TEMPÉRATURES AXILLAIRE ET UTÉRINE. Î
cembre, jour de l'entrée de la malade dans notre salle de maternité.
Il y aurait de nombreuses déductions à extraire de ces chiffres thermiques (et ce sera l'objet d'un travail spécial ultérieur) ; les seules conclusions que j'en veuille actuellement tirer au point de vue qui nous occupe, c'est qu'en général, au cas de fièvre puerpérale, la surélévation thermique relative est plus considérable dans l'aisselle que dans l'utérus au début des accidents ; ce qui démontre bien que l'état général précède et prime la lésion locale.
Ainsi, dans un cas, au début des accidents :
La surélévation axillaire = \o^
— utérine = 1°
Le lendemain, au contraire, quand la maladie s'est localisée, qu'il y a lymphangite utérine, la surélévation utérine dépasse la surélévation axillaire :
Surélévation axillaire = 0°,8
— utérine = 1°,8
Dans un autre cas, celui de E. (Alexandrine), au début des accidents :
Surélévation axillaire = 1°
— utérine = 0°,7
Le lendemain, la surélévation axillaire est encore relativement et absolument plus considérable que l'utérine :
Surélévation axillaire = 3°, 4
— utérine = 2°, 4
Ainsi encore, dans le cas deD. (Henriette), au début des accidents :
Surélévation axillaire = 1°,6
— utérine = 1°,1
Chez une autre femme, L. (Ernestine), la surélévation axillaire et l'utérine marchèrent parallèlement : Le 1er jour :
Surélévation axillaire s 1°
— utérine = 1°
Le 2e jour :
Surélévation axillaire — 2°,t
— utériae = » . » i",i
peter, — Clin, méd* 3<= édit. n. — '(7
738 LES MALADIES PUERPÉRALES.
Tandis qu'au contraire, quand le traumatisme utérin a été le point de départ des accidents, nous voyons la surélévation utérine dépasser, au début comme pendant la durée des accidents, la surélévation axillaire.
Ainsi chez la femme P. (Marie), qui fut, par son embryolomie et les suites formidables de celle-ci, l'occasion des accidents puerpéraux de mon service de la Pitié, dès après l'opération, la température intra-utérine s'éleva et la surélévation thermique intra-utérine fut, dès le début comme pendant la durée des accidents, plus grande que l'axillaire :
Ainsi, au début :
Surélévation axillaire = 0°,4
— utérine = 1°
Le lendemain :
Surélévation axillaire = 1°
— utérine = 4%8
Le soir de ce même jour :
Surélévation axillaire = 0°,7
— utérine = 1°,8
On voudra bien remarquer que ces recherches thermiques locales promettent d'être fécondes, l'utérus étant un des rares viscères où l'on peut pénétrer le thermomètre à la main.
Ces chiffres étant posés, et les éléments d'instruction qu'ils comportent étant admis, je répète que :
Toute femme en couche est à une autre femme en couche une occasion de maladie.
Une réunion de femmes en couche constitue une réunion idéale de causes de maladies.
Ces deux propositions dominent la pathogénie de la fièvre puerpérale.
Nous avons vu déjà surabondamment que l'état de grossesse ou graviditê crée la pléthore quantitative et qu'il en résulte, pour la femme grosse, d'une part, la tendance aux congestions, aux hémorrhagies, et même aux phlegmasies ; d'autre part, en raison de la leucocytose de cette forme de pléthore, la suppuration si facile de ces phlegmasies,
températures axillaire et utérine. 539
Nous avons déjà vu et nous allons voir plus évidemment encore que l'état puerpéral ou puerpérisme, qui commence avec l'accouchement et finit avec le sevrage, crée surtout la tendance pyogénique.
On a très judicieusement rapproché l'état d'une femme qui vient d'accoucher de celui d'un blessé : chez elle il y a une plaie physiologique, et chez elle, nous l'avons vu, une leucocytose également physiologique.
Cette leucocytose physiologique se produit et augmente pendant tout le cours de la grossesse ; plus le fœtus devient volumineux, plus il a besoin de leucocytes, lesquels jouent un rôle très important clans la nutrition, soit qu'ils se transforment en hématies, soit qu'ils deviennent du tissu conjonctif. Cette leucocytose offre son maximum au dernier terme de la grossesse. Ainsi, cette femme, débarrassée de son fœtus, a cependant une plus grande masse de leucocytes dans le sang; et elle est blessée.
Quant à la femme qui vient d'accoucher et qui allaite, il n'est pas douteux que ses leucocytes ne contribuent à cette nouvelle fonction, l'allaitement.
J'ai dit tout à l'heure que la pucrpéralité créait la pléthore quantitative : indépendamment de toutes les preuves que j'en ai données dans les leçons précédentes, il ne sera pas sans intérêt, ni sans utilité pour ce qui va suivre, de mentionner les faits suivants :
Au mois de janvier et le 10 février sont entrées dans le service deux femmes grosses qui toutes deux avaient des épistaxis et des phénomènes de congestion cérébrale ; elles étaient entrées parce qu'elles avaient un tel mal de tête, que le sommeil leur était absolument interdit. Mais, dira-t-on, on sait que l'anémie donne mal à la tôle, qu'elle engendre des vertiges, qu'elle provoque l'insomnie. Soit, mais comment comprenez-vous les épislaxis de ces femmes? Elles étaient pléthoriques dans le département de la carotide externe, qui fournit le sang à la muqueuse nasale; (•uniment auraient-elles pu cire anémiques dans le département de la carotide interne, dont dépend la circulation du cerveau? Et comment auraient-elles été soulagées par un écoulement de sang qui augmentait leur anémie? Or, après plusieurs jours, je
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saignai ces femmes ; le même jour les épistaxis et la céphalalgie disparurent et le sommeil revint. Si la saignée les soulageait, c'est donc que ces phénomènes étaient dus à une congestion cérébrale ; la proposition me semble démontrée.
Ainsi l'augmentation de la masse du sang contenue dans le système circulatoire de la femme enceinte ou de la femme en couche détermine une tendance à la congestion ; et, de plus, l'augmentation de la quantité des leucocytes entraîne la tendance à la suppuration.
Si une femme dans l'état puerpéral, môme dans les conditions hygiéniques les plus parfaites, a une métrite, c'est une métrite qui tend à suppurer; de plus, c'est une métrite du corps et non plus une métrite du col, comme dans l'état de vacuité ; c'est, en effet, le corps qui joue le rôle le plus actif pendant la grossesse et pendant les contractions de l'accouchement. Dans cette métrite, toute l'épaisseur du corps est envahie, il y a alors une métro-péritonite qui pourra déterminer la mort, parce qu'il y aura suppuration. Soit, au contraire, la métrite chez une femme en état de vacuité, métrite due par exemple à des excès de coït. Il pourra y avoir des frissons violents, une douleur intense, un sentiment de pesanteur dans l'organe, du gonflement du col et du corps, avec tous les symptômes réactionne] s d'une fièvre inflammatoire; mais dans la presque totalité des cas, cette femme guérit, parce que sa métrite ne suppure pas. Et si, de par sa métrite, cette femme a une métro-péritonite, elle guérira encore dans l'immense majorité des cas.
Dans les salles de nos hôpitaux, dans nos maternités, la femme en état puerpéral peut être exposée, en outre, à toutes les conséquences de l'encombrement, c'est-à-dire à l'infection putride et à l'infection purulente. En vertu de sa disposition pyogénique, en un espace de temps très court, la femme accouchée fera du pus, elle aura une métro-péritonite purulente à laquelle elle pourra succomber rapidement.
Nous Talions voir bientôt.