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L ÉTAT PUERPÉRAL ET SES ACCIDENTS

cette saignée n'a pas lieu, une phlegmasie peut apparaître. Mais cette saignée préventive peut être à son tour l'occasion d'un grave accident; est-elle trop abondante, il y a «hémorrhagie puerpérale ».

Un autre fait salutaire se produit après l'accouchement : c'est la fluxion vers les mamelles au moment où ce parasite qu'on appelle le fœtus est expulsé au dehors. Il continue alors sa vie parasitaire en suçant le lait de sa mère, après en avoir sucé le sang. La fluxion mammaire est donc nécessairement un acte thérapeutique par rapport à l'utérus : c'est de la dérivation. Mais cet acte thérapeutique se transforme en un acte pathologique si l'enfant ne vient pas, chaque jour, maintenir dans certaines limites l'hypérémie sécrétoire ; alors, pour un peu, cette mamelle au lieu de faire du lait, fera du pus. L'hypérémie est un fait aveugle, indifférent, passif, mais qui ne demande qu'à passer à l'état d'acte : acte fonctionnel comme la sécrétion, acte pathologique déjà comme le flux, acte pathologique encore comme la phlegmasie. Ainsi la fçmme en couche peut être exposée également à des phlegmasies de l'utérus ou de ses annexes.

La malade du n° 12 de la salle Sainte-Marguerite, jeune femme de vingt-quatre ans, est devenue trois fois grosse et trois fois a avorté; elle n'a donc pas eu l'occasion d'allaiter. De plus, l'accouchement s'est fait sans hémorrhagie ; pour nous servir d'une heureuse expression de la religieuse du service, cette femme a eu un accouchement sec. Au bout de vingt-quatre heures, l'écoulement est devenu assez fétide; après trente-six heures, la malade a ressenti des douleurs dans les seins, qui étaient très indurés. L'hypérémie avait abandonné l'utérus pour se porter vers les mamelles.

Vous connaissez l'aphorisme d'Hippocrate : Ubi stimulus, ibi fluxus. La formule inverse est aussi vraie : Ubi flux us , ibi stimulus : « Là où il y a fluxion , il y a stimulai ion. » Il l'aul qu'un organe hypérémié fasse quelque chose; sinon le bien, ce sera le mal : sinon un acte physiologique, ce sera un acte pathologique : dans cette mamelle, il y a trop de sang, c'est une fluxion sécrétoire ; il ne s'y fait pas de lait, la fluxion devient pathologique, il s'y fera du pus.

602 LES MALADIES PUERPÉRALES.

Dans ce cas, en apparence si simple, il est une foule de détails qu'il est bon d'analyser. Remarquons que cette femme souffre surtout à la partie externe et inférieure de la mamelle : il y a là à la fois un acte vital, l'hypérémie, et un acte physique, la pesanteur. La femme étant couchée, la mamelle pend vers l'aisselle; par suite de la déclivité, la portion externe de la mamelle est de plus de 4 centimètres au-dessous de la portion interne ; aussi l'hypérémie y est-elle mécaniquement plus intense. Dans le Traité des maladies du sein de Velpeau, on voit que sur huit femmes récemment accouchées ou nourrices, atteintes de phlegmasie de la mamelle, c'est la partie externe et inférieure de l'organe qui est affecté. 11 suit de là un enseignement thérapeutique : il faut combattre et la pesanteur et l'hypérémie.

Chez notre malade, la partie que j'indique était dure, turgide ; le toucher y était très douloureux ; il y avait élévation de température de la mamelle ; l'état général était caractérisé par de l'anorexie, des renvois nidoreux, un état saburral delà langue, enfin par de petits frissons erratiques indiquant une fièvre légère. On évite ces accidents en faisant de la dérivation. Nous avons purgé cette femme; nous avons appliqué des cataplasmes d'une certaine façon. La manière dont on fait le cataplasme n'est pas indifférente. Il y a une foule de manières pour faire un mauvais cataplasme; il n'y en a qu'une d'en avoir un bon. Il faut faire bouillir la farine de graine de lin elle-même ; on obtient alors une pâte douce, onctueuse, qui conserve longtemps sa chaleur. Le cataplasme ne doit être ni trop lourd, ni trop léger. 11 faut qu'il exerce une certaine compression. Pour obtenir cette compression, et pour qu'elle soit élastique, nous mettons par-dessus le cataplasme une épaisse couche d'ouate, et nous maintenons le tout avec un bandage qui forme un véritable corset et qui relève les mamelles en les rapprochant de la ligne médiane.

Sous l'influence de ce traitement, la phlegmasie a été en diminuant, ce qu'indiquait une moins grande intensité de la douleur; les seins, qui étaient durs, sont devenus mous. Cette femme sort aujourd'hui avec une mamelle physiologique, après quatre jours de traitement.

Encore un mot à propos des abcès du sein : ils guérissent très

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