OU IL N Y A PAS DE PHTH1SIE PAR INFLAMMATION
de même que nous avons vu l'hypérémie périphymique, qui fait l'hémorrhagie pulmonaire au voisinage du tubercule, devenir paraphymique, et faire l'hémorrhagie, également paraphymique, à distance, au loin du tubercule, faire, dis-je, l'hémorrhagie de la pituitaire, l'épistaxis ; ainsi nous voyons cette môme hypérémie périphymique faire au loin la phlegmasie catarrhale d'un point quelconque de la membrane muqueuse des voies aériennes, de la pituitaire ou de la membrane muqueuse laryngotrachéale ; et ainsi se comprend la fréquence du coryza, de la laryngite, de la trachéite chez les tuberculeux, qui « s'enrhument » si facilement : ce ne sont point là vaines théories, ce sont faits grossièrement banals.
Ainsi, l'inflammation est aussi incapable de produire le tubercule qu'elle l'est d'engendrer le cancer, le chancre induré, la gomme et i'exostose, dont elle constitue cependant un élément parfois nécessaire, mais toujours consécutif à l'épine spécifique et toujours surajouté.
Cela étant bien établi, nous allons voir tout à l'heure l'état de fièvre ou de phlegmasie imprimer à la genèse du tubercule, au point de vue de la forme comme à celui de l'évolution, des modifications si profondes qu'elles ont été jusqu'à faire mettre en doute l'identité des produits morbides, et qu'on a vu naître ainsi la doctrine de la dualité de la phthisie : où l'on ne considère comme tuberculeuse que la granulation, et où tout ce qui estcaséeux est simplement inflammatoire.
Pour se reconnaître au milieu du chaos anatomique de la phthisiologie contemporaine, je ne vois pas de plus sûr moyen que de remonter aux sources mêmes de l'anatomie phthisiologique, je veux dire à Laennec. Ce grand homme a décrit trois formes principales de lésions tuberculeuses : le tubercule, la granulation, Y infiltration. Dans ces lésions, la forme, le volume et l'aspect ont une importance matérielle incontestable. Voyons donc ce qu'elles sonl : le tubercule est de forme sphérique, du volume d'un grain de millet à un grain de chènevis ou un gros pois, de couleur grise, demi-transparenle, ou jaune, ou caséeuse ; la granulation est de forme sphérique, du volume d'une tête d'épingle à un grain de millet, de couleur grise, demi- transparente, ou jaune,
ou caséeuse; l'infiltration est amorphe, de volume indéterminé, de couleur grise, demi-transparente, ou jaune, ou caséeuse. Ainsi la granulation ressemble au tubercule par la forme et la couleur ; elle n'en diffère que par le volume; et l'infiltration diffère du tubercule et de la granulation par la forme et le volume, et ne ressemble à tous deux que par la couleur ; de sorte enfin que la couleur est commune à ces trois formes anatomiques; mais la coloration grise , demi-transparente , ne s'observe que dans le tubercule naissant, la granulation naissante, l'infiltration commençante; la coloration jaune ne se voit que dans une période plus avancée du tubercule, delà granulation, de l'infiltration; et l'aspect caséeux, que dans une phase encore plus reculée du tubercule, de la granulation et de l'infiltration (ce sont là des faits que révèle l'observation); de sorte que la coloration est en réalité le résultat de modifications successives et intrinsèques ; modifications liées à l'état spécial et actuel de la vitalité du produit morbide; modifications nécessaires, étant donnée l'organisation de ce produit ; de sorte enfin que la couleur du produit en est la qualité fondamentale. Tubercule, granulation et infiltration passent tous et nécessairement par ces trois états correspondant à trois phases de* leur évolution. Or, il faut bien distinguer ce qui est accidentel de ce qui est nécessaire. La caséification est la terminaison naturelle du tubercule et de tout ce qui est tuberculeux, tandis qu'elle n'est qu'un accident tout à fait fortuit dans l'évolution de certains autres produits morbides. Par exemple, on peut voir une masse caséeuse au sein d'un cancer, ou au milieu d'un ancien abcès ; mais, dit M. Grancher, « il s'agit d'une mortification consécutive à un thrombus ; ce résultat est purement accidentel et n'a rien à faire avec la terminaison naturelle du cancer, qui est le développement et la généralisation ; il s'agit, pour l'abcès, d'une inspissation qui n'a eu lieu que grâce à la circonstance d'une rétention prolongée ; et ni le cancer ni l'abcès n'ont obéi dans ce cas à aucune loi de leur évolution.
« Au contraire, dit encore ce savant distingué, les produits tuberculeux se caséifient régulièrement, naturellement. Pour eux, la caséification est un simple stade d'évolution plus ou moins