QUATRE-VINGT-UNIÈME LEÇON
Clinique obstétricale de la ville et de l'hôpital : celle-ci bien autrement lugubre que celle-là. — Les maternités et leurs méfaits. — Si ne tuent pas toujours, estropient souvent. — Mal social nécessaire, qu'il importe d'amoindrir; ce qu'on peut.
Avant d'aborder le fond de la question des maternités, il n'est pas sans intérêt d'opposer l'innocuité relative des opérations sur l'utérus à la nocuité absolue, rapide, excessive de ces mêmes opérations sur l'utérus gravide et surtout sur l'utérus «à terme», alors que l'hypérémie locale est à son maximum par le fait plastique des échanges moléculaires avec le fœtus ou par le fait physique et dynamique à la fois du « travail» delà parturition.
Il serait plus intéressant encore d'opposer les opérations obstétricales de la ville à celles de l'hôpital.
Quoi qu'il en soit, sur un total de 317 accouchements depuis le 1er janvier 1875 jusqu'au 1er mai 1870, M. Charpentier, agrégé de notre Faculté, est intervenu 58 fois soit dans sa propre clientèle, soit dans celle d'autrui. Il pense donc que l'intervention doit être l'exception et non la règle. Aussi, sur les 274 accouchements qui lui sont tout à fait personnels, il n'a perdu que 3 malades: 1 d'éclampsie ; 4 de métrite gangreneuse, après un ;i< eouchement dans lequel on avait été forcé de l'aire dix débridements du col utérin avant de pouvoir appliquer le forceps ; la troisième d'infection purulent»1 après un accoucheineul simple, par manque de soins de propreté delà part de la sage-femme.
Sur 30 applications de forceps faites dans la clientèle d'autrui, M! Charpentier n'a eu aucun accident ; sur 3 délmnca-
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tions il a eu 2 guérisons, sur 5 céphalotripsies A guérisons ; c'està-dire que sur 8 embryotomies il y a eu 2 morts.
Ces résultats de la pratique civile de M. Charpentier sont des plus remarquables, en ce qu'ils prouvent que des opérations même les plus sérieuses ont pu être accomplies sans entraîner nécessairement d'accidents ultérieurs. Cependant il y a eu mort de femme une fois sur cinq pour la céphalotripsie et une fois sur trois pour ladétroncation. Mais la mortalité est bien autrement fréquente à la suite de semblables opérations pratiquées à l'hôpital; ce qui prouve, s'il en était besoin, contre le milieu nosocomial.
Quant à la prophylaxie de la fièvre puerpérale, elle semble bien simple ; c'est au fond le delenda Carthago, l'abolition des maternités. Puisque l'encombrement fait la gravité des maladies puerpérales, plus grand sera l'encombrement, plus grande sera l'infection. Voilà qui est vrai logiquement. Eh bien, même dans une petite salle de maternité une épidémie peut se produire et se produire redoutable. Ainsi dans ma petite salle Sainte-Marguerite, placée entre deux jardins, où il n'y a que dix-huit lits, et où douze seulement au maximum sont occupés, de telle sorte que nous n'avons parfois que cinq ou six femmes en couche ; en dépit de ces précautions, en dépit d'une ventilation qui se fait jour et nuit, malgré l'hiver et malgré les malades, nous avons eu, en 1875 et en 1876, l'épouvantable série d'accidents que vous savez (4). Notre salle d'accouchement a été fermée, mais le milieu de l'hôpital était resté infecté. Ce qui le démontre, le voici.
La nécessité force l'administration à recevoir d'urgence à l'hôpital quelques femmes en couche ; et on les met dans les salles ordinaires en les y disséminant. Eh bien, voici ce qui est arrivé : Le 1 5 avriH 875 notre salle est fermée; le 17, accouchement à la salle Sainte-Cécile, pas d'accident. Le 20, second accouchement dans la même salle. Le 22, accouchement à la salle Sainte-Jeanne, péritonite purulente et mort le 5 mai. Le 27, accouchement à la salle Sainte-Thérèse, accidents puerpéraux, pleurésie purulente, qui met en péril les jours de la malade. Le 29, dans cette même
(1) Voir plus haut, leçon LXXX, p. 755.