LA GLYCOHÉMIE ET L ANTHRAX
sous forme d'éruption survenant par intervalles, parfois même avec une sorte de périodicité. L'éruption furonculeuse peut môme être précédée de courbature et de malaise; c'est comme uue fièvre (jhjco- furonculeuse.
Suivant Marchai (de Calvi), Y anthrax diabétique siège habituellement à la nuque; on l'observe aussi à la partie postérieure du tronc, et exceptionnellement aux membres. Ces particularités rapprochent donc l'anthrax diabétique de l'anthrax en général. D'après M. Fonseca, un seul anthrax n'est pas grave; mais il n'en est pas ainsi lorsqu'il s'en produit plusieurs successivement ; je vous parlerai tout à l'heure d'un fait qui le prouve d'une façon lamentable.
Par tout ce que je vous ai dit, vous avez du comprendre que je fais dériver la gangrène diabétique de la présence du sucre dans les tissus : c'est là pour moi une action de contact, une action topique. Telle est aussi l'opinion de réminent médecin qui a découvert la gangrène diabétique, et auquel je dois de pouvoir vous faire cette leçon. Marchai (de Calvi) rattache, en effet, les dermatoses diabétiques à une diathèse phloguso-yangréneuse créée par la glycohémie. Seulement, entrant plus avant dans la pathogénie des phénomènes, il croit que les éruptions cutanées dans le diabète supposent généralement la diathèse herpétique, et que la glycohémie ne fait que naeftire celte diathèse en mouvement, comme la blennorrhagic fait l'arthrite blennorrhagique en mettant en mouvement la diathèse rhumatismale. Vous savez que c'est absolument ma manière de voir quant à l'arthrite dite blennorrltaijiqw: (I).
Pour en revenir à la gangrène de la peau et ainsi à notre malade du n° 21, quand existe, comme chez lui, une irrilalion de la peau par la présence du sucre dans ses mailles, il suffit d'une cause locale peu importante end'aulres temps et en toute autre oiroonslaï*ee pour prowxper L'Apparition d'une inilammalion ;réneuse. C'a été la Fatigue chez noire malade; la même, se a produit le même effet chez un malade obsené par
(I, Voir mon travail intitulé : De la il miorrliayic dans ses rwpQÇirll avec les d'.athèses rhumatismale, goutteuse, herpétique et tcrofultuse Parie, 1 SOT, chez lin,
M. Champouillon. Dans un autre cas, Marchai (de Calvi) accuse le froid aux pieds trop prolonge. Chez un malade de Demarquay, la gangrène a été provoquée par la pression d'un ongle sur un durillon; chez un autre, c'a été une petite coupure produite par l'extirpation d'un cor ; chez un troisième, la pression exercée par des sabots trop étroits ; ou enfin, une chute, une piqûre d'épine.
Il est encore un point que je veux ici vous faire remarquer, c'est que la grangrène de la peau chez les diabétiques se manifeste à peu près exclusivement aux membres inférieurs. Il y a là une raison toute physique qui s'ajoute à la cause générale ; cette raison physique est la déclivité du membre, qui fait circuler le sang veineux en sens inverse de l'action de la pesanteur, et qui ajoute ainsi une stase vasculaire toute mécanique à l'irritation glycohémique. C'est cette déclivité qui fait que les éruptions sont le plus fréquentes et le plus graves aux membres inférieurs, dans les affections cutanées de cause générale. Ainsi, pour bien préciser ma pensée, un syphilitique peut avoir une syphilide pustuleuse sur le tronc et les membres supérieurs, une syphilide pustulo-ulcéreuse sur les cuisses et une syphilide ulcéro-hémorrhagique sur les jambes. Et ce qui est vrai des éruptions de la syphilis l'est de toutes les éruptions d'origine diathésique ; elles ont toujours une forme plus grave aux membres inférieurs. Cependant, je fais ici cette restriction que les affections cutanées squameuses, par exemple, le psoriasis (c'est-à-dire les affections cutanées où Yépîthélium est à peu près seul atteint, où la vascularisation interstitielle du derme intervient peu, et où, par conséquent, la déclivité n'a rien à ajouter de mécanique au processus morbide), ne sont pas nécessairement plus graves ou plus intenses aux membres inférieurs, et vous en voyez d'ici les raisons que j'ai maintes fois signalées aux élèves de l'hôpital Saint- Louis, alors que je dirigeais un service dans cet hôpital.
Quant à la gangrène diabétique, je ne saurais mieux faire que de vous citer les propres paroles de Marchai (de Calvi) : « La gangrène dans le diabète, dit-il, n'exprime pas la violence extrême du phénomène inflammatoire ; elle exprime la mauvaise nature de l'inflammation, ou plutôt des tissus sur lesquels elle sévit, et que le sucre a profondément débilités. »