MORTALITÉ PAR LES BAINS FROIDS
Nuremberg, sur 41 cas, cul 2 morts, c'est-à-dire 4,87 p. 100. Schollz, (le Brème, sur 125 cas, eut 5 morts, c'est-à-ilire 4 p. 100; il eut cinq fois des hémorrliagiesinteslinnles dont une fut mortelle. Popper, ;i Prague, sur 20 cas soumis aux bains froids perdit un malade; par les méthodes anciennes, il en perdait 14 à 10 p. 100. Lissauer, pendant la campagne de France, soumit 40 malades à l'expectation, dont 10 morts, c'est-à-dire 23,9 p. 100; 97 furent traités par les bains, dont 6 morts, c'est-à-dire 0,18'p. 100. Steclier, dans l'armée allemande qui assiégeait Paris, traita 146 fièvres typhoïdes par l'hydrothérapie; il en perdit 12, c'est-à-dire 8,2 p. 100. En France, Liebermann, médecin de l'armée, sur 25 cas, eut 2 morts; M. Cayla, à Lyon, aux services de MM. Paul Meynet et Perroud, services d'enfants au-dessous de 15 ans , sur 59 malades traités par la méthode de Brand, compte 3 décès.
Voici des chiffres moins favorables à la méthode : Gœtz, à Vienne, sur 86 malades traités par les bains froids, eut 13 morts, c'est-àdire 15,4 p. 100; tandis que sur 101 malades traités par d'autres méthodes, il eut 28 morts, c'est-à-dire 28,72 p. 100.
Krûgkula annonce les résultats suivants de la clinique de Ducbeck, à Vienne : sur 60 cas traités par les bains, 17 morts, c'est-à-dire 28,3 p. 100; sur 26 cas trailés sans bains, 7 morts, c'est-à-dire 26,9 p. 100. Mais il faut ajouter que l'analyse de ces observations montre dans les cas trailés par les bains froids une série exceplionnellemciil grave et des complications mortelles, indépendantes du traitement.
Schullze, de Heidciberg, ayant essayé comparativement les méthodes anciennes et la méthode nouvelle, n'a obleim qu'une différence de 1 p. 100 dans la mortalité en faveur de la dernière. Mayel, de Lyon, sur 52 malades eut 9 morts, c'esl-à-dire 18 p. 100. « Ce chiffre énorme, dit M. IIiimbcrl-Mollière dans un rapport ;i la Société (les sciences médicales de Lyon, ne doit [)as être pris à la lettre, car M. Mayet ne recevait dans son service que les cas les plus graves ou du moins jugés tels. » D'ailleurs MM. Mayel et Weil, relranchanl de leur stalit,li([iie trois observations dans lesquelles le liMitemenl eu! il peine le temps d'être appliqué et y joignant 3 malades encore en traitement et en bonne voie au moment où ils publièrent leur travail, établissent le cîiiffre de la mortalité à 0 sur 55, proporlion faible, disent-ils, si nous envisageons la gravité des cas auxquels nous avons en alfaire.
Enfin Bonlior, dnns le service de M. Gubler, a ol)tenu une mort,i!ité de 8,7 p. 100.
J'ai relaté ces chlITrcs, sans y attacher une importance absolue, car il famlrait tenir compte de l'âge, de la gravité des épidémies, du jour où l'on commençait le traitement, etc. Rien n'est plus variable d'ailleurs que la mortalité envisagée dans les diverses épidémies de fièvre typhoïde ; elle diffère de 7 à 3^ p. 100. En Angleterre elle varie, suivant Murcliison, d'après les années, de 12,8 à 28,7 p. 100; elle est en moyenne de 18,4- p. 100. « A l'hôpital de Zurich, Griesinger constate une mortalité moyenne de 18,8 p. 100; à l'Iiùpilal de Leipzig, la proportion est à peu près la même (de 18,4 p. 100); à riiôpilal générai de Vienne, dans les années 1840-1858, elle fut de 22,5 p. 100; dans les années 1859-1861, elle fui de 23,6 p. 100. Dans les épidémies de fièvre typhoïde qui régnèrent en France de 1811-1852, la mortalité ne fut que de lia 16 p. 100, sur 14 ou 15,000 cas que comprennent les rapports de l'Académie de médecine. A Paris, en 1854, sur 4,611 cas, la mortalité s'éleva à 1,002 ou 21,73 p. lOO('). »
Les chiffi'es que nous avons rapportés suivant les auteurs, destinés à juger refficacité des bains froids, sont sujets à la discussion. Dans notre service d'hôpital, nous li^aitons quelquefois par Texpectation -15 ou 20 fièvres typhoïdes bénignes, qui guérissent spontanément; puis viennent coup sur coup des cas graves et mortels. En appliquant une seule et unique métliode de traitement, rhydrothérapie par exemple, indistinctement à tous les cas, légers, moyens ou graves, et additionnant tous les cas de guérison obtenus pour en déduire refficacité de la méthode, on fait une mauvaise statistique; on additionne des unités de nature différente. Rien n'est donc plus compréhensible que les différences obtenues par les observateurs, dans cette statistique de mortalité. Un fait cepen-
(*) Citation empruntée à Griesinger.
MORTALITÉ V\n LIiS HAI.NS FROIDS. 461
(lant ressort de ces cliitîrcs, c'est que dans l'immense majorité de ces statistiques le chilTre de la mortalité après les bains froids n'est pas égal à celui de la mortalité par d'autres traitements; il est moindre. De plus, tout en n'accordant pas à la statistique une valeur absolue trèsgrande, il ne faut pas cependant la rejeter complètement, et lorsqu'elle porte sur un très-grand nombre de cas observés pendant des séries d'années dans les mêmes conditions, et que les résultats comparatifs fournis par l'une ou l'autre métbode sont concordants pendant les diverses années, alors ces données de la statistique acquièrent une valeur très - grande. Ainsi Liebermeister nous dit que de 1843 à 1865 il a traité 1,718 malades par la méthode expectante et symptomatique habituellement usitée et obtenu une mortalité de 27,3 p. 100; que de 1865 à septembre 1866 il a traité 982 malades par un traitement antipyrétique incomplet (l,raremcnt2 bains par jour, quinine et digitale données parfois, mais pas méthodiquement) et obtenu une mortalité de 16,2 p. 100; oiifin, que de septembre 1867 à fin 1872 il a traité 1,121 malades par le traitement antipyrétique appliqué dans toute sa ligueur et obtenu une mortalité de 8,2 p. 100; il ajoute que dans la 1''" série (traitement inditlérent) et la 3" (traitement antipyrétique), la même dilïérence de mortalité à peu près se retrouve non-seulement dans le chillre total, mais encore dans celui de chaque année. Ces données, émanant d'un observateur aussi autorisé que Liebermeister, fondées sur un nombre de faits aussi considérable et observés pendant de longues années, ne laissent pas que de produire une impression profonde. 11 est impossible de ne pas conclure que le traitement
hydrothérapique bien appliqué diminue considérablement la morlalité de la fièvre typhoïde. C'est là un fait acquis contre lequel, d'ailleurs, l'observation des autres médecins, en général, n'a pas protesté.
Depuis 18 mois que j'ai commencé à expérimenter la méthode par les bains froids, j'ai eu l'occasion de l'appliquer dans vingt cas. Sur 75 malades environ que j'ai traités à l'hôpital Saint-Charles, je n'ai rencontré que quinze fois les indications qui me semblent commander impérieusement ce mode de traitement. Parmi ces quinze malades, deux sont morts. L'un était un garçon brasseur qui n'entra à notre service que le 16" jour de son affection, avec une température de 40 à 41 degrés, un pouls de 100 à 140, un cœur déjà entamé par l'abus de la bière, du délire agité et des hallucinations ; il prit 20 bains et succomba à l'asystolie avec hypostase pulmonaire le 55*^ jour ; l'autre était une servante qui avait continué à travailler jusqu'au 1 '2" jour de sa maladie; à son entrée à l'htjpital, elle avait 41 degrés de température, 128 pulsations, un engouement pulmonaire déjà considérable, du météorisme, des selles involontaires, du délire, des hallucinations, de l'adynamie; elle prit 13 bains en 3 jours; il fallut les suspendre, car elle eut des hémorrhagies intestinales le 14' jour de sa maladie, le pouls et la respiration allèrent s'accélérant ; le 21'' jour, une perforation inte^inale acheva la malade.
Ces deux cas de mort survenue chez des sujets déjà affectés de désordres nerveux et cardiaques graves, au début du traitement, ne peuvent donc peser dans la balance.
Les treize autres malades guérirent après un nombre de bains variable. Nous avons relaté trois de ces cas ;