TRAITEMENT VARIÉ
Mais on va plus loin ; et voici que l'on prétend que, dans la période ultime de la phthisie pulmonaire avec fièvre hectique, consomptive, tubercules ramollis ou cavernes, les redoublements fébriles sont atténués, abrégés, suspendus ; que la fièvre diminue et cesse à son tour ; que si, chose idéale, les sueurs nocturnes, l'éréthisme général et l'insomnie suivent la même progression décroissante, l'appétit, les fondions digestives, la nutrition, se réveillent; la coloration des tissus, l'embonpoint, les forces renaissent; toute la physionomie se transforme. C'est merveilleux ! et ce n'est pas fini, car alors cette reconstitution générale rejaillit sur les lésions locales : la toux, l'oppression et l'expectoration se modèrent; les crachats perdent le caractère purulent pour devenir simplement muqueux ; tout enfin révèle le travail de réparation qui s'effectue dans les bronches et les cavernes pulmonaires. Qui donc a vu tout cela? Et que ce serait beau, si cela était vrai ! L'arsenic serait pour les tuberculeux le spécifique tant désiré.
La vérité, c'est que ce médicament n'agit ni contre la diathèse ni contre son produit. Ce qu'il peut faire, s'il le fait, c'est de stimuler l'assimilation alors qu'elle défaille ; et, quand il le fait,
c'est un bien.
Il ne faut, d'ailleurs, nullement considérer l'arsenic comme un médicament innocent; pris indéfiniment, il est toxique et fait maigrir ; il conspire alors avec le tubercule. Ne le conseillez donc que quinze à vingt jours par mois, pendant deux ou trois mois, laissant ainsi quinze à vingt jours pour l'élimination.
11 faut le donner par milligramme et de la façon suivante : un, deux ou trois granules d'acide arsénieux à 1 milligramme chacun, matin et soir, ce qui fait % A ou G milligrammes par jour. Ces granules avaient été déguisés par Trousseau sous le nom de granules « de Dioscoride » afin de cacher au malade le nom de la substance réputée toxique qui était ainsi administrée (Trousseau avait pris le nom de Dioscoride comme clanl celui du premier auteur classique qui sVst occupé scientifiquement de L'arsenic) -, ou bien encore on peut donner l'arsenic »ous forme de liqueur de Fowler par goutte-, dont chacune contient 1 milligramme d'arsenic dans les mêmes proportions que j'ai indi-
quées tout à l'heure. Cette préparation a également l'avantage de laisser ignorer au malade la nature du médicament qu'il emploie.
La vérité encore, c'est que l'arsenic est un auxiliaire utile contre la diminution ou la perte de l'appétit, et qu'il rend de réels services en ce sens qu'on peut le faire alterner avec le sulfate de quinine contre la fièvre tuberculeuse.
On peut employer l'arsenic lui-même, ou les eaux minérales arsenicales, parmi lesquelles le Mont-Dore occupe le premier rang, et à juste titre.
Quant à l'action locale sur les lésions pulmonaires, c'est un leurre ! Je ne vous parlerai donc des cigarettes de datura dont le papier aurait été trempé dans une solution titrée d'arséniate de soude, que pour vous les déconseiller.
Le professeur Fuster, de Montpellier, en juin 1865, a, dans une communication à l'Académie des sciences, attribué à'ia viande crue et à la potion alcoolique la propriété d'arrêter les progrès des maladies consomptives.
Pour éviter l'alcool, on peut donner la préparation suivante :
Viande crue (fileU 250 grammes.
Amandes douces mondées 75 —
— - amères 5 —
Sucre blanc 30 —
Après avoir pilé le tout dans un mortier, on ajoute à ce mélange un jaune d'œuf et du lait, de manière à obtenir un véritable lait de poule.
L'élixir alimentaire Ducro est une longue macération de la viande dans de l'alcool, convenablement aromatisée par l'écorce d'oranges amères. Cette préparation tient en dissolution toute la matière nutritive ; on peut la donner comme liqueur de table au moment des repas. D'après l'auteur, chaque flacon contient le principe soluble de 500 grammes de viande.
Vextrait de viande de Liebig n'a d'autre mérite que de fournir un aliment réparateur sous un petit volume.
On attribue vulgairement aux limaçons des propriétés nutritives et des effets curatifs. On a fabriqué des sirops et des pâtes d'escargots, qui ont eu une certaine vogue, et c'est tout ce qu'on en peut dire.
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Le vin toni-nulritif de Bug eaud est une association de cacao et de quinquina que je donne volontiers à la fin du repas aux femmes et aux enfants.
Le vin de quinquina me paraît une nécessité médicale dans le traitement général des tuberculeux. Il faut le donner soit au vin de Bordeaux, soit au vin de Malaga, et à doses qui ne soient pas trop considérables : un verre à bordeaux en deux fois dans le cours de la journée, pris non pas avant le repas, mais dans le cours ou à la fin de celui-ci.
Le quinquina est un des médicaments que je conseille le plus fréquemment et le plus utilement dans la tuberculisation pulmonaire. Je le donne à toutes les périodes de celle-ci, comme tonique, comme amer, comme antipyrétique, mais en réalité toujours et surtout comme amer et comme tonique ; le plus habituellement sous forme devin; et, chez les personnes dont l'estomac intolérant pour le vin repousse les préparations alcooliques de quinquina, chez les Espagnoles, les Havanaises, chez les dames, en un mot, qui ont l'habitude de ne boire que de l'eau, je conseille avec succès dans le cours de la journée deux à trois petites tasses de macération de quinquina (de 2 à 4 grammes de poudre de quinquina par tasse à thé d'eau froide macérés pendant une heure), chacune de ces tasses prise pure ou édulcorée avec du sirop de framboise, d'orange ou môme d'écorces d'oranges amères. Peut-être cette préparation agit-elle un peu comme antipyrétique, mais elle agit surtout comme stomachique et relève l'appétit languissant.
La médication sulfitée, conseillée par Giovanni Polli (de Milan) repose sur une conception hypothétique. L'acide sulfureux aurait la propriété de prévenir et d'arrêter toutes les fermentations des matières végétales et animales et exercerait celte action sur la tuberculisation pulmonaire.
Par suite de l'impossibilité d'administrer l'acide sulfureux en nature, Polli a conseillé de le donner sous la formede sulfites de soude, de potasse, de magnésie, etc. Suivant cette manière de voir, ulfites èl hyposulfites introduits dans l'Organisme passenl dans ir> sécrétions à un Étal d'oxydation supérieur, les hyposulfites se transformenl en sulfites, les sulfites en sulfates.
Vhyposulfite de chaux modifierait la nature des matières expectorées, diminuerait la fièvre hectique et augmenterait la vitalité générale.
Par les sulfites de magnésie, Ridolfi dit avoir combattu avec succès de violents accès de fièvre, chez des tuberculeux au troisième degré. Les sulfites prolongeraient la vie des malades en les protégeant contre l'infection constante qu'engendrent les collections de matières purulentes incomplètement expectorées.
La dose d'hyposulfite de chaux doit s'élever progressivement de 3 à 9 grammes, pris en une, deux ou trois fois. On verse cette dose sur la langue et l'on boit immédiatement après une gorgée de liquide. Je ne suis ici qu'un simple historien. J'aurais fort à faire si je voulais jouer le rôle de critique.
De ce que les tubercules ont, dans certains cas, de la tendance à la transformation crétacée, quelques-uns ont eu l'ingénieuse idée de conseiller l'emploi des phosphates, et en particulier le phosphate de chaux, qui aurait le double effet de provoquer mieux que tout autre sel cette transformation des tubercules et de favoriser la nutrition. J'ignore si le phosphate de chaux peut favoriser la formation de la lymphe plastique et des tissus nouveaux, j'ignore même si les chiens ne sont pas phthisiques parce qu'ils ingèrent beaucoup d'os, mais je sais que les phosphates n'ont jamais fait de bien aux tuberculeux.
Parlerai-je des kypopkosphites? Ici encore la conception est purement théorique : la diathèse tuberculeuse résulterait de la diminution dans l'économie du phosphore qui s'y trouve à l'état oxygénable, et le remède consisterait dans une préparation de phosphore qui présenterait le double caractère d'être immédiatement oxygénable et de se trouver en même temps à un degré minimum d'oxydation; d'où l'administration des hypophosphites de chaux et de soude.
On a encore proposé contre la phthisie l'usage d'une poudre saiino- calcaire composée de phosphate de chaux, de carbonate de chaux et de bicarbonate de soude.
Un médicament qui rend d'assez réels services est le chlorhydro-phosphate de chaux en solution. L'idée de ce médicament est fondée sur ce fait :