TRAITEMENT : LE TARTRE STIBIÉ
1° Que le phosphate de chaux des aliments, pour être absorbé, se dissout dans l'estomac à la faveur de l'acide chlorhydrique du suc gastrique ;
2° Que l'acide chlorhydrique possède, toutes choses égales d'ailleurs, un pouvoir dissolvant plus considérable que les autres acides;
3° Que l'on peut ainsi obtenir un produit qui, sans être sensiblement acide, contient sous un faible volume beaucoup de phosphate de chaux ;
4° Que l'impossibilité de formuler magistralement l'acide chlorhydrique, doué d'une action spéciale sur l'acte de la digestion, a fait naître la nécessité d'agir sur le phosphate tribasique à l'état naissant et à l'abri de l'air.
Ce sont les mêmes vues théoriques qui ont engagé à faire des préparations de lacto-phosphate de chaux et de lacto-hypophosphite de fer calcique.
On a essayé de trouver dans le vin de coca un succédané du vin de quinquina, mais je déclare sincèrement préférer celui-ci.
D'après mon savant collègue M. Lasègue, le salicylate de soude est un apyrétique puissant bien toléré par l'estomac. Il faut, pour obtenir des effets appréciables, donner ce médicament à la dose de 3 à 8 grammes. Dans la phthisie pulmonaire, on obtient ainsi une amélioration rapide de l'état général des malades.
Parmi les moyens internes employés pour combattre les congestions inflammatoires de la tuberculisation pulmonaire et la lièvre symptomatique du processus congestif, on a conseille Le tartre slibié, dont M. Fonssagrives s'est montré, dans ces derniers temps, l'avocat convaincu. Il fait remarquer, d'une part, la tolérance prolongée que présentent les malades auxquels on administre l'émétique; d'autre part, la possibilité de cumuler l'administration de l'émétique avec l'alimentation c. »i>icM^c et réparatrice; enfin la propriété qu'a cette médication d'enrayer le développement tuberculeux <il de faire passer la phthisie à un état de chronicité apyrétique.
La potion stibiée de 20 à 30 centigrammes par jour, que conseille M. Fonssagrives, doit entraîner de la constipa I i< )ii et non
de la diarrhée, On arrive progressivement à abaisser cette dose
588 LES TUBERCULEUX ET LES PHTfllSIQUES.
jusqu'à 5 centigrammes par jour, et le malade peut la continuer pendant des mois entiers ; une seule circonstance est susceptible de compromettre cette tolérance, c'est le défaut d'appétit ; mais cette inappétence est exceptionnelle et non imputable au traitement.
Cette médication rasorienne n'exclut en rien l'adjonction de moyens accessoires.
Une chose frappe surtout dans l'exposition de M. Fonssagrives, c'est que la forme fébrile de la phthisie, qui semblerait plus spécialement justiciable du contro-stimulisme, la phthisie galopante, est réfractaire dans tous les cas à l'action du tartre stibié ; qu'il en est de même de la phthisie acquise, chez des individus primitivement vigoureux, et indemnes de toute tare héréditaire. La phthisie héréditaire classique est le véritable domaine d'action de la médication stibiée ; c'est là surtout qu'elle provoque les temps de répit ou de sommeil de la maladie.
Une condition pour que le tartre stibié soit indiqué, c'est qu'il y ait de la fièvre. Le tartre stibié arrête le mouvement fébrile et avec lui ce travail de désorganisation pulmonaire dont la fièvre n'est que le reflet. La phthisie torpide contre-indique le tartre stibié. — Toute bronchite fébrile survenant chez un individu à poumons suspects exige, suivant M. Fonssagrives, la médication rasorienne. — Le passage du premier au deuxième degré de la phthisie est la véritable période d'opportunité pour l'emploi de l'émétique. Lorsque la fièvre hectique de ramollissement existe depuis quelque temps déjà, l'usage énergique et soutenu de l'émétique trouve son indication dans la troisième période de la phthisie. On peut encore employer l'émétique lorsque, malgré des signes stéthoscopiques très prononcés, l'état général n'est pas trop mauvais.
Les contre-indications du tartre stibié sont : la forme granuleuse de la phthisie, l'étendue des lésions pulmonaires, l'existence d'une complication constituant un danger grave (la laryngite ulcéreuse), l'intensité des symptômes de colliquation, des sueurs, de la diarrhée. Il en est encore ainsi lorsque le pouls dépasse 105 à MO; qu'il est ondulant, dépressible, avec peu de chaleur à la peau, de même si la langue est lisse, rouge. — Les
TRAITEMENT : L IPECACUANHA. 589
sujets faibles, enclins aux syncopes, sont dans de mauvaises conditions pour subir cette médication. — La grossesse n'est pas une contre-indication. Une fois la tolérance établie, il n'y a pas lieu de suspendre l'émétique à l'époque des règles.
En résumé, la médication rasorienne par le tartre stibié n'est conseillée par M. Fonssagrives dans aucune des formes les plus graves et les plus fébriles de la phthisie pulmonaire, c'est-à-dire dans celles où l'on est habituellement désarmé et où il serait cependant si utile de combattre la fièvre, élément morbide principal et dominateur. Ainsi, suivant le savant médecin lui-même, cette médication n'a de puissance ni dans la phthisie aiguë, ni dans la phthisie galopante, ni dans cette forme lamentable de la phthisie chronique fébrile continue qui se complique de laryngite ulcéreuse.
En vérité, dans les formes fébriles de la phthisie pulmonaire, surtout quand la fièvre est l'expression d'un travail phlegmasique circumtuberculeux, je préfère de beaucoup le kermès minéral au tartre stibié. Si, en effet, dans laphlegmasie franche du poumon, disons le mot, dans la fièvre péripneumonique, le contro-stimulisme a sa raison d'être et le tartre stibié son indication, il n'en est certainement pas de même dans l'inflammation toute symptomatique, toute locale, et en tous cas si peu franche, que provoque dans les poumons la présence des granulations tuberculeuses. Contro-stimuler n'est pas le but; il ne s'agit pas de déprimer un organisme envahi par une fièvre inflammatoire. Ce qu'il faut, c'est décongestionner un organe localement atteint. De sorte qu'après l'emploi si rationnel et si efficace des révulsifs locaux, l'auxiliaire le plus utile, comme médicament interne, est celui qui déprimera le moins. Celui-lù, emprunté également aux antimoniaux, c'est le kermès minéral. On peut le donner alors non plus à la dose de 5, 10 et 15 cenliuiammes comme expectorant, mais à la dose de 20, 2;> et 30 centigrammes; comme on le fait dans certaines formes de pneumonie, surtout de pneumonie catarrhalc, et à titre de décongestionnant et d'anliphlogistique. Une potion de cette nature, employée plusieurs jours de suite, est vraiment très avantageuse, soit lorsque la phthisie chronique apyrétique passe
brusquement au type subaigu ou aigu par le fait d'une infiltration tuberculeuse incidente, soit dans la forme infiltrée primitive, avec fièvre concomitante (dans cette forme, en d'autres termes, qu'on a désignée sous le nom de «pneumonie caséeuse»); soit encore dans la phthisie pulmonaire avec prédominance de catarrhe aigu ou subaigu (phthisie pulmonaire à forme bronchopneumonique).
Quant à Yipécacuanha, il peut être utile comme vomitif, dans les cas de brusque congestion pulmonaire et au même titre qu'on l'emploie dans la bronchite capillaire ou le catarrhe suffocant. La dose à prescrire est de 1 gramme, lg,2o, 1^,50, suivant le cas. Le vomitif rend alors de réels services : on n'ose pas assez l'employer. Dans des conditions différentes, c'est-à-dire pour combattre la sécrétion catarrhale trop abondante, l'ipéca peut encore être très utile à la dose alors de 5 à 10 centigrammes dans une matinée, donnés d'emblée; ou cette dose mélangée à du sirop et prise dans le cours de la matinée ; ou encore sous forme de pastilles d'ipéca, au nombre de trois ou quatre successivement le matin.
Quelques auteurs ont conseillé la digitale. J'avoue que je ne m'en sers pas et refuse de m'en servir. Si la digitale, en effet, parvient à diminuer la fréquence du pouls (ce qui, d'ailleurs, est assez rare dans le cas de fièvre tuberculeuse symptomatique), c'est en produisant une dépression que je suis loin de rechercher. Son action, toxique d'ailleurs, est par trop indirecte. Le ralentissement de la circulation, qui est son rôle thérapeutique d'élection, n'est qu'un des côtés (le moins important) du problème à réaliser; car, parce qu'on a diminué la fréquence des battements du cœur, il s'en faut bien qu'on ait réellement attaqué le mal phlegmasique circumtuberculeux qui siège dans les poumons. Les préparations antimoniales, l'ipécacuanha, qui sont incontestablement des médicaments décongestionnants, des médicaments expectorants, me semblent bien mieux agir dans le sens curatif : combattant le mal primitif, ils diminuent la fréquence du pouls consécutivement, au lieu de diminuer primitivement cette fréquence sans viser la phlegmasie pulmonaire, principe du mal.
TRAITEMENT CES FORMES TR.UTABLES. S9l