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CONGESTION RÉNALE GRAVIDIQUE ET MALADIE DE BR1GHT

points jaunâtres, à limites mal définies, lesquelles tranchaient par leur coloration pâle sur le fond injecté et rouge brunâtre du reste du parenchyme; deux des pyramides étaient complètement décolorées à leur sommet, qui avait l'aspect de la chair d'anguille. »

Ainsi la lésion brightique était arrivée en ces points à son maximum, la dégénérescence granuleuse.

Quelle peut donc être la pathogénie de la maladie de Bright, en ces cas? Et pourquoi procède-t-elle ainsi par îlots?

Toute générale qu'est la congestion gravidique des reins, son intensité n'est pas la même en tous les points; excessive en quelques-uns, elle y achève plus ou moins rapidement la série de ses désordres, depuis l'inflammation jusqu'à l'infiltration granulo-graisseuse, c'est-à-dire l'invalidation définitive des éléments sécréteurs de l'urine.

En ces points mis ainsi hors de service pour la fonction, le sang n'afflue plus comme autrefois : ils sont anémiés, comme on dit. Mais l'artère rénale reste la môme, bien que sa surface de distribution diminue; elle doit donc débiter en plus aux points restés valides ce qu'elle distribue en moins à ceux qui sont invalidés; par conséquent, à mesure qu'un îlot rénal est atrophié, les îlots restants doivent s'hypérémier d'autant; en d'autres termes, l'hypérémie rénale gravidique aboutit à l'anémie brightique partielle, par désorganisation du parenchyme; et cette anémie brightique partielle engendre l'hypérémie successive des points voisins par afflux dérivé, laquelle hypérémie successive aboutit à la désorganisation et à l'anémie générales du rein.

C'est ainsi que mourut une pauvre femme que j'observai aux premiers temps de mes études médicales, dans le service de Chomel, dirigé pendant les vacances par mon ami M. Empis, alors chef de clinique.

En vain, ce judicieux clinicien conjura-l-il par une très abondante saignée les accidents éclamptiques, à la suite desquels la femme accoucha. Elle n'était pas seulement infiltrée d'une façon >ssi?e; sou extrême pâleur non moins que ses mines, albumineuses au plus haut point, indiquaient assez le degré auquel

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était arrivée sa lésion rénale : ce n'était pas une éclamptique par urinémie aiguë, c'était une brightique atteinte d'urinémie. Elle succomba, quoi qu'on fît, au bout de six semaines, à la maladie de ses reins. A l'autopsie on les trouva, entièrement granuleux.

C'est donc bien à tort que les auteurs des Traités d'obstétrique décrivent dans des chapitres distincts ici Yécla?npsie, là la maladie de Bright, méconnaissant ainsi la relation qui unit l'une à l'autre, ne voyant pas que Tune et l'autre représentent des phases différentes d'une même maladie des reins comme d'un même trouble fonctionnel, le pissement du sérum, ou albuminurie des auteurs; l'éclampsie n'étant que l'expression symptomatique d'une congestion aiguë et intense, et la maladie de Bright étant la conséquence ultime et définitive de cette congestion devenue désorganisatrice par sa persistance indéfinie et non traitée. Les accoucheurs ont vu le premier tronçon du mal, qui est l'éclampsie; plus tard, les médecins voient le second tronçon, qui est la maladie de Bright; j'essaye ici d'en recoller les morceaux.

Ainsi plus nous étudions l'état puerpéral, plus nous voyons que sans cesse il confine à l'acte morbide — un peu plus ou un peu moins de sang, ici ou là, et voilà la maladie constituée. Ce passage fréquent, et si simple, de la santé à la maladie est même ce qui donne à l'étude de la femme grosse un attrait si puissant, et à cette étude des conséquences si fécondes ; j'ai pu, dans la leçon précédente, m'autorisant de la typhisation urinémique chez la femme grosse, esquisser à grands traits une doctrine générale de la pathogénie des typhus; aujourd'hui, à propos du mécanisme également si simple de la sérumurie chez la femme grosse, je ne peux m'empêcher de vous faire voir comment on doit comprendre désormais ce que l'on a décrit sous le nom à' albuminurie et de maladie de Bright.

1° L'albuminurie des auteurs est plus que du pissement d'albumine, c'est le pissement du sérum du sang.

Saisissant la présence de l'albumine de ce sérum dans l'urine pathologique, on a cru qu'il n'y avait que cela, — et l'on a pris la partie pour le tout.

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