QUELLES PORTIONS D'ORGANES SE TUBERCUL1SENT
dilatation de celle-ci, l'utérus. Après quoi, vient en troisième lieu l'organe sécréteur, l'ovaire. De sorte que, dans les deux sexes, la tuberculisation obéit à la même loi et frappe les organes en raison inverse de leur importance physiologique, atteignant de préférence ici le spermiducte, ou épididyme ; là, l'oviducte, ou trompe et utérus. Et vous savez que les trompes sont éminemment vasculaires, que leur pavillon est érectile, et que la membrane muqueuse qui les tapisse est pourvue de houppes vasculaires, ainsi que l'a démontré Béraud.
Qu'il y ait réellement affinité élective de certains tissus pour le tubercule, nulle part la chose n'est aussi évidente que danslWm/s.
Par exemple, c'est un fait depuis longtemps connu que le cancer de l'utérus se localise au col de cet organe, et, dans l'immense majorité des cas, s'arrête court à la jonction du col avec le corps. Mais c'est un fait tout aussi curieux et beaucoup moins connu, qui ressort en toute évidence des belles recherches de M. Bernutz, confirmées par celles de M. Brouardel, que, réciproquement, le tubercule se localise exactement au corps de l'utérus et s'arrête court à la jonction du corps avec le col ; de sorte que l'utérus présente ainsi deux territoires pathologiques nettement déterminés, ayant pour frontières naturelles la jonction du corps et du col : tubercule en deçà, cancer au de/à.
Le tissu envahi, c'est la membrane muqueuse, ou plutôt certains éléments de cette membrane. Pourquoi cette spécialisation morbide dans un tissu en apparence semblable, et faisant partie d'une même cavité organique? N'y a-t-il point différence de texture dans cette membrane muqueuse utérine qui se continue du corps au col? Ne sont-ce point en réalité deux membranes distinctes réunies bout à bout, différentes par la texture, différentes par les fonctions, différentes par les maladies? Et ne trouvonsn nus pas encore ici l'application et la vérification de la formule dont je vous ai parlé au début de cette leçon : à la pauvreté histologique, associée à la pauvreté fonctionnelle et à la richesse vasculaire, correspond la prédisposition locale à la tuberculisation,
Voyons donc alors ce qu'est cette membrane muqueuse du
corps de l'utérUS.
Elle est la seule membrane où du tissu flbro-plastique, c'est-
à-dire embryonnaire, reste chez l'adulte à l'état de permanence, au lieu de n'y être, comme partout ailleurs, qu'à l'état de transition; tissu embryonnaire, rudimentaire, destiné à former la caduque, par conséquent tissu à vie fugitive, précaire, tissu intermédiaire et comme de trait d'union entre la femme et un être à venir; ayant pour usage de recevoir l'ovule et de lui fournir temporairement des moyens d'exister. « Ce fait important, dit M. Gh. Robin, de l'existence d'un tissu embryonnaire en quelque sorte chez l'adulte à l'état normal, devient plus intéressant encore par sa coïncidence avec celui de la rénovation de la muqueuse utérine à chaque grossesse. 11 concourt avec les autres faits à démontrer la destination de cette muqueuse de n'avoir qu'une existence temporaire (1). » Or, ce tissu fibro-plastique est permanent dans le corps de l'utérus à l'état de vacuité comme à celui de grossesse, chez la femme jeune comme chez la femme vieille, chez la nullipare comme chez l'unipare, comme chez la multipare.
Ainsi la pauvreté histologique de la membrane muqueuse du corps utérin est démontrée. Quant à sa richesse vasculaire, vous la connaissez; elle est occasionnellement très riche pour fournir à chaque ovulation la congestion menstruelle destinée à contenir les matériaux de réserve et comme d'en-cas pour l'ovule fécondé. Enfin, quant à la pauvreté fonctionnelle, il n'est guère besoin d'y insister : organe passif, l'utérus ne produit rien, il reçoit, accepte et nourrit; ce n'est pas une fabrique, c'est une espèce d'auberge, où, neuf mois durant, l'ovule fécondé trouvera le vivre et le couvert.
Quelle différence avec l'activité fonctionnelle de l'ovaire qui, chaque mois, dans cette longue période qui s'étend de la puberté à la ménopause, produit un ovule et le pond !
Aussi n'est-il pas sans intérêt de rapprocher, comme l'a fait Henry Bennet, cette structure rudimentaire de la membrane muqueuse du corps de l'utérus, sa vitalité précaire, en vue d'une fonction éventuelle et transitoire, la grossesse, de rapprocher, dis-je, cette structure rudimentaire de la rareté de ses in-
(1) Ch. Robin, in Archives de médecine, 1848, p. 8ô,