FONCTIONS ET LÉSIONS PHYSIQUES DE L'ENDARTÈRE
crétion ;\ accomplir, ne devait avoir ni glandes ni vaisseaux.
Eh bien, cette membrane inerte, qui se nourrit par imbibition, qui végète plus quelle ne vit j ce tissu, presque physique, est plus que tout autre, dans l'organisme, accessible aux causes physiques d'altération ou de destruction.
Mais d'abord, cette membrane interne est-elle susceptible d'inflammation? Assurément ce n'est pas ici le lieu de disserter sur la valeur de cette chose et de ce mot, V inflammation; ce que j'en veux dire, c'est que', connaissant la texture de l'endartère, si cette membrane s'enflamme, ce ne saurait être à la façon d'un tissu pourvu de vaisseaux; tout au plus pourrait-ce être h la manière de la cornée transparente, à laquelle on l'a justement comparée.
L'endartère ne saurait non plus s'enflammer comme une membrane séreuse ; celle-ci étant formée par un feutrage de tissu conjonctif (et il n'y en a pas dans l'endartère), étant tapissée par un épithélium pavimenteux et parcourue par des vaisseaux. Aussi les analogies pathologiques qu'on a voulu établir entre ces membranes sont-elles inexactes.
J e vous parlerai spécialement de l'endartérite chronique (mieux Connue que l'endartérite aiguë), et dont l'histoire pathogénique se résume, suivant moi, en ces trois mots :
Choc, Fatigue et Usure.
C'est un fait physique, le choc, qui, clans les points les plus divers (mais constamment les mêmes) de la canalisation artérielle, et dans les conditions en apparence les plus variées, en réalité, cependant, parfaitement identiques, produit la série des lésions,' toujours uniformes, de l'endartérite chronique. Celte leçon sera le développement de cette unique, mais fondamentale proposition, et les pièces anatomiques provenant du n° 1 de la salle Saint-Paul, non moins que l'observation de quelques malades du service, m'en fourniront l'occasion et la preuve.
Je ne m'arrêterai pas à discuter ici la'queslion quelque peu qumtessenciée de savoir si, dans un canal fermé de toutes parts
PRTEn. — Çlin, méd, 3' édil, I.— 19 '
et constamment rempli, il peut y avoir choc ou simple frottement. Qu'il y ait frottement (ce qu'au moins on ne peut nier) ou , choc (comme je le dis), c'est toujours une action physique exercée par le liquide en mouvement contre la paroi du canal où il se meut; et cela suffit à ma démonstration. - D'ailleurs, il ne me paraît pas difficile de prouver (et je le ferais si cela n'était pas absolument inutile) que dans tous les points d inflexion, par courbure ou par angle, il y a, indépendamment du frottement nécessaire, et qui s'accomplit dans les parties rectilignes de la canalisation artérielle, propulsion et par conséquent choc, contre la paroi infléchie, des molécules liquides en contact alors qu'elles sont pressées par celles qui arrivent lancées par le ventricule cardiaque.
S'il est donc démontré, et ce l'est, que les fonctions de l'endartère sont physiques, que sa texture est en rapport avec ces fonctions, que peuvent sur cette membrane les actions d'ordre physique? Évidemment déterminer une usure plus rapide et des lésions corrélatives plus profondes, là où le choc subi par la paroi artérielle est plus considérable. Reste à déterminer où ce choc est le plus fort. Évidemment encore là où le liquide en circulalion est animé de la plus grande quantité de mouvement; ce qui revient à dire là où il est en plus grande masse et doué d'une, plus grande vitesse d'impulsion; c'est-à-dire enfin dans les artères les plus grosses et le plus près possible du cœur. La fréquence et la gravité des lésions de l'endartère seront donc en raison du calibre des artères ;
C'est ce que j'appellerai la loi des diamètres.
11 est évident qu'après cela le choc et l'usure corrélative seront le plus considérables encore là, où l'ondée sanguine est obligée de s'infléchir, c'est-à-dire là où l'artère s'incurve et change de direction. Ainsi les lésions seront aussi très fréquentes au niveau des courbures artérielles ;
C'est ce que j'appelle la loi des courbures.
D'un autre côté, le choc et l'usure seront encore très grands
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aux points où l'ondée vient se briser on s'y divisant, au niveau par conséquent de l'embouchure d'une branche artérielle quelconque; là se trouve une saillie, un éperon de bifurcation contre lequel les molécules sanguines en mouvement frappent et se dévient, à la façon de l'eau d'une rivière contre la pile de l'arche d'un pont. 11 y a là choc sur l'angle de l'éperon et pression excentrique sur les deux points opposés de la paroi voisine. Ainsi encore les lésions artérielles sont fréquentes et considérables au niveau des divisions des artères, des éperons d'embouchure ;
C'est ce que j'appelle la loi des angles ou des éperons.
Enfin, indépendamment des causes fondamentales des lésions artérielles dérivant de l'action de l'ondée sanguine, ou causes intrinsèques des lésions, il en est une autre, extrinsèque, résultant des tiraillements ou des chocs subis extérieurement par l'artère, par exemple au niveau d'une articulation où les mouvements sont fréquents, puissants et étendus; telle est l'articu lation du genou ;
C'est ce qu'on peut appeler la loi des violences extérieures.
Voyons maintenant si ces lois déduites à priori sont vérifiées par les faits.
Sans préoccupation théorique aucune, et simples enregistreurs de faits, Lobstein et Rokitansky ont, chacun de son côté, dressé le tableau de fréquence des lésions internes des artères. Voici ces tableaux; nous verrons à les interpréter tout à l'heure, en leur appliquant les lois en question :
FRÉQUENCE DES LÉSIONS ARTÉRIELLES d'après
LOBSTEIN.
I" Crosse de l'aorte; 2" Aorte à son extrémité inférieure; 3° Aorte thoracique ; l,o Artère splénique ; 5° Aorte abdominale; ' 6° Artère crurale avec toutes ses branches ; 7« Artères coronaires du cœur; 8° Sous-clavières; 90 Bifurcation de la carotide primitive ; 10° Carotide interne ; 11° Artères cérébrales; 12° Carotide externe; 13" Artères des parois thoraciques
et abdominales; 14» Artères brachiales; 15" Rameaux des artères ombilicales ;
16° Petites artères intra-cérébrales; 17° Artère pulmonaire.
ROKITANSKY.
1° Aorte descendante ; 2° Crosse de l'aorte; 3° Aorte abdominale ; 4° Aorte thoracique; 5° Artère splénique; G° Artère crurale ; 7° Iliaques internes; 8° Artères coronaires; 9° Carotides internes; 10° Artères vertébrales; 11° Artères utérines; 12° Artères brachiales; 13° Sous-clavières; 14° Artères spermatiques; 15° Carotide primitive; 16° Hypogastrique; 17° Artère pulmonaire.
Très exceptionnellement : artères mésentériques , cœliaque , coronaire stomachique, hépatique, épiploïque.
Vous voyez d'abord que ces tableaux sont à peu près exactement d'accord. Essayons maintenant, non pas de les lire seulement, mais de les comprendre; ce que, jusqu'à présent, l'on ne semble guère avoir songé à faire.
La première en tête du tableau de Rokitansky se trouve l'aorte ascendante, ce qui est la vérification de la loi des diamètres. La première en tête du tableau de Lobstein (seconde du tableau de Rokitansky) se voit la crosse de l'artère; ce qui est d'accord à la fois avec la loi des diamètres et celle des courbures. Puis vient aussitôt, dans le même tableau de Lobstein, l'aorte à son extrémité inférieure, c'est-à-dire au niveau de sa bifurcation en iliaques primitives, point où elle présente un éperon tellement saillant, et qui est juste dans l'axe du courant sanguin, lequel vient s y heurter avec toute sa puissance; aussi en ce point trouve-t-on très fréquemment une lamelle pierreuse, parfois presque cou-