TRAITEMENT DES CONGESTIONS VISCÉRALES
Quand la maladie cardiaque est devenue une affection gênépaie, c'est-à-dire que la maladie est entrée clans sa troisième période, qu'il y a des congestions viscérales multiples, la thérapeutique est aussi variée que le sont les lésions et les troubles fonctionnels. Vous avez pu voir qu'il faut s'inspirer alors de l'état des choses, qu'on ne saurait formuler de précepte positif ni précis, rien n'étant plus divers dans son aspect que la maladie cardiaque à celle période.
Cependant ce qui domine dans cet ensemble périlleux, ce sont les troubles de la circulation pulmonaire et hépatique; ce qu'il faut, c'est décongestionner les poumons et le foie ; c'est ce que j'ai fait chez notre malade du n° 20 de la salle Saint Paul, qui était entré avec de l'ictère et de la dyspnée, et pour lequel j'ai employé une médication très simple, qui s'adressait à tous les éléments en jeu. Je lui ai fait donner, dans les vingt-quatre heures, un mélange de poudre de scille, de digitale et de calomel, de chaque substance 5 centigrammes, en trois doses dans du miel ; et cela tous les trois ou quatre jours. Qu'ai-je fait ainsi? Pour répondre à la question, il suffit de se rappeler ce que sont la scille, le calomel et la digitale. Celle-ci, nous l'avons vu tout à l'heure, agit sur la circulation en la ralentissant ; mais c'est de plus un diurétique, et elle fait ainsi coup double en spoliant le sang d'une portion de sa sérosité par la diurèse. La scille, elle aussi, est un diurétique, et c'est un fait d'observation qu'avait signalé Trousseau, que tous les diurétiques sont des sédatifs de la circulation ; mais jusqu'ici nous n'avons agi que très indirectement pour décongestionner le foie ; or le calomel est un cholagogue; il provoque des selles vertes, bilieuses, et, parle flux spécial qu'il occasionne, il tend à dégorger le foie. Ce qu'il y a de positif, c'est qu'après avoir pris trois fois la dose en question, notre malade du n° 20 avait un foie revenu à son volume normal et redevenu indolent ; qu'il n'avait plus d'ictère, et, se croyant guéri, qu'il demandait à sortir.
D'ailleurs, comme les voies pulmonaires étaient engorgées à un très haut degré, je lui avais fait prendre 3 grammes de térébenthine sous forme de perles, afin de provoquer une hypercrinie bronchique bienfaisante. A la suite de cette médication, vous
a4li LES MALADIES DU COEUH.
l'ave/, vu devenir frais, presque rosé, ot c'est dans cet état qu'il est sorti. Malheureusement, c'est un ouvrier, et la rude hygiène ' que lui fait sa misère sociale le fera bientôt retomber dans l'état d'où nous l'avons momentanément tiré.
Quand, plus lard, les hypérémies sont plus intenses encore et plus généralisées, il importe d'agir avec une plus grande énergie, par les drastiques et les diurétiques. Ces derniers, toutefois, devront être donnés avec prudence, afin de ne pas s'exposer à irriter le rein, déjà peut-être morbidement excité jusqu'à l'albuminurie. Un drastique très bien supporté est l'eau-dc-vie allemande, ou teinture alcoolique dejalap composée. Vous verrez dans les formulaires qu'elle peut se donner à la dose de 30 ou 40 grammes, gardez-vous bien d'en administrer de pareilles doses: vous pourriez déterminer alors des superpurgations cholériformes, qui jetteraient dans une asthénie redoutable votre malade, épuise déjà. Vous m'avez vu donner souvent cette eau-de-vie allemande à la dose de S grammes seulement et obtenir ainsi quatre à cinq selles bilieuses remarquablement bienfaisantes ; que si la dose était trop faible, je l'ai quelquefois doublée, toujours avec avan-
tage et sans danger.
Je vous rappellerai, entre autres, le malade qui était couche, il y a un mois environ, au n° 24 de la salle Saint-Paul. Ce qm dominait chez lui, c'était l'œdème pulmonaire, associé à l'emphysème ; son cœur, d'ailleurs, et ses vaisseaux avaient été fort malmenés par l'alcoolisme. Le 10 mai, je lui prescrivais 5 grammes d'eau-de-vie allemande; il alla abondamment à la selle, une dizaine de fois, dit-il, et fut si bien soulagé, que, le U mai, il quittait l'hôpital sur sa demande.
Je donne souvent, et avec grand avantage, un électuaire drastique dont je dois la formule à l'un de mes meilleurs maîtres, le professeur Cruveilhier. Cet électuaire est ainsi compose :
i i „a„a . k grammes.
y. Poudre de sene
de seammonéc 1 — '
de gomme gulte 30 centigrammes.
dejalap * grammes.
Sirop de nerprun 30
(toi m -