THÉORIE GÉNÉRALE DE LA SÉRUMURIE
Cette première erreur en a entraîné une foule d'autres : méconnaissant ainsi l'altération de l'urine,
D'une part, on a été chercher dans des phénomènes de dialyse, avec altération préalable de l'albumine, ou dans une superalbuminose absolument hypothétique, et qui repose sur une interprétation physiologique erronée, la cause dé cette prétendue filtration incompréhensible de l'albumine ;
D'autre part, on n'a pas su voir que ces théories quintessenciées n'expliquaient nullement l'altération des reins ;
En troisième lieu, on s'est de la sorte de plus en plus éloigné du seul fait indéniable et qui rend compte de tout, du symptôme sérumurie comme de la lésion rénale, à savoir la congestion du rein par l'excès de tension de ses vaisseaux;
2° La sérumurie de la grossesse n'est qu'un cas particulier de la sérumurie en général ; d'une part, elle démontre, par sa fréquence même, le bien fondé de ma théorie pathogénique de la sérumurie (excès de tension vasculaire par pléthore rénale) et, d'autre part, elle démontre la pléthore générale de la grossesse, dont elle n'est qu'un cas particulier.
Ce qui donne un si haut intérêt à la sérumurie de la grossesse, c'est précisément qu'on saisit sur le fait la genèse du phénomène : on y voit comment un fait élémentaire et tout mécanique, Yexcès de tension dans les vaisseaux du rein (par pléthore générale gravidique), produit la filtration de vive force du sérum du sang — ou même du sérum et des globules.
D'où immédiatement deux résultats considérables au double point de vue de la fonction et de Y organe. Au point de vue de la fonction, la cessation de la sécrétion normale de V urine ; au point de vue de l'organe, la congestion de celui-ci, avec toutes ses conséquences ultérieures possibles.
Le fait est donc ici bien autrement simple que dans toute autre albuminurie, dans l'albuminurie par excès alcoolique, par exemple, puisque, dans ce dernier cas, l'intervention topique de La lubstance irritante rend plus complexe la pathogénie du phénomène et plua difficile sa compréhension, attendu qu'on peut invoquer la désorganisation préalable des reins ou une lésion quelconque, mais certaine, de ceux-ci comme condition antérieure et
668 LES MALADIES PUERPÉRALES.
nécessaire de la filtration de l'albumine ; tandis que, dans l'albuminurie gravidique, les reins sont sains comme le reste de l'organisme, rien de local n'est venu en altérer la texture ; or, l'organe étant ainsi intact et la fonction, normale, voici que, néanmoins, peu à peu, l'un et l'autre s'altèrent, sans qu'on puisse trouver, entre ces deux états sain et malsain des reins de cette même femme grosse, autre chose qu'une congestion, c'est-à-dire un trop-plein vasculaire; c'est donc le trop-de-sang dans les vaisseaux du rein qui, distendant les vaisseaux et en amincissant les parois (excès de pression et excès de tension), a permis la filtration du sérum des parois vasculaires dans l'intérieur des tubuli du rein; comme c'est ce même trop-de-sang dans les vaisseaux qui, par sa persistance, a entraîné la dystrophie du parenchyme de l'organe (d'où la dégénérescence des épithéliums et des tubuli), comme les exsudais avec prolifération du tissu conjonctif interstitiel (d'où l'anémie et l'atrophie ultérieure de ce rein naguère hypérémié et hypertrophié).
Mais le fait élémentaire, protopathique, et qui n'est d'abord que physiologique, — l'excès de tension vasculaire, — ne s'arrête pas au trouble de la fonction et de l'organe urinaires; il engendre par contre-coup, et nécessairement, des désordres de Y organisme, ce contre-coup, c'est l'empoisonnement du sang par l'urine, qui n'est plus éliminée en quantité suffisante, et cela alors que cet organisme travaille pour deux.
De sorte qu'on a, finalement, cet enchaînement morbide," à début mécanique et physiologique à la fois :
1° Tension vasculaire du rein par trop-plein ; décharge du tropplein : sérumurie;
2° Persistance de ce trop-plein par absence de secours médical, persistance à la fois de V hypérémié rénale et de la sérumurie ;
3° Persistance de l'hypérémie rénale, méfaits habituels de toute congestion persistante ; altération progressive du rein ; phlegmasie; dégénérescence graisseuse; — c'est-à-dire tous les degrés successifs de la maladie de Bright, depuis la congestion jusqu'à l'infiltration granuleuse des tubuli et leur desquamation;
4° Persistance de la sérumurie, adultération 'du sang par défaut d'élimination des matériaux de l'urine ; accumulation de