‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 126 sur 287 · TOUT RÉTRÉCISSEMENT S'ACCOMPAGNE DE SPASME · texte numérisé non relu

TOUT RÉTRÉCISSEMENT S'ACCOMPAGNE DE SPASME

ment eut des vomissements stercoriformes, la môme explication est seule admissible, à savoir : la production d'un spasme du plan musculaire de l'intestin, consécutif à l'irritation déterminée par le rétrécissement partiel du canal digestif.

Voulez-vous un autre exemple ? Qu'est-ce que le croup? C'est une affection caractérisée par la présence d'une exsudation pseudo-membraneuse qui se dépose sur la membrane muqueuse lu larynx et rétrécit la glotte. Si l'épaisseur des fausses membranes augmente, la glotte se rétrécira proportionnellement, mais sans jamais être oblitérée. Et lorsqu'on fait l'autopsie des petits malades morts du croup, on trouve en général au niveau du rétrécissement glottique une aire parfaitement libre, parfois égale à celle de la canule qui a été placée dans l'ouverture de la trachée. Pourquoi donc l'enfant trachéotomisé, qui respirait bien à travers sa canule, ne pouvait-il pas respirer à travers sa glotte, rétrécie sans doute par la fausse membrane, mais ayant à peu près les mêmes dimensions que cette canule ? C'est que, dans le croup, au rétrécissement glottique s'ajoute un spasme tonique des muscles constricteurs du larynx, qui produit une oblitération temporaire des voies aériennes supérieures.

Mais, direz-vous, pourquoi cette contraction, ce spasme tonique ? Par ce fait très simple qu'il y a irritation. Mon ami M. Krishaber a démontré que, si l'on projette une goutte d'eau sur les cordes vocales, il se produit brusquement une convulsion des muscles constricteurs du larynx, qui, par l'effort de la toux, chassent cette goutte de liquide comme la raquette fait du volant. Dans ce cas, l'irritation causée par la présence du liquide a déterminé une expiration rapide, une toux convulsive d'origine réflexe. Que si, au lieu d'un simple contact, il y a irritation violenle, une douleur intense, telle que celle de la cautérisation, alors il se produit non pas une expiration brusque comme celle de la toux, mais une véritable contracture.

Je dois maintenant vous dire quel est le mode d'action de cette irritation des voies aériennes. Dans le croup, le malade respire, mal, il est vrai, mais enfin il respire ; la voie laryngée n'est donc pas imperméable ; puis tout à coup a lieu un accès de suffocation. Qu'est-ce donc que la suffocation ? C'est le spasme tonique des

muscles constricteurs du larynx. Au moment de la suffocation, la lésion matérielle siégeant sur la muqueuse réagitsur la moelle allongée, laquelle, paraction réflexe, détermine une contracture du plan musculaire situé au-clessous de la muqueuse. J'insiste sur ce fait que l'irritation de cette muqueuse n'agit pas directement sur les muscles du larynx ; il y a une véritable action réflexe sur place.

A propos de la suffocation, je crois nécessaire, messieurs, de réfuter une opinion émise par Niemeyer. Le professeur allemand explique l'accès de suffocation par la paralysie des muscles constricteurs du larynx, infiltrés au voisinage des fausses membranes ; il se passe alors, suivant lui, quelque chose d'analogue à ce qui a lieu dans la pleurésie, où l'on voit la paralysie des muscles intercostaux déterminer la dilatation de l'espace intercostal, qui paraît bombé. Véritablement cette explication n'est pas heureuse. D'abord, en ce qui touche la pleurésie, rien n'est moins exact : c'est le liquide et non la paralysie des espaces intercostaux qui produit la voussure en question ; aussi Trousseau faisait-il remarquer que souvent on perçoit la fluctuation au niveau de l'espace intercostal agrandi. Quant à la suffocation paroxystique éminemment intermittente du croup, comment pourrait-on l'attribuer à la paralysie, qui constitue un état morbide permanent, dérivant d'une lésion matérielle des nerfs ou des centres nerveux? En vérité, on ne comprend pas comment Niemeyer a pu un seul instant avoir l'idée de rattacher à une paralysie, phénomène passif ou plutôt négation de toute action, la manifestation paroxystique de la suffocation croupale, phénomène si évidemment et si dramatiquement actif ; tandis que cette suffocation s'explique de la façon la plus simple par l'intervention du spasme, qui, lui, est toujours intermittent.

Ainsi, messieurs, c'est par le spasme et non par la paralysie que cette suffocation doit s'expliquer ; de cette façon vous comprendrez ce paradoxe clinique que vous trouverez ainsi formule dans beaucoup d'ouvrages, même classiques : « Comment une suffocation intermittente peut-elle être produite par une lésion permanente?» Rien cependant n'est plus simple: ;\ la lésion permanente correspond la dyspnée continue ; au spasme corres-

Page 1