‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 117 sur 287 · TRAITEMENT DES HYDROPISIES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES HYDROPISIES

neinentplus d'une centaine sur les membres inférieurs, et cela avec la lancette. Une pluie immédiate de sérosité suivit cet excès de zèle; le soir, il y avait des ruisseaux de liquide sous le lit de la malade, et le lendemain nous retrouvâmes presque sèche l'hydropique de la veille ; mais, hélas! clans quel état! Elle avait l'aspect d'une cholérique et ne tarda pas à succomber. C'est que la peau, bandée par l'œdème, renforce concentriquement les vaisseaux superficiels et supplée de la sorte à leur tonicité défaillante. Or, le liquide infiltré étant brusquement soustrait, les vaisseaux se trouvent tout à coup privés de ce ressort adventice et ils laissent pleuvoir à nouveau et rapidement la sérosité du sang, laquelle, à peine épanchée, s'échappe au dehors par les voies qui lui sont ouvertes, et ainsi de suite; d'où une spoliation subite et considérable, dont je viens de vous dire les tristes conséquences. Rappelez-vous donc, messieurs, ces mésaventures chirurgicales, que je vous raconte sincèrement pour vous les faire éviter. Cinq à six mouchetures à chaque pied, tous les deux jours environ, sont bien suffisantes pour soulager le malade et ne pas le compromettre, ni vous non plus.

Je ne vous parle pas du traitement de Y hypertrophie du cœur, attendu qu'il n'y a pas de traitement qui lui soit directement applicable. En effet, cette hypertrophie étant un résultat nécessaire de l'excès du fonctionnement par palpitations ou lutte ' contre un obstacle à la libre circulation, il s'ensuit qu'on ne peut traiter l'hypertrophie actuelle et celle à venir qu'en calmant ces palpitations, en diminuant le travail du cœur par une action exercée sur les vaisseaux, ou encore en dirigeant l'hygiène morale ou passionnelle du malade; c'est-à-dire qu'on n'a sur l'hypertrophie qu'une action très indirecte. 11 serait même mauvais qu'on réussît à affaiblir le cœur, qui ne s'hypertrophie que parce qu'il lutte, et qui ne lutte que pour le plus grand bien du malade. ^ Stokes a rapporté un cas où le péril devint grand par suite d'une médication énergique dirigée contre une hypertrophie cardiaque, et qui avait trop bien réussi : chez un malade atteint depuis longtemps d'hypertrophie du cœur qui ne donnait lieu à aucun accident sérieux, un médecin fit appliquer immédiatement un grand nombre de sangsues à la région précordiale ; les effets

ne se firent pas attendre : des accès effrayants d'asthme cardiaque se montrèrent pour la première fois à des intervalles , très rapprochés (vraisemblablement, suivant moi, par épuisement de l'innervation du plexus cardiaque). Du fer, une alimentation substantielle et du vin en petite quantité rétablirent à ce point la santé, que le malade put reprendre ses occupations, fort actives (1).

Il ne faut donc pas songer à affaiblir ce cœur qui n'a d'autre besoin que d'être soutenu : ainsi pas de cautère, pas de séton surtout contre cette hypertrophie ; mais plutôt des stimulations par des frictions aromatiques éthérées ou alcooliques au cas de défaillance cardiaque. Les révulsifs ne sont indiqués que s'il y à douleur, et je vous en ai parlé ; mais ce n'est pas contre l'hypertrophie qu'ils sont dirigés.

J'arrive maintenant à un mode de traitement passablement audacieux et cependant des plus salutaires, je ne dis pas des maladies du cœur, mais des accidents de la troisième période de ces maladies, à leur phase de congestions viscérales, voire môme d'hydropisies : ce traitement, c'est l'hydrothérapie.

Dans cette période où l'asthénie des vaisseaux précède et provoque celle du cœur, on comprend ce que peut valoir toute médication qui stimule et tonifie les vaisseaux de la périphérie, ce que vaut par conséquent l'hydrothérapie. Son action n'est pas seulement circulatoire, elle est générale : elle réveille l'appétit, active les combustions et relève les forces. Mais, par cela même qu'elle est puissante, cette médication n'est pas sans dangers; et je vous les signalerai tout à l'heure.

Priessnitz, ce paysan de génie, qui a sinon inventé, au moins retrouvé l'hydrothérapie, l'appliquait aveuglément, aussi bien dans les maladies du cœur qu'en toute autre condition morbide; cependant Schedel, qu'on ne saurait accuser d'un enthousiasme immodéré pour cette médication, dit avoir vu, à l'établissement hydrothérapique de Priessnitz, un homme atteint « d'une lésioâ organique grave du cœur, accompagnée de catarrhe pulmonaire

(I) Slokc*, Traité des maladies du cœur et de l'aorte, trad. de Sénac, p. 354.

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