PATHOGÉNIE DU SPASME
pond la suffocation, intermittente comme lui. Une seule chose doit donc étonner, c'est l'étonnemcnt même des auteurs qui n'ont pas su voir la corrélation si évidente qui existe entre le spasme et tout rétrécissement.
Dans un cancer de l'in testin, clans un pincement de cel organe, on peut se demander comment l'irritation a lieu. Elle est déterminée par le carcinome, cela va de soi, et aussi par l'accumulation des matières; celles-ci, en effet, distendent, en s'arrêtant, le canal intestinal, et exercent une action toute mécanique sur le bout supérieur de l'intestin, qu'elles compriment ; à ce niveau, elles produisent par compression des hypérémies locales, voire même une véritable pblogose. De plus, ces matières peuvent subir une altération, une sorte de décomposition chimique, de telle sorte qu'elles deviennent irritantes, non plus seulement par leur quantité, mais bien par leur qualité. Vous voyez donc comment un rétrécissement peut être la source d'une irritation qui détermine des phénomènes réflexes ; c'est ce qui est arrivé chez notre malade du n° 22 de la salle Saint-Paul, qui a eu d'abord un rétrécissement de l'intestin, puis une oblitération, temporaire, il est vrai, mais qui n'en est pas moins certaine, v Cherchons maintenant à comprendre la pathogénie du phénomène. Voyez ce qui se passe dans une maladie légère en apparence, et cependant bien douloureuse, la fissure à l'anus. Ici se trouvent réunis deux éléments de maladie : la douleur et la contracture, qui a été signalée par Boyer dans un chapitre remarquable. Cette douleur, .si cruelle, est causée par la fissure de la membrane muqueuse, irritée au moment du passage des matières fécales ; et cette douleur, à son tour, produit une contracture .violente du sphincter de l'anus, lequel se trouve momentanément oblitéré. Ainsi la douleur seule est une cause de spasme.
Soit maintenant un fait plus complexe, soit un rétrécissement do l'urèthre ; interne diligent, vous avez fait votre visite avant l'arrivée du chef de service, puis vous essayez devant lui de pratiquer le cathéférisme avec la bougie dont vous vous êtes servi il n'y a qu'un instant, et le cathétérisme est impossible. Que sVsl-il donc passé ? La bougie a conservé son calibre, et a coup sur le malade n'a pas changé d'urètbrc. Eh bien, rappelez-vous
qu'au moment où vous avez pratiqué le cathétérisme pour la première fois, le malade a accusé une sensation douloureuse produite par les tentatives de cathétérisme auxquelles vous avez dû vous livrer; et vous comprendrez comment cette douleur a pu, par action réflexe, causer un spasme de l'urèlhre, spasme éminemment temporaire, car avec la môme bougie vous pourrez probablement à la fin de la visite franchir ce môme rétrécissement. Le contact de l'urine, qui souvent s'accumule en amont du rétrécissement, peut amener des accidents identiques à ceux que produit le contact d'une simple bougie : les malades ont alors une plus grande difficulté à expulser les urines, et d'ailleurs, dans ce cas, l'urine altérée devient une nouvelle cause d'irritation, et par suite une nouvelle cause productrice du spasme. De sorte qu'ici nous avons, d'une part, un rétrécissement permanent, d'autre part, un spasme qui exagère le rétrécissement, et une irritation qui cause le spasme.
Et dans les voies biliaires, que se passe-t-il au moment de l'accès de colique hépatique? Assurément, le calcul est pour une part dans l'imperméabilité du conduit hépatique ou cholédoque, mais il n'y est pas pour tout ; la preuve en est dans ce fait que le plus petit calcul, par l'irritation qu'il produit, amène souvent un spasme, et par suite une obstruction complète temporaire.
Voilà des preuves par analogie à l'appui de la loi générale que j'ai formulée au commencement de cette leçon ; voici de la même loi une preuve clinique qui n'est pas moins probante : hier matin, au moment de la visite, le malade dont je vous parle se plaignait d'une douleur ayant son siège entre l'ombilic et les fausses côtes gauches ; en cherchant à limiter cette douleur par la palpation, je la rendis plus vive ; elle s'exaspéra encore par la percussion. Quelques instants après, vous avez pu constater des gargouillements, une sorte de météorisme temporaire et une contorsion des anses intestinales ; c'était là un spasme réflexe, provoqué par l'irritation qu'avait causée mon examen.
Or, Longet nous a appris que les muscles de la vie organique ne se contractent que quelque temps après l'application de là cause irritante, et cela en raison de leur structure et de leur mode d'innervation. Deux fois, à quelques minutes d'intervalle, j ai