QUELS ORGANES SE TUBERCULISENT
portion fondamentale ou sécrétante et d'une portion accessoire ou vectrice du produit sécrété. La portion fondamentale est le testicule, la portion accessoire est l'épididyme et le canal déférent, auquel sont adjointes la prostate et les vésicules séminales. Mais la partie sécrétante du testicule est le canalicule spermatique ; ce sont ces canalicules qui, groupés deux à deux ou trois à trois, forment les lobules de la glande ; de chacun de ces lobules part un canalicule séminifère droit qui, pénétrant dans l'épaisseur de la tunique albuginée, y forme, avec ses congénères, le rete vasculosum et détermine cette saillie qu'on appelle le corps d'Highmore ; du corps d'Highmore partent les conduits spermatiques efférents, émanation du rete vasculosum, conduits efférents qui, en se contournant sur eux-mêmes, forment les cônes vasculeux, qui débouchent enfin dans un conduit unique, le canal de l'épididyme. Or, c'est la réunion des cônes vasculeux qui constitue, avec le canal dans lequel ils débouchent, la tête de l'épididyme ; et c'est au niveau de cette tête que l'artère spermatique se divise en deux branches, dont un rameau seulement est destiné à l'épididyme, tandis que les autres longent les cônes vasculeux, pénètrent dans le corps d'Highmore et se ramifient à la surface des cloisons celluleuses, émanation du corps d'Highmore et soutiens des lobules testiculaires. Ainsi, la tête de l'épididyme est le confluent des vaisseaux du testicule, c'est-à-dire le point le plus vasculaire de la glande ; bien qu'il en soit non pas la partie sécrétante, mais la partie excrétante, ou accessoire et passive. Enfin, vous savez que les lobes de l'épididyme ne sont autre chose que les flexuosités de ce canal excréteur, et nous venons de voir qu'un seul des rameaux de l'artère spermatique est destiné à le nourrir.
Voyons maintenant quel est, de l'épididyme ou du testicule, celui que frappe le plus habituellement la tuberculisation, et quelle est, dans l'épididyme, la partie la plus fortement tuberculeuse.
A ce sujet, je laisserai parler Curling : « L'affection tuberculeuse du testicule, dit-il, (li-hiih- généralement par répidîdyme. Non seulement l'épididyme est plus fréquemment atteint que le testicule, mais encore, lorsque tous les deux s<»ni pris, V affection
est plus avancée dans l'épididyme que dans le testicule. Les tubercules peuvent se développer sur tous les points de l'épididyme, mais ils se montrent plus souvent sur la tête qu'ailleurs, et ils y sont généralement plus avancés, tandis que, dans Tépididymite, la queue en est la partie affectée la première et celle dont la lésion ne manque jamais (1). »
Cette citation, d'accord avec les résultats cliniques de chacun, ne montre pas seulement la marche suivie par la tuberculisation dans son envahissement progressif d'un organe : elle indique encore les affinités électives opposées des différentes portions d'un même organe pour la tuberculisation et pour l'inflammation, et, dans l'espèce, fait voir la tête de l'épididyme se tuberculisant de préférence, la queue sy enflammant plus volontiers. Or, ce n'est pas là un fait isolé, mais l'expression partielle d'une loi générale, prouvée par les faits les plus nombreux et avec une évidence aussi éclatante qu'indiscutable : l'inflammation et la tuberculisation sont des processus essentiellement différents, frappant les organes ou les parties d'organe en vertu de conditions histologiques différentes, de telle sorte que l'organe ou la partie d'organe qui SB tubekculïse le plus est aussi celui ou celle qui s'enflamme spontanément le i\:oins. Et cette loi, nous la verrons se vérifier encore dans l'inflammation et la tuberculisation de l'utérus, où le tubercule et l'inflammation se localisent dans des parties spéciales et très différentes de l'organe et, là aussi, ont une affinité réciproquement inverse. C'est exactement encore ce qu'on observe dans le poumon, où l'inflammation se localise habituellement dans des points autres que ceux qu'envahissent les tubercules : ainsi, dans les lobes moyen et inférieur ; la pneumonie du sommet ayant au contraire une cause, des allures, et une gravité spéciales; comme je vous l'ai indiqué dans mes leçons sur la Pneumonie du sommet (2). Ceci soit dit contre la doctrine de Broussais et des néo-broussaisiens des rapports de l'inflammation et de la tuberculisation.
Maintenant, dans le testicule même, il y a, nous l'avons vu
(1) Traité des maladies du testicule, de Curling, traduction de Gosselin, 1857, p. 3GG.
(2) Voir, t. I", leçon XXXI.
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tout à l'heure, la partie sécrétante proprement dite, les lobules, formés chacun d'un groupement de canalicules spermatiques, et la partie accessoire, les cloisons interlobulaires et intercanaliculaires, squelette de tissu conjonctif, destiné à soutenir et à relier les éléments sécréteurs. Quelles sont donc, quand le testicule lui-même est envahi consécutivement à l'épididyme, les parties de la glande qui se tuberculisent?
Ecoutons ce qu'en dit un homme bien autorisé, M. Villemin : « Le tubercule siège exclusivement dans le tissu conjonctif de la glande spermatique, soit entre les lobules, soit entre les canalicules, soit dans la tunique propre, soit dans la tunique vaginale. Mais l'épithélium des canalicules sécréteurs est susceptible de subir des altérations de nutrition, consistant dans l'hypertrophie et la multiplication de ses éléments ; c'est ce qui constitue son inflammation. Ces lésions peuvent être déterminées par le tubercule lui-même, développé dans le tissu interstitiel. Et alors le produit inflammatoire peut s'accumuler dans les canalicules et donner lieu à des masses isolées, tub erculif ormes ; puis, quand la métamorphose régressive s'en emparera, il sera pris pour du tubercule ; bien qu'il n'ait avec lui aucun rapport ni par le siège, ni par l'évolution, ni par les éléments (1). » — Il se passe alors dans le tissu propre de la glande ce qui s'effectue dans les alvéoles du poumon, et qui constitue ce qu'on a appelé \r pneumonie caséeuse, engendrée par les granulations tuberculeuses des cloisons. Mais l'observation de M. Villemin explique l'erreur d'interprétation de Clark, qui croyait que c'était par l'intérieur des canalicules spermatiques que débutait le tubercule quand le testicule était envahi.
Je n'insiste pas sur la fréquence de la tuberculisation de la prostate, et je passe à l'étude de la tuberculisation de l'appareil génital de la femme.
L'organe fondamental y esl l'ovaire, la partie sécrétante yétant la vésicule de de Graaf ; la partie accessoire, le stroma.
Eh bien, telle est la rareté relative de la tuberculisation de l'ovaire, que Elokitansky, si compétenteu anatomie pathologique,
(1) Du tubercule au point de vue de son siège, de son évolution el de s,t nature, parJ, Villemin, isoi, p. 26 et 27.
a pu dire que l'ovaire ne se tuberculisait jamais. Proposition inexacte en ce qu'elle a de trop absolu, ainsi que le démontre M. Brouardel, qui cite des cas de tuberculisation des ovaires. Ce qui peut se tuberculiser dans l'ovaire, c'est le stroma, très riche en vaisseaux.
Voici, d'après M. Brouardel, la fréquence de la tuberculisation des différentes parties de l'appareil génital de la femme.
Sur 45 cas, les trompes étaient tuberculeuses 30 fois, le corps de l'utérus 23 fois, les ovaires 20 fois, le vagin 3 fois et le col utérin 2 fois seulement.
Dans ces cas, les trompes seules étaient tuberculeuses 8 fois, le corps de l'utérus seul 4 fois, l'ovaire seul 4 fois.
Si, maintenant, vous voulez bien considérer qu'en anatomie philosophique le corps de l'utérus n'est rien autre que les trompes dilatées, et si, par suite, vous voulez bien ajouter les cas où les trompes seules étaient tuberculeuses à ceux où l'utérus l'était seul, — vous trouvez 12 cas à opposer aux 4 cas où l'organe sécréteur, l'ovaire, était isolément tuberculeux; — c'est, à-dire que les organes passifs étaient trois fois plus souvent tuberculeux que l'organe actif.
Enfin, je vous ferai remarquer que les trompes, simple canal de passage pour l'ovule, étaient seules tuberculeuses 8 fois, tandis que le corps de l'utérus, lieu de résidence et de nutrition possible pour l'ovule fécondé, ne l'était que 4 fois, — c'est-à-dire moitié moins souvent. Ce qui démontre que la fréquence de la tuberculisation, là encore, est en raison inverse de l'activité fonctionnelle.
Les chiffres de M. Brouardel sont d'accord avec les observations de M. Bernutz, qui, dans une note qu'il a bien voulu me remettre, indique la fréquence de la tuberculisation de l'appareil génital féminin dans l'ordre suivant : 1° les trompes seules; 2° les trompes et l'utérus ; 3° les trompes, l'utérus et les ovaires; 4° l'utérus ; 5° les ovaires ; 6° le vagin ; 7° le col de l'utérus ; 8° les glandes vulvo-vaginales.
C'est aussi ce qu'avait trouvé Geil.
Ainsi, ce qui se tuberculise le plus souvent dans l'appareil génital de la femme, c'est le conduit vecteur, la trompe, puis une