‹ Leðcons de clinique mâedicaleChapitre 233 sur 282 · SOIXANTE-DIX-SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SOIXANTE-DIX-SEPTIÈME LEÇON

Fièvre puerpérale ou typhus puerpéral pyogénique. — Autotyphisation possible de la femme enceinte par ses reins ou son foie. — HétérotyphisaUon possible de la femme en couche par le voisinage d'autres femmes en couche. — Le typhus puerpéral essentiellement pyogénique. — La suppuration peut se faire partout, mais elle a lieu de préférence dans les organes intéressés par l'acte de la parturition, l'utérus et ses vaisseaux, les annexes de l'utérus et le péritoine.

Messieurs,

Nous allons étudier maintenant la fièvre puerpérale, essayer de voir comment elle se produit et nous efforcer d'en déterminer comme d'en comprendre les manifestations anatomiques.

Je dis bien la « fièvre puerpérale»; la fièvre puerpérale ou typhus propre aux femmes en couche, le typhus puerpéral PYOGÉNIQUE.

La femme gravide est ainsi sous le coup de deux sortes de ty" phisation de pathogénie bien différente ; enceinte, nous l'avons vue sujette à Y AUTotypkisation ; en couche, nous Talions voir exposée à VuÉTÉROtyphisation; enceinte, l'autotyphisation peut résulter des troubles fonctionnels des reins ou du foie, et il peut y avoir ainsi, nous l'avons vu, typhisation par l'urine (urinémie ou typhus urinémique), ou typhisation par la bile (cholémie, ictère grave ou typhus cholémique). Cette typhisation est intime ; elle vient du dedans et non du dehors ; née dans l'organisme, elle y reste confinée ; au moins ne cite-t-on pas de cas de contagion de cette forme de typhus — peut-être en observera-t-on plus tard, et la chose n'a rien d'invraisemblable. Eh bien! la typhisation des femmes en couche lui vient du dehors, et elle est une des plus contagieuses qui se puisse voir. L'encombrement des êtres humains crée le typhus ; l'encombrement des femmes en couche engendre le typhus puerpéral ; les miasmes animaux

LA FIEVRE PUERPERALE. 713

émanés d'autrui créent pour autrui une occasion d'infection, voilà pour le typhus en général; les miasmes émanés de la femme en couche, plus les liquides altérés qui s'échappent de ses organes génitaux (sang et lochies) sont, pour une autre femme en couche, une occasion d'infection, laquelle est essentiellement typhique par les miasmes, spécialement puerpérale par les liquides génitaux, et plus spécialement PYOGÉNIQUE pour cette double raison que les liquides ainsi infectieux sont purulents et que l'organisme qu'ils infectent est, de par la leucocyïose de la femme enceinte, prédisposé à faire du rus.

Maintenant, qu'il y ait de préférence lésion de l'utérus ou de ses dépendances vasculaires et péritonéales, et lésion purulente de par le typhus puerpéral pyogénique, qui ne voit là l'action de Yirritation intervenant pour faire se localiser le mal général? L'irritation faisant l'hypérémie, et l'hypérémie engendrant laphlegmasie (étant donné l'état de fièvre) ; absolument comme on voit dans la variole les pustules se grouper en plus grand nombre aux points de la peau préalablement irrités. Or, l'utérus a étéphysiologiquement irrité par le travail de contraction expultrice, traumatiquement déchiré par et pendant l'expulsion : il a été et il reste un certain temps hypérémié de par ces actes et ces faits. C'est donc dans cet état d'hypérémie physiologique nécessaire, — hypérémié que démontrent, s'il en était besoin, mes recherches thermométriques locales (1), c'est, dis-je, dans cet état d'hypérémie que s'offre aux déterminations morbides purulentes de la fièvre puerpérale, l'utérus irrité. 11 n'y a pas jusqu'au travail de réparation physiologique qui, dévié, ne fasse du pus; ainsi, la thrombose locale des sinus utérins, destinée à oblitérer ceux-ci, peut, troublée dans son évolution par le typhus puerpéral, devenir purulente au lieu d'être plastique ou adhésive. Ces choses étant préalablement dites, voyons les faits. La femme qui est actuellement couchée au n° 5 de la salle Sainte-Adélaïde est la seule survivante des cinq femmes que, il y a huit jours, vous avez pu voir atteintes, dans la salle voisine, d'affections puerpérales. En effet, le lendemain malin, le

Voir, plus loin, leçon LXXVII1, Rechercha sur la température inlra-uté-

rine avant, pendant et aprrs l'accouchement.

714 LES MALADIES PUERPÉRALES.

dimanche, on aurait cru entrer dans une salle de cholériques. Ces femmes étaient tellement malades, que deux moururent le môme jour, une autre le lendemain ; le mardi, la quatrième voulut s'en aller chez elle, mourante ; le mercredi elle était morte. Une autre survit et va probablement guérir. L'histoire de cette femme est intéressante, parce qu'elle a eu des accidents évidemment puerpéraux, des accidents accompagnés de symptômes d'aspect et de nature typhoïdes, et que néanmoins elle va guérir.

C'est une fille-mère de vingt ans, accouchée le 14 avril d'un premier enfant. Quarante-huit heures après son accouchement, elle fut prise de douleurs dans le ventre, puis, le soir, à minuit, d'un frisson qui dura jusqu'à six heures du matin : la douleur du ventre siégeait à droite, c'est-à-dire dans les annexes de l'utérus de ce côté. L'utérus était douloureux dans sa totalité, mais à droite surtout. Il n'était pas douteux qu'il n'y eût métrite parenehymateuse du corps. Dans les ligaments larges rampent les veines et les lymphatiques de l'utérus. Or, les autopsies nous ont appris trop souvent que les lymphatiques de l'utérus s'enflammaient d'une façon purulente; c'était donc probablement à une lymphangite purulente que nous avions affaire ici. Indépendamment de ces accidents, les lochies venaient moins que cela n'est habituel, le lait était aussi moins abondant : il y avait une dérivation par rapport aux phénomènes physiologiques. Le 15 avril, on constate un peu de ballonnement du ventre ; le pouls, qui s'était élevé à 140, n'était plus qu'à 128; la température, prise dans l'aisselle, était le matin de 39°,4. Le soir, le pouls était à 120 et la température à 40°, 6. L'utérus était un peu moins douloureux. La malade toussait un peu. Mais pendant ce temps nous ne restions pas inactifs, nous avions mis des ventouses scarifiées, sous l'influence desquelles la douleur s'est amoindrie. — Le 16 avril au matin, le pouls était à 120, la température à 39 degrés; le soir, pouls : 130; température : 38°, 4. — Le 17, le pouls était à 124, mais dicrote ; l'utérus était toujours douloureux à droite et remontait jusqu'à l'ombilic, c'est-à-dire que le retrait physiologique ne se faisait pas. La température axillaire était de 38°, 2 seulement. On avait donné du sulfate de quinine dès le

Page 1