FATIGUE ET ARTHRITES RHUMATISMALES
Comparez maintenant, je vous prie, à cette action presque violente du cœur contre son enveloppe, à ce rude frottement du péricarde cardiaque contre le péricarde pariétal, le frottement doux de la plèvre pulmonaire contre la plèvre costale, dans les mouvements d'ampliation des poumons ; le frottement plus doux encore du péritoine viscéral contre le péritoine des parois; et cnlin celui bien plus doux, s'il se peut, de l'arachnoïde cérébrale contre le feuillet épithélial de cette membrane qui tapisse la cavité du crâne; — comparez, dis-je, ces actions et les lésions pathologiques ; voyez, jugez, et dites s'il n'y a pas là vérification et confirmation de la loi des frottements, comme cause prédisposante aux lésions et, dans l'espèce, aux déterminations aiguës du rhumatisme !
lie même aussi les muqueuses sont moins souvent atteintes par le rhumatisme que les séreuses — et moins encore que les muqueuses, les parenchymes.
Voilà qui est un fait d'observation et non une vérité de raisonnement.
Etant admises, maintenant, ces idées que le rhumatisme frappe d'autant plus fréquemment les tissus qu'ils sont plus rudimentaires — c'est-à-dire moins élevés dans la hiérarchie des tissus vivants, intermédiaires, pour ainsi dire, entre les tissus organisés et les substances inorganiques, moins aptes par conséquent à résister aux actions physiques, telles, par exemple, que le frottement ou la pression — on comprend que, parmi les tissus et les organes, ceux que frappera surtout le rhumatisme seront évidemment les articulations. Et, parmi les articulations, celles qui seront le plus habituellement atteintes seront évidemment celles qui sont le plus fatiguées.
Or, rappelez-vous cette fatigante monotonie dans rémunération que je vous ai faite des articulations d'abord atteintes chez nos malades : les genoux ou les chevilles, les chevilles ou les genoux, cela n'a pas varié. Pensez-vous que cela soit exceptionnel ou un effet du hasard ? En aucune façon. Nos cas particuliers ressemblent aux cas généraux, ainsi que vous allez voir. L'un de mes maîtres, Monneret, a eu la patience de faire le dénombrement des articulations affectées clans 93 cas de rhumapeter.— Clin. méd. 3« édit. , 24
tisme articulaire aigu, et vous trouverez ce tableau souvent cité sans explication : nous allons, nous, essayer de le comprendre. Voici d'abord les chiffres :
Articulation fémoro- tibialc 62
radio-carpieime 1,9
— tibio-tarsienne 41
scapulo-humérale ' 19
— coxo-fémorale 8
Puis cela tombe à des chiffres de 2 ou de \ pour les autres articulations.
On s'est empressé d'en déduire que c'étaient les grandes articulations qui étaient ordinairement affectées dans le rhumatisme. La conclusion me paraît incomplète et inexacte, ainsi que nous le verrons dans un instant.
Que si, maintenant, l'on fait intervenir la notion de fatigue, le tableau commence à s'animer et à n'être plus lettre morte.
S'il est en effet, des articulations qui se fatiguent, ce sont celles des genoux et des chevilles, qui fonctionnent toujours, môme à l'état de repos ; car, dans la station debout, où elles semblent reposer, elles supportent le poids de tout le corps, et dans les mouvements qui leur sont dévolus, elles n'ont pas seulement a se mouvoir, mais à supporter ce poids considérable. Avant l'articulation tibio-tarsienne vient la radio-carpienne. Or, je vous demande si cette dernière articulation n'est pas une des plus fatiguées du squelette? n'est-ce pas elle surtout que l'artisan me en œuvre, celle où se passent les mouvements les plus varies, et qui subit les frottements les plus cousidérables ? Qu'on examine par exemple., le bûcheron qui frappe, l'ouvrier qui lime, et 1 ou verra que c'est l'articulation du poignet qui accomplit les mouvements les plus actifs comme les plus divers.
Mais, direz-vous, l'articulation de la hanche supporte auss, poids du corps, et elle n'est atteinte que 8 fois sur 93. Il eslvr qu'en sa qualité d'énarthrose, l'articulation coso -fémorale subH des frottements beaucoup moins considérables ; je crois cependant qu'elle est plus souvent atteinte que ne l'indique le tableau .