EXPERIENCES DE VILLEMIN
les deux poumons, des marbrures rouges, nettement délimitées du tissu sain, au milieu desquelles on constate de toutes petites granulations grises, naissantes, au nombre de deux ou trois dans chaque tache; elles siègent sous la plèvre.
« Le lapin frère est exempt de toute lésion pulmonaire et autres.
« Paire n° 4. Le gros lapin qui a été inoculé en même temps que les précédents et dont les conditions d'existence ont été les mêmes, donne, le 27 novembre, les résultats nécropsiques suivants : Toute la surface des deux poumons est criblée de granulations sous-pleurales; les plus petites sont entourées d'une auréole congestive, celles qui sont déjà d'une certaine dimension ne présentent pas cette particularité. On rencontre, en outre, faisant fortement saillie, deux ou trois tubercules de la grosseur d'un petit pois; le parenchyme pulmonaire est aussi parsemé de granulations. La surface de la rate est couverte de tubercules, on en remarque deux ou trois qui sont aplatis et comme étalés. »
Dans une quatrième série d'expériences, le \ 7 décembre, M. Villemin inocule cinq beaux lapins qui présentent, à des dates différentes, les particularités suivantes :
« N° 1 . Lapin mâle ayant constamment conservé les apparences d'une santé parfaite et qu'on avait toujours remarqué entre les autres pour la beauté de son pelage. Mis à mort le 23 juin. Pas de tubercule.
« N° 2. Femelle d'apparence vigoureuse, a mis bas deux fois dos petits qu'elle a laissés mourir; poil court, peu luisant; sacrifiée le 2G juin, elle offre les lésions suivantes : Masse tuberculeuse étendue dans un des poumons; elle est ramollie en partie et forme une caverne anfractueusc qui contient une substance jaune easéeusc, dans laquelle on sent des graine de matière calcaire. (,ià et là, dans les deux poumons, on remarque de petites granulations encore crises et de date évidemment postérieure à la ma— e principale.
«N«3. Vénielle ayani maigri quelque temps après l'inoculation, mais revenue « l'embonpoint vers le printemps. Poil court el terne. Une portée avant, (orme, deux autres portées qui n'ont
pas vécu. Mise à mort le 12 juillet. — Poumons contenant plusieurs nodules tuberculeux, jaunes, irréguliers et ramollis. Quelques tubercules miliaires, jaunâtres, mais de consistance assez ferme.
(( N° 4. Femelle vigoureuse, ayant conservé les allures d'une assez bonne santé. Mise à mort le 21 juillet. — Les deux poumons contiennent un certain nombre de tubercules, ramollis pour la plupart, tandis que d'autres, quoique jaunâtres, sont assez consistants.
« N° 5. Femelle très forte; elle avait maigri d'abord, puis elle avait recouvré l'embonpoint vers le printemps. De deux portées qu'elle avait mises bas, il n'avait survécu que deux petits qui sont toujours restés chétifs, quoique alertes. Mise à mort le 27 août. — Dans un poumon, une grande plaque de tubercules agglomérés, jaunes et en partie ramollis. Plusieurs granulations isolées, jaunes et assez consistantes, sont disséminées dans l'autre poumon. Quelques granulations grises existent sur le péritoine qui recouvre l'intestin. »
Vous remarquerez, entre autres particularités des expériences de cette série, 1° que six, sept et huit mois après les inoculations, aucun des animaux n'était mort, et qu'on fut obligé de les sacrifier; 2° que le premier jouissait de la meilleure santé et ne présenta pas de tubercules à l'autopsie; 3° que le second animal avait conservé sa vigueur et pu mettre bas des petits ; que d'ailleurs quelques-unes des lésions qu'on lui trouva , bien que graves , étaient en voie de guérison par la transformation calcaire; 4° que les trois autres animaux, après avoir maigri peu de temps après l'inoculation, étaient revenus à la santé, et que les lésions trouvées étaient peu considérables; 5° qu'ainsi ces lésions, à l'inverse de la tuberculose spontanée, sont d'autant moins graves et nombreuses que la maladie provoquée est plus ancienne,
Dans une cinquième série d'expériences, M. Villemin inocule, le 15 janvier, cinq beaux lapins; le 18, un de ces lapins meurt après avoir présenté une tuméfaction considérable des oreilles et de la tête avec empâtement. Cette altération avait toutes lés apparences d'un érysipèle. A l'ouverture, on trouve les deux poumons remplis de granulations parasitaires, dans chacune desquelles était un acarus.
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Le 23, deux autres lapins meurent de la même manière. 11 est possible que le scalpel, qui avait servi à l'inoculation, ait été souillé de quelques principes putrides ou que la matière inoculée se soit trouvée contaminée par le liquide septique d'une caverne. Les tissus qui avaient été le siège de la tuméfaction étaient épaissis et lardacés ; inoculés depuis huit jours seulement, ces animaux n'ont pas présenté de tubercules.
« N° 1. Des deux lapins de cette série, qui avaient survécu, l'un parvint assez rapidement à un état de maigreur très grande. Il était sur le point de succomber, lorsqu'on le sacrifie le 16 mars, deux mois après l'inoculation.
o Les deux poumons sont remplis de masses tuberculeuses formées de granulations agglomérées. La rate contient une grande quantité de tubercules blancs, jaunâtres, un peu mous. Un des reins renferme, dans sa substance corticale, un tubercule volumineux de la grosseur d'un haricot. On remarque plusieurs granulations dans la portion inférieure de l'intestin grêle et dans l'appendice caecal. Un ou deux ganglions parotidiens et cervicaux sont tuméfiés et contiennent des granulations jaunâtres et ramollies.
« N° 2. Devenu très maigre quelque temps après l'inoculation, il n'avait pas repris d'embonpoint, mis à mort le 12 juillet. — Poumons renfermant beaucoup de masses tuberculeuses souspleurales ramollies. On trouve, en outre, quelques tubercules jauet consistants, ainsi que des granulations grises. Des granulations transparentes en petit nombre se voient dans le mésentère. »
Dans les expériences de cette série les trois lapins qui meurent succombent prématurément à l'érysipèle traumatique; un quatrième, bien que fort malade par le fait de l'inoculation, n'en meurt pas; on est donc obligé de le tuer, et, deux mois après l'inoculation, on lui a trouvé plus de lésions que chez les animauxdo la quatrième série, qu'on avait sacrifiés, au boni do six, sepl et huit mois, et plus de lésions également que chez le cinquième animal de cette même cinquième série, mis à mort au boni de Bii mois. De sorte qu'ici encore les lésions sont par leur nombre el leur gravité en raison inverse du temps écoulé : ce qui est encore le contraire de la tuberculose spontanée.
Dans une sixième série d'expériences, M. Yillemin inocule, au
Jardin d'acclimatation, deux lapins le 16 mars; le 7 juillet (près de quatre mois plus tard), il les sacrifie et constate les lésions suivantes :
« N° l . Lapin argenté : un des poumons contient cinq ou six tubercules assez volumineux, et un certain nombre de granulations transparentes. — N° 2. Lapin angora très gros : plusieurs tubercules jaunâtres situés dans l'intérieur du parenchyme pulmonaire ; un tubercule transparent faisant saillie à la surface de la plèvre costale. Des granulations transparentes en assez grand nombre sont semées sur la direction des vaisseaux chylifères dont le trajet se dessine par des traînées lactescentes. »
Ici, mêmes lésions, mais très disséminées, chez des animaux robustes et bien portants, et traces matérielles du chemin suivi par la matière tuberculeuse dans sa migration à travers l'organisme, c'est-à-dire acheminement par les vaisseaux lymphatiques.
Jusque-là, M. Villemin n'avait inoculé à des lapins que de la matière tuberculeuse prise chez l'homme ; il voulut voir ce que produirait chez les animaux l'inoculation de matière tuberculeuse empruntée à des animaux.
Le 14 février, il inocule deux lapins avec de la matière tuberculeuse, provenant d'une vache. Trois jours après, l'un de ces animaux est étranglé par un chien. Celui qui reste est d'une beauté et d'une vigueur remarquables. Il maigrit rapidement, pris de diarrhée vers la fin d'avril, il tombe dans le marasme le plus prononcé, il était sur le point de succomber quand M. Villemin le tue le 30 avril (deux mois et demi après l'inoculation). « Le sommet d'un des poumons adhère aux parois thoraciqucs. Ces organes sont remplis de tubercules d'une abondance extraordinaire. Des masses tuberculeuses commencent à devenir caséeuses à leur centre. Dans les rares parties, en apparence saines, se remarquent de toutes petites granulations transparentes. De nombreuses granulations existent sur la plèvre, surtout dans la portion diaphragmatiquo. Sur la plèvre costale, on constate un certain nombre de tubercules aplatis, lenticulaires, parmi lesquels il s'en trouve d'assez volumineux ; la séreuse n'est pas enflammée.