GROSSESSE ET ABCÈS DU SEIN
bien sans l'intervention chirurgicale, et c'est là l'opinion de Trousseau. Lorsqu'on a été assez malavisé pour les laisser se produire, il faut abandonner à la nature elle-même le soin de se charger de l'évacuation du pus.
Le fluxion mammaire gravidique peut, sous l'influence de la cause la plus légère, entraîner la production d'abcès du sein avec suppurationexcessive,rebelleàtouttraitement, etpersistantpendanttoute la durée delà grossesse, pour cesser— ainsique je l'avais prévu et prédit — après l'accouchement, c'est-à-dire après la disparition de la cause intime, fondamentale, prédisposante, la fluxion de la grossesse. Témoin le fait suivant, où, malgré le traitement le plus rationnel, la suppuration la plus abondante persista pendant tout le temps de la grossesse, pour cesser immédiatement après l'accouchement.
Une jeune femme, enceinte de six mois, entre- dans mon service, le 21 avril d880, pour un abcès du sein droit, dont elle fait remonter le début à quatre jours et auquel elle ne peut assigner de cause. Cet abcès, ponctionné, le 26 avril, avec le trocart de l'aspirateur Potain , donne issue à 300 grammes de pus. Malgré l'évacuation de cette énorme quantité de pus, l'état général reste mauvais. Les frissons persistent et l'on est obligé de recourir aux larges incisions avec le bistouri. Un tube à drainage est placé et facilite le lavage de la poche suppurante.
Le 5 mai, un érysipèle se déclare.
Le io mai, nouvelle incision donnant issue à une grande quantité de pus.
Le 20 mai, nouvel érysipèle.
Le mois qui suit, l'état du sein ne s'améliore pas ; de nouvelles fistules se produisent et transforment la mamelle en une sorte d'énorme éponge purulente. Cependant, la santé générale souffre peu.
Le môme état local persiste jusqu'au 2.'} juillet, jour de l'accouchement. Après dix heures de travail, l'accouchement se fait régulièrement; la malade met au monde un garçon à terme et bien constitué.
Dèa le deuxième jour après L'accouchement, le mamelon du sein gauche donne issue à un peu de lait.
604 LES MALADIES PUERPÉRALES.
Du côté du sein malade, une amélioration manifeste se produit. La suppuration devient moins abondante. Les orifices listuleux se ferment. Le mieux s'accentue rapidement, et la guérison de cet abcès de trois mois s'opère en cinq jours, sans qu'aucune modification soit introduite dans le pansement ou dans le traitement général.
Le 1er août, la malade demande à sortir, et le 4, elle part pour le Vésinet, complètement guérie. Le sein est entièrement cicatrisé.
Le 15 septembre, nous revoyions cette femme et nous pouvions constater que la guérison ne s'était pas démentie.
La fluxion mammaire gravidique prédispose si bien la mamelle aux phlegmasies — et aux phlegmasies suppurantes — qu'un simple accident, la gale, qui produit à peine, chez la femme non gravide, l'eczéma du mamelon, peut entraîner, chez la femme grosse, une lymphangite profonde d'abord, puis des abcès parenchymateux et multiples des deux seins ; en voici un exemple :
Une femme de vingt-deux ans entre, le 5 mai 1881, dans le service de mon ami, le professeur Verneuil, à la Pitié, pour un abcès du sein droit. Cette jeune femme, primipare, grosse de huit mois et demi, est prise de quelques douleurs de ventre peu de jours après son entrée et immédiatement envoyée dans la salle d'accouchement de mon service.
Les douleurs se calment momentanément, et l'on constate des points fluctuants multiples du sein droit, avec augmentation de volume de la mamelle correspondante, une induration avec tuméfaction diffuse de la mamelle gauche, lésions provoquées, sous l'influence de la grossesse, par un eczéma des seins, dû lui-même à la gale.
L'accouchement paraissant ne pas devoir se faire prochainement, on institue le traitement de la gale. Sous cette influence, les lésions acariennes proprement dites et l'eczéma des seins disparaissent; mais l'état phlegmasique des mamelles persiste, entretenu, comme je le fais remarquer aux élèves, par la gravidité.
Les douleurs d'accouchement commencent le 25 mai, à quatre