FAITS DE CONTAGION
grave de fièvre puerpérale, fut bientôt prise des symptômes d'une péritonite « qui se termina fatalement en quatre jours, avec tous les caractères d'une péritonite puerpérale infectieuse, c'est-à-dire, ajoute M. Bucquoy, d'une véritable fièvre puerpérale ». Que ce soit le milieu où se trouvait cette femme depuis quinze jours ou le toucher répété qui l'ait infectée et contagionnée, la chose est au fond de médiocre importance ; le fait n'en est pas moins un exemple d'infection et de contagion, en dehors de toute influence physiologique prédisposante.
Une chose plus lamentable encore, c'est l'infection par l'accoucheur. Le fait n'est pas douteux.
Dans la grande discussion académique de 1858, M. Depaul a cité les deux faits suivants qui montrent bien la contagion directe par l'accoucheur lui-même. En 1839, pendant son internat à la Maternité, un jour qu'il venait de faire plusieurs autopsies de femmes mortes de fièvre puerpérale, on vint le chercher pour donner des soins à une femme en travail dont l'habitation était assez éloignée de la Maternité. Il prit toutes les précautions recommandées en pareille circonstance, changea de vêtements et se lava les mains avec le plus grand soin; cependant les mains conservaient encore cette odeur si tenace dont les imprègnent, pour plus de vingt-quatre heures, les autopsies de ce genre. La dame accouchait pour la seconde fois ; sa délivrance fut naturelle et des plus faciles. Cependant le soir même, sans qu'il y ait eu la moindre imprudence, un frisson se déclara, et bientôt apparurent les phénomènes habituels de la fièvre puerpérale, qui se terminèrent par la mort.
Le second fait se passa en 1847, alors que M. Depaul était chef de clinique d'accouchement. Il était occupé à faire une autopsie de fièvre puerpérale lorsqu'on vint le prier de donner ses soins à une dame demeurant dans une rue voisine. Il prit les mêmes précautions que dans le cas précédent, mais les mains emportèrent la même odeur; et quoiqu'il s*agît d'une septième grossesse, terminée s;m> complication, la femme mourut encore d'accidents puerpéraux.
11 me reste à vous parler d'un l'ail toul personnel. Pendant le. Ire petite épidémie puerpérale, j 'assistais un dimanche à l'an-
768 LES MALADIES PUERPERALES.
topsie d'une femme qui avait succombé rapidement h des accidents puerpéraux. Je n'y mis pas les doigts. Je savais en effet que j'allais voir une jeune femme de vingt-quatre ans, grosse pour la première fois et qui était sur le point d'accoucher. Je la touchai ce jour-là. Le mardi, avec intention, je ne vins pas à l'hôpital. Le mercredi elle accoucha. Dix-huit heures après l'accouchement elle fut prise d'un violent frisson avec claquement de dents, douleur dans la corne utérine gauche, 120 pulsations, puis céphalalgie et altération des traits. Le lendemain, la diarrhée se montra. Il n'y avait plus de frissons, mais, un état fébrile continu, avec une température de 40 degrés dans l'aisselle. A deux jours de là l'état devint tellement grave, que je fis prier l'un de nos professeurs de clinique, qui s'est beaucoup occupé de maladies puerpérales, devenir m'aider de ses conseils.
Le professeur déclara que cette dame avait une «infection purulente » et qu'elle était perdue. Dès le premier jour et dès la première manifestation de la douleur, j'aurais voulu faire mettre des ventouses scarifiées, mais le milieu timoré dans lequel vivait la malade ne me l'avait pas permis. Je fis alors donner 1 gramme de sulfate de quinine, et la famille, vouée tout entière à l'homœopathie, s'empressa d'attribuer aux médicaments les accidents qu'elle observait. Mais le professeur insista pour que l'on fît une médication antiphlogistique; il prescrivit de plus des toniques, de l'alcool, du Champagne frappé ; on maintint sur le ventre de la malade une vessie remplie de glace, enfin nous combattîmes comme nous le pûmes les accidents puerpéraux. Je priai le consultant de venir tous les jours, et chaque jour son pronostic était de plus en plus funèbre. Le pouls restait à 140. Au bout de quatre jours il s'était fait une pleurésie diaphragmatique du côté gauche, correspondant à la corne utérine primitivement frappée. Je fis appliquer un vésicatoire pour combattre la pleurésie dans ce qu'elle avait de matériel et pour diminuer la dyspnée. Mais voici qu'au cinquième jour la malade se mit à cracher du sang pur ; il y avait une congestion pulmonaire avec hémoptysie (1) ; 72 respirations à la minute, pouls
(1) Voir plus haut, p. 680, la leçon sur l'Hémoptysie post-puerpérale, dont ce fait est encore un exemple.