quelque soulagement. Mais elle s'y habitua bientôt, de sorte que 5 centigrammes par jour de cette substance ne produisaient plus de résultat.

Devant ces désordres, sur les instances du médecin delà malade et de la famille, je pratiquai l'oophorectomie double. L'opération fut faite comme dans le cas précédent. L'incision remonta un peu au-dessus de l'ombilic. L'ovaire gauche fut saisi le premier. Il était enflammé, inégal, vasculaire, rempli de petits kystes, adhérent au fond du bassin et difficile à attirer. Le droit était également situé très bas dans le bassin. Je le trouvai en suivant l'utérus avec le médius et l'index gauches. Je maintins les deux ovaires avec des pinces appliquées sur les ailerons des ligaments larges et, après les avoir excisés, j'appliquai de chaque côté deux ligatures partielles et une totale. Nous trouvâmes dans le bassin un peu d'ascite. Les pé-

dicules furent réduits méthode ordinaire.

Voici jour par jour, nous pûmes observer :

Dûic. Tempéralnn, moyenne. 38 mars.

31 — 37°.7 V avril. 37%2 3 — 37',8 3 — 38«,4

DEUXIÈME LEÇON, le ventre fut fermé et pansé suivant notre

Messieurs, la relation des phénomènes que

Opération.

Une crise à 6 heures do malin,

Pasdecrisespendantcea trois jours.

Crise de 1 h. 1/2 à 7 heures du scht. Grise de 1 heure à 8 heures du scnr.

Suif, de quinine (15 centigr.) el 2 dragées camphrées.

; Pas de crises.

Une crise, piqûre morphine de 6 h. à 7 h. du matin, vol. sil. 15c.

HO

Crise de tête de 7 h. à 8 h. du matin. Piq. morphine.

Piis de crises.

Crise de I6te de 7 à 9h. du soir, bulf. de quinine, 20 à 30 cet 2 dragées camphrées.

r.me i1p tMe de « îi 10 h. do matin.

parois du yentre de cicatrices horribles et indélébiles. Pendant plusieurs mois, je la soumis à un traitement par les courants d*eau froide circulant dans un matelas mince composé de tubes de caoutchouc enroulés, en même temps que sous les reins circulaient des courants d*eau chaude dans un appareil semblable. Ces appareils dont MM. Mathieu et Galante m'avaient construit, depuis plusieurs années, différents modèles et qui m'avaient permis d'améliorer des états dysménorrhéiques intenses, eurent un bon résultat chez la malade pendant trois mois, après lesquels les douleurs reparurent avec la même force qu'autrefois.

L'appétit avait disparu, et la malade, dans le désespoir où la jetait son affection, réclamait ardemment une opération, se déclarant prête à demander au suicide la fin de ses souffrances si on ne par- Tenait pas à la soulager. Devant ces troubles, devant l'impuissance de tous les traitements employés, nous n'avions pas d'autre ressource que de pratiquer Tablation de l'ovaire gauche qui paraissait èire le siège de tous les désordres.

L'opération fut faite le 16 mai, 29, rue de la Santé. Incision allant dnpubisàrombilic; parois grasses, difficulté de reconnaître le péritoine doublé en dehors d'un fascia épais, en dedans de l'épiploon. Je découvre Tovaire gauche, en me guidant sur le corps utérin qui est comme lui en rétroversion, situé sous la vessie vidée à l'avance par le cathéter. L'ovaire est attiré au dehors avec le médius droit; deux pinces courbes sont placées sur le pédicule lié en deux parties serrées ensuite par une ligature unique. Je fais la section au-dessus et je rentre le pédicule dans le ventre.

L'ovaire enlevé était couvert d*arborisations rosées et laissait voir par transparence une quantité considérable de dépressions cicatricielles et de kystes du volume d'une lentille à celui d'un pois, disséminés dans le stroma et remplis de cellules cylindro-coniques. On voit, eu introduisant un stylet fin dans ces cavités, que toutes communiquent entre elles; par suite, forment un réseau. De chaque ouverture monte un liquide que l'examen histologique fait reconnaître pour de la lymphe. Les parois des canaux les plus volumineux sont garnies d'une couche de cellules épithéliales sans stratification.

i'' jour, — Crises douloureuses intenses résistant à la morphine, station, vomissements, sécheresse de la peau. T = 37''. P = 96.

2* jour, — Id. — 3' jour. — La douleur diminue, état général meilleur.

A partir de ce moment la guérison suit son cours.

Z juillet, — Le D' Berthier dit qu'elle ne souffre plus, que les règles sont abondantes. Récemment, elle demandait à se marier.

Obs. 4. — Madame G..., âgée de 28 ans, [a eu un enfant il y a quatre ans. Â cette époque, elle eut une péritonite pelvienne. Depuis

30 DEUXIÈME LEÇO^f.

lors, elle a perdu l'appétit, s'est affaiblie et a éproiiTé du cbté des ovaires des douleurs tellement intolérables qu'elle n'a cessé jour et nuit de pleurer et de pousser des cris. Ces douleurs partaient des deux ovaires et s'irradiaient principalement du c6lé du tube digestif. Au moment des règles, elles s'exacerbaient au point que la malade se tordait sur son lit. Malgré les conseils qui lui avaient été donnés successivement par plusieurs médecins, dont quelquesuns réellement habiles, elle n'était parvenue qu'à épuiser toutes ses ressources pécuniaires et à prendre des idées llxes de suicide qui finissaient par être approuvées par le mari dont l'existence devenait intolérable. Jefus donc en quelque sorte contraint par le médecin traitant et par la famille à intervenir pour pratiquer l'ablation des deux ovaires. L'opération fut faite le 5 juin 1883,

L'anesthésie présenta les plus grandes difficultés : il en résulta qu'au moment de l'opération, malgré toutes les précautions prises, la malade, qui jusque là n'avait cessé de se plaindre, cessa tout k coup de respirer. Il ne fallut pas moins de vingt-cinq minutes de respiration artificielle, pendant qu'elle était la tCte en bas, pour la rappeler k la vie.

L'incision fut courte, de 5 centimètres à peine, juste assez grande pour passer facilement deux doigts. Elle 'me permit de constater que l'épiploon était adhérent au feuillet viscéral du péritoine, non seulement au niveau de l'incision, mais encore jusqu'au pubis et au détroit supérieur du bassin. Je le détachai et le refoulai avec l'index et je constatai qu'il était non moins adhérent au paquet de l'intestin. Je trouvai ensuite le bassin rempli d'adhérences fermes résultant de l'ancienne péritonite. Il me fallut détacher successivement toutes ces adhérences pour reconnaître l'utérus qui était lui-même en rétro-

saisir entre Tindex et le médius et à placer au-dessous de lui une pince courbe afin de Tattirer à la plaie et de le lier comme le précédent. Il était tellement entouré par la trompe enflammée, dilatée, épaissie, saignante, qu*il aurait été impossible, sans la déchirer, de rompre les adhérences. Aussi je dus prendre le parti de Texciser en même temps que l'ovaire. L'opération terminée, je constatai qu'il y avait sous la cavité pelvienne deux verres d'ascite que je fis sortir par l'incision et que je retirai au moyen d'épongés et de serviettes douces. L'opération put être terminée sans qu'une goutte de sang tombât dans le péritoine. La suture des parois abdominales fut faite avec soin. Nous avons mis moins de temps à pratiquer l'opération qu'il n'en avait fallu pour réveiller la malade.

Les suites furent des plus simples. La température axillaire ne s'éleva pas au-dessus de 37"^, 3 et le pouls au delà de 87. Le dixième jour, la malade se levait et le quinzième elle retournait chez elle enchantée et ne ressentant plus aucune souffrance, mangeant avec appétit et commençant à prendre un peu d'embonpoint.

En résumé, Messieurs, sur quatre opérations dont trois doubles, puisque chez la malade de la seconde observation Spencer Wells enleva plus tard l'ovaire que j'avais laissé, nous avons obtenu quatre succès. Les opérées sont aujourd'hui bien portantes, et l'une d'elles, celle de l'observation 3, nous demandait il y a quelque temps la permission de se marier. 11 est vrai que les cas qui me sont propres seraient trop peu nombreux pour asseoir d'une façon certaine voire opinion. Jetons donc un coup d'œil sur la statistique des chirurgiens étrangers.

L'ablation d'un seul ou des deux ovaires, dans les conditions que je viens de vous citer, si elle n'a été faite en France que par moi, l'a été fréquemment en Amérique, en Allemagne, en Italie, en Angleterre, où les indications ont reçu une extension sur laquelle je reviendrai tout à l'heure. Dans le tableau qui suit, je ne noterai que les cas dans lesquels l'ovariolomie a été pratiquée soit pour des névralgies rebelles, soil pour des accidents cérébraux graves d'origine ovarienne, soit encore pour la dysménorrhée ou les hémorrhagies s'accompagnant de douleurs vives qui, dans les circonstances que nous étudions en ce moment, étaient le point dominant de l'affection.

UUILII^IB).

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