EXPÉRIENCES DE VILLEMIN
« A travers la transparence de la plèvre, on voit se dessiner des tubercules développés dans le tissu spongieux des côtes.
« La rate est remplie de tubercules jaunes, caséeux, de la grosseur d'un pois en moyenne. Le foie hypertrophié semble un peu graisseux, il contient un certain nombre de tubercules de toutes dimensions, jusqu'à la grosseur d'une noisette. Les nodules un peu volumineux sont généralement jaunes, opaques et en voie de dégénérescence caséeuse. Le péritoine pariétal renferme deux ou trois tubercules, mais les toiles épiploïque et mésentérique en sont semées. Deux ou trois granulations assez volumineuses siègent dans la séreuse stomacale, le long de la grande courbure. La plaque de Peyer qui termine l'intestin grêle laisse voir deux follicules engorgés caséeux, et une ulcération assez étendue, profondément creusée, à bords durs. Dans l'appendice caecal, on remarque aussi une masse tuberculeuse, ulcérée en partie.
(( Les ganglions mésentériques, ainsi que les parotidiens, présentent des noyaux jaunes caséeux.
« Au siège des inoculations se sont développés des tubercules de grandes dimensions qui se sont ulcérés. »
A ce propos, M. Villemin fait remarquer qu'aucun des lapins inoculés avec du tubercule humain ne lui a présenté une tuberculisation aussi rapidement ni aussi complètement généralisée que celle-ci, obtenue par l'inoculation du tubercule de vache. Or, ce fait semble n'être nullement fortuit, car « des observations ultérieures, faites par d'autres expérimentateurs, ont offert les mômes caractères de généralisation intense et rapide tendant a faire supposer que le tubercule de l'espèce bovine, inoculé aux lapins, jouit d'une activité plus grande que celui de l'homme, inoculé aux animaux, et qu'ainsi la matière tuberculeuse sérail susceptible d'agir avec une intensité d'autant plus grande qu'il y aurait plus d'affinité physiologique entre l'organisme qui fournil le viru. ei celui qui le reçoit. Lea observations de ai. <;. Colin et de M. Roustan viendraient à l'appui de cette manière de voir, corroborée par les résultats obtenus au moyen de l'inoculation pratiquée rude les individus de la môme espèce animale (I). » (l) Villemin, op. cit., \>.
Si l'on entre maintenant dans quelques détails, on voit que M. Villemin semble s'être chargé lui-même et avec la plus grande sincérité de montrer les différences d'évolution et de siège entre les tubercules spontanés et les tubercules inoculés.
« Les parties qui deviennent le siège du travail morbide (de tuberculisation spontanée), dit M. Villemin, palissent dès le début, il y a stase sanguine à la périphérie des tubercules en formation (1). » Voilà pour la tuberculisation spontanée. Or, à propos des tubercules par inoculation, le même auteur nous apprend qu' « on peut assister, dans beaucoup de cas, à la formation des tubercules et constater que le phénomène initial est un point de congestion vive, là où apparaissent les granulations, dont quelques-unes conservent une auréole rouge, vasculaire, qui leur forme une sorte de halo (-2). »
Ainsi, pour le tubercule spontané, le phénomène initial est Y anémie (le mot est de M. Villemin), l'anémie du point où il naît; pour le tubercule provoqué, le phénomène initial est la congestion vive du point où il apparaît, c'est-à-dire que le premier résulte d'une prolifération cellulaire, par déviation trophique, tandis que le second a pour origine une irritation vasculaire; le premier naît en dehors des vaisseaux, le second à l'intérieur même de ceux-ci ; le premier est un produit de genèse cellulaire autonome et générale, le second, un produit d'irritation artificielle et sur place; en d'autres termes, un état général engendre le premier, un état local, le second. Or, dans ce dernier ordre de phénomènes, toutes ces différences s'expliqueraient par un seul fait, la présence d'un corps étranger : c'est parce qu'il y a un corps étranger dans un vaisseau, un infarctus, qu'il y a irritation locale, et, parce qu'il y a irritation locale, qu'il y a rougeur.
Dans ses inoculations, M. Colin (d'Alfort) a également vu l'apparition de tubercules dans le poumon (après le cheminement à travers les voies lymphatiques de la matière tuberculeuse inoculée), a vu, dis-je, cette apparition, du tubercule, être précédée
(1) Villemin, op. cit., p. 104. — Voir plus haut, sur l'anémie des points qui se tuberculisent, leçon XLVI, p. 173 et 174, les détails d'anatomie et de physiologie pathologiques concordants avec les faits de M. Villemin.
(2) Villemin, op. cit., p. 590.