FATIGUE ET AHTIIHITES RHUMATISMALES
J'ai eu maintes fois l'occasion de vous faire constater, en pressant le grand trochanter de manière à refouler la tête du fémur dans la cavité cotyloïde, que celle articulation est douloureuse, C'est-à-dire affectée par le rhumatisme, sans que les malades s'en plaignent spontanément.
Si la question de fréquence du rhumatisme des articulations était une question de surface, l'articulation sacro-lombaire sci ait habituellement frappée; elle l'a été une fois sur 93 cas. Or, c'est une articulation très peu mobile. Quant aux articulations de la colonne vertébrale, qu'on songe un peu à la décomposition de mouvements qui s'opère dans cette colonne, et l'on comprendra que la fatigue ainsi partagée entre toutes ces articulations est médiocre pour chacune d'elles.
Ce n'est pas tout. Dans notre monde civilisé, on utilise bien .plus fréquemment le membre supérieur droit quê le gauche ; eh bien, toujours les articulations du côté droit ont été plus fr.éqiiemment malades que celles du côté gauche : ainsi, l'articulation huméro-cubitale droite l'a été 19 fois ; la gauche 1 5 ; l'articulation radio-carpienne droite 49 fois, la gauche M ; les articulations métacarpo-phalangiennes ou phalangiennes de la main droite 8 fois celles de la gauche 4. Tandis que les articulations des membres inférieurs sont à très peu près également frappées à droite et à gauche.
Le cas le plus intéressant peut-être à cet égard, que nous ayons vu ensemble, est celui d'un forgeron qui, ayant une blennorrhagic, eut, non pas une arthrite du genou (comme il est assez habituel dans ce cas pour qu'on en ait fait une caractéristique de cette forme de rhumatisme dit blennorrha g ique), mais une arthrite dans sa seule articulation scapulo-humérale droite, c'est-à-dire dans celle qui fatigue le plus, par l'acte professionnel du forgeron ; le bras droit se livrant alors à un véritable moulinet dont le centre de rotation est la cavité glénoïde de l'omoplate. L'arthrite Résista près de trois semaines à un traitement par les ventouses Sé&nfiées et les vésicatoires. Les douches et le massage en eurent enfin raison.
-Mais l'idée de fatigue implique celle d'usure, et l'idée d'usure Clique celle d'une réparation habituelle plus active, ou, en
m LE RHUMATISME AIGU.
d'autres termes, d'une prolifération incessante qui peut bien constituer l'imminence morbide pour ces articulations fatiguées.
Supposons un moment que ce soit directement et parce qu'elles sont superficielles, que les articulations des genoux et des chevilles sont frappées par le froid. Mais les articulations des dolgts sont bien autrement superficielles et bien moins vêtues que celles dont nous parlons et qui sont le plus fréquemment atteintes ; car enfin je ne sache pas que l'ouvrier qui travaille en plein air le fasse avec des gants, et, si peu protégés que soient ses genoux, ds sont encore plus couverts que ne le sont ses mains. Or, les articulations des doigts sont les moins souvent atteintes par le rhumatisme aigu, ainsi que le prouvent l'observation clinique et le
tableau de Monneret.
Allons plus loin encore dans la démonstration par l'absurde., . Vous avez vu par nos malades, qui tous ont eu de l'endocardite, combien est vraie la loi de coïncidence découverte par Boudlaud Eh bien, l'endocarde est non seulement situé profondement mais encore il se trouve en rapport avec le sang à l'endroit où celui-ci, bien qu'un peu refroidi par son passage à travers les poumons, conserve néanmoins dans le cœur gauche une très haute température. De sorte que, pour que l'endocarde fut atteint par le froid, il faudrait, pour ainsi dire, que le corps tout entier fût gelé. Et l'on arrive alors à ce dilemme insensé, que le rhumatisme frappe les articulations parce qu'elles ont trop froid et l'endocarde parce qu'il a trop chaud !
Donc, messieurs, le rhumatisme est une affection générale et non point une maladie locale ; il n'atteint point les tissus au hasard, mais il les frappe par voie d'élection ; s'il affecte les jointures, c'est au même titre que. l'endocarde et parce que celui- ci comme les éléments de ceux-là sont des tissus très peu vivante des tissus épithéliaux. Ainsi s'explique ce qu on a appelé a to mobilité du rhumatisme et ce que j'appellerais apparente polymorphie successive. Ce n'est pas le rhumatis qui se déplace, comme le croyaient les anciens (c où ^ son > no* dérivé de fcû, je coule, idée par trop hydraulicienne) cest a maladie qui exprime la nouvelle façon d'être de l'organisme par