VÉRIFICATION DES LOIS PHYSIQUES
pante, ot souvent aussi épaisse que celle qu'on observe alors à la courbure de la crosse aortique. Or, cette place occupée dans le tableau de Lobstcin par l'extrémité inférieure de l'aorte est la vérification de la loi des éperons unie à celle des diamètres. C'est en vertu des mômes lois que l'aorte thoracique (artère volumineuse et donnant naissance à de nombreuses collatérales) occupe la troisième place dans le tableau deLobstein. Mais voici venir après elle V artère splénique, qui précède ainsi l'aorte abdominale (Lobstein) et l'artère crurale (Rokilansky). Or, si le volume seul prédisposait à la lésion, ainsi qu'on l'a dit bien à tort, et par une interprétation d-es faits aussi superficielle qu'insuffisante; si, dis-je, le volume seul de l'artère la prédisposait à la lésion, on ne comprendrait absolument pas pourquoi l'artère splénique est plus souvent et plus gravement lésée que des artères beaucoup plus volumineuses qu'elle, tandis qu'on le comprend par la loi des courbures, l'artère splénique étant remarquable par ses flexuosités. La chose est bien autrement évidente encore pour les artères coronaires du cœur, qui viennent avant les sous-clavières dans le tableau de Lobstein, et avant les carotides internes dans celui de Rokitansky. Ici, les courbures des vaisseaux ont été bien autrement efficaces que leur diamètre pour produire des lésions.. J'ajoute qu'indépendamment des courbures, il y a pour ces artères le voisinage du C(eur, c'est-à-dire la plus grande quantité de mouvement (à diamètre égal) dont en ces points se trouve animé le sang. De même les artères vertébrales, dont les courbures sont si considérables, viennent dans ces tableaux avant les utérines, plus volumineuses qu'elles. Pour les mêmes raisons, les artères cérébrales, si flexueuses, se voient avant les carotides externes, presque rectilignes. Ici encore la loi des courbures a plus de puissance que celle des diamètres ; elle explique la triste fréquence des lésions de nutrition de l'encéphale avec l'âge : la nature avait à protéger la pulpe du cerveau contre un choc sanguin trop direct et trop violent, en même temps qu'à multiplier les sources de sa nutrition pour suppléer à des causes d'insuffisance momentanée; elle ne pouvait atteindre ce double but qu'au moyen de courbures et de divisions nombreuses. Il en résulte que ce qu'y gagnait le cerveau, les artères le perdaient,
Seulement, la lésion définitive du cerveau était de beaucoup reculée, en raison de ce que l'altération artérielle est très lente à se faire et qu'elle existe longtemps avant de retentir sur la nutrition de l'encéphale. Vous voyez aussi, dans le tableau de Lobstein, que les pertes artères \m\\\-cérébrales, c'est-à-dire les nourricières du cerveau, sont beaucoup moins fréquemment frappées que les grosses artères de la môme région ; ce qui est d'accord avec la loi des diamètres.
Seule l'artère pulmonaire, qui ligure, à la fin des tableaux, semble se soustraire aux lois invoquées. Eh bien, l'infraction n'est qu'apparente et l'immunité parfaitement naturelle : si la colonne lkiuide qui traverse l'artère est volumineuse, la quantité de mouvement qui l'anime est peu considérable, le cœur droit n'ayant à lancer le sang qu'à une faible distance, et ce liquide n'ayant aucun obstacle à vaincre dans sa voie rectiligne du ventricule droit aux capillaires du poumon. Pour les mêmes raisons, l'artère pulmonaire (veine artérieuse) possède une tunique élastique beaucoup moins épaisse que celle de l'aorte, et résiste moins au choc de l'ondée : l'endartôre s'y trouve ainsi comprimé entre des forces moindres que dans l'aorte. Ce n'est donc point parce que le sang qui la baigne est de nature veineuse et, comme on l'a dit, à tort, après Bichat, moins irritant, que les lésions y sont si peu fréquentes et si peu graves : il en est ici comme pour le ventricule droit ; c'est, dans des organes mécaniques, affaire de pure mécanique : la force déployée est moins grande, le choc moins puissant et l'usure moindre. Les altérations qu'on y observe sont rudimentaires ; au niveau des éperons, par exemple, ce sont des taches opalines, à peine saillantes et dues à un commencement d'athérome des cellules profondes de l'endartère.
C'est par l'observation des faits, ainsi que par la discussion raij sonnée des tableaux de Lobstein et de Rokitansky, que je suis arrivé à la notion des lois que j'ai développées ; mais déjà Rayej avait fait intervenir, clans l'étiologie des lésions inllammatoires des artères, les irritations mécaniques par « l'extension portée au-delà des limites propres à l'étal normal tes organes fibreux » (et il donnait comme exemple la crosse de l'aorte), ainsi que le contact d'une artère avec « une partie dure où elle est plus irritée