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FISTULE OPÉRÉE ET DÉRIVATION COMPENSATRICE

solution dépend de conditions individuelles. Oui, l'abcès de la marge de l'anus doit être traité ; mais si le mal est spontané et le sujet lymphatique, il importe de faire ses réserves et de signaler à la famille la possibilité de la tuberculisation ultérieure — je ne dis pas consécutive. 11 faut d'ailleurs prendre ses précautions, et établir pendant un certain temps un exutoire au bras (vésicatoire ou cautère), agissant à la fois comme agent révulsif, substitutif et compensateur du mal spontané. En tout cas, il importe de redoubler de zèle au point de vue des précautions hygiéniques.

2° De même, la fistule à l'anus doit-elle ne jamais être opérée chez un individu menacé de tuberculisation et à plus forte raison chez un tuberculeux? La solution est également ici toute personnelle : si la fistule est de médiocre importance, peu suppurante, surtout de date récente, de telle façon qu'elle ne constitue pas encore une habitude morbide dans l'organisme, on peut l'opérer, mais en prenant soin d'établir, au moins pour quelque temps, un exutoire de précaution. Si, au contraire, dans les conditions que je viens de dire, la fistule date d'un long temps, je pense, avec Trousseau, qu'il vaut mieux la respecter. Enfin, si elle est très profonde, très douloureuse et abondamment suppurante, il faut l'opérer, même chez un tuberculeux ; car elle est pour le malade une cause de débilitation qu'il importe de supprimer ; mais les précautions à prendre sont proportionnelles à la gravité comme à l'ancienneté de la fistule ; je veux dire que, dans ce cas surtout, l'exutoire est d'obligation. Telle est la pratique de M. le professeur Mabit, de Bordeaux, qui fait mettre alors un cautère sous la clavicule, et rien n'est plus médical ni plus sage. C'est pour avoir opéré dans ces circonstances, en négligeant des précautions que je considère comme indispensables, qu'on a eu à se repentir.

Assurément, la guérison radicale de la fistule à l'anus n'est pas constamment suivie d'aussi déplorables catastrophes qu'on l'a vu dans mon cas de tout à l'heure, sans quoi la lumière serait faite pour tous sur sa malfaisance, cl l'on ne discuterait plus. Il en est ici comme de certains autres méfails thérapeutiques 'iui ne sont évidents que dans certains cas, sinislrcinenl éblouis-

sants par la rapidité comme par la gravité des conséquences. Ceux-là seuls, cruellement démonstratifs, prouvent pour les autres et suffisent.

Je crois avoir clairement établi qu'on ne devient pas tuberculeux parce que la fistule a été opérée, mais que la suppression de la fistule a imprimé une impulsion plus ou moins rapide à la tuberculisation alors en puissance ou en acte. Par exemple, mon jeune homme de tout à l'heure n'a pas été rendu tuberculeux par sa fistule guérie, la suppression de sa fistule n'a pas engendré ses tubercules, mais il avait simultanément des granulations pulmonaires latentes et une fistule anale évidente ; les unes et l'autre, parce qu'il était débile et de mauvaise race. De telle sorte que l'hypérémie anale habituelle, chronique, ayant été définitivement supprimée, la fluxion s'est portée vers les poumons tuberculeux, vers le point où existait une épine morbifique, vers la pars minoris résistent im.

Ainsi la « fonction morbide » fistule ne peut être supprimée sans dommage, car elle a chance d'être remplacée par une « fonction morbide » différente, siégeant dans un organe « plus noble », en réalité, plus important à l'organisme ; et, ici, c'est le poumon qui sera l'offensé.

Il faut bien comprendre qu'il y a là tout à la fois une fonction morbide et une habitude également morbide ; et qu'il est doublement périlleux de supprimer Tune en supprimant l'autre.

Je dis qu'une maladie chronique locale est si bien devenue fonction et habitude, que sa disparition momentanée coïncide habituellement avec un trouble marqué de l'organisme ; et que sa réapparition se fait avec le retour au statu quo. Ce qui démontre que la santé générale s'est arrangée de l'existence de la maladie locale chronique, devenue ainsi fonction intégrante.

L'exemple que j'invoquerai ici sera celui du « catarrhe sec » de Laennec, c'est-à-dire l'hypérémie chronique de la muqueuse pharyngo-laryngée avec hypertrophie consécutive des glandules, et sécrétion exagérée habituelle; le tout parfaitement compatible avec la santé. Chaque jour, surtout le matin, l'individu « toussote », « graillonne» , a le « hem » des Anglais et rejette à la suite

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