‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 177 sur 287 · ENCORE LA VIEILLESSE ET L'ENDARTÉRITE · texte numérisé non relu

ENCORE LA VIEILLESSE ET L'ENDARTÉRITE

Nous n'avions pas encore examiné l'aorte que déjà nous savions qu'elle était malade et que nous connaissions l'un des points au moins où elle l'était : il nous restait à procéder à l'investigation directe de ce vaisseau, et pour cela à examiner la région cardioaortique.

Les bruits du cœur avaient ce timbre sec et légèrement soufflant qu'on observe si souvent dans la vieillesse, par suite de l'altération de l'endocarde valvulaire. Le diamètre vertical du cœur était de 11 centimètres sur 10 et demi de diamètre transversal; il n'y avait rien là de trop anomal et le cœur n'était pas sensiblement bypertropbié.

On ne trouvait pas non plus de souffle dans l'aorte, mais les bruits en étaient secs et durs. Il n'y avait pas davantage de voussure sternale, mais la percussion par le plessi graphe nous donnait huit centimètres de matité dans la région aortique; c'est-à-dire plus du double de la matité transversale physiologique (1) ; et, de plus, cette matité débordait de 2 centimètres le bord droit du sternum. Il y avait donc là une dilatation très notable de l'aorte à son origine; de sorte que si vous rapprochiez ces signes physiques de ceux que nous donnaient l'examen de la radiale, les tracés sphygmographiques, l'auscultation et la percussion du poumon gauche, vous étiez autorisés à dire définitivement que cette femme était vieille par ses vaisseaux comme elle l'était par son aspect général; que la sénilité vasculaire avait produit une dégénérescence athéromato-calcaire très profonde de l'aorte; d'où s'en étaient suivies une dilatation de la portion ascendante du vaisseau, une éventration de celui-ci en un point de sa courbure, ou, en d'autres termes et pour parler le langage consacré, un anévrysme vrai de l'aorte dans sa portion verticale et Un anévrysme faux dans sa portion infléchie.

Mon diagnostic définitif fut donc : dégénérescence de l'aorte, anévrysme vrai de la portion verticale, anévrysme faux de la crosse produisant une compression de la sous-clavière gauche et de la bronche du môme côté.

Mais ce n'était là qu'une partie de la question, la partie mé-

(1) Voir YEndarlérite, leçon XIV, p. 320.

canique en quelque sorte; restait à résoudre Relie des douleurs de Yangorpectoris dont se plaignait cette femme; et ce n'est plus maintenant pour vous chose difficile : la souffrance rétro-sternale, la sensation si pénible de constriction thoracique, l'oppression, paroxystique la nuit comme ses douleurs, comme ses palpitations, comme son angoisse agonique, tout cela devait tenir, vous disais-je (et tenait, en effet, vous l'allez voir), à une lésion du plexus cardiaque au voisinage de l'aorte malade.

Maintenant, comment celle-ci l'était-elle devenue? L'aorte était malade parce que la femme était vieille, et cette femme n'était si prématurément aussi vieille que parce qu'elle était pauvre et que, depuis vingt-cinq ans qu'elle habitait Paris, son existence y avait été des plus misérables. Par une ironique antithèse sociale, cette femme était ouvrière confiseuse, elle faisait des bonbons et manquait souvent de pain. Eh! messieurs, vous savez comment la misère physique entraîne à sa suite la misère physiologique.

Alors ce sont nécessairement les tissus les plus physiques qui s'altèrent et succombent les premiers (1) ; particulièrement, cette sorte de tuyau de caoutchouc (tunique élastique), qui, tapissé d'un simple vernis (endartère), constitue en grande partie l'aorte. Et celle-ci sera frappée de préférence à l'artère pulmonaire, parce qu'elle subit de plus fortes pressions.

Donc cette femme était prématurément vieille parce qu'elle avait supporté à Paris vingt-cinq années de misère, qui comptent double, comme les «années de campagne »; son aorte était malade parce qu'elle était vieille, et son plexus cardiaque était compromis parce que l'aorte était malade. Telle est, en trois phrases, la pathogénie du cas.

Je vous disais toutes ces choses, passablement aventureuses, le 3 novembre 1871 (% et le 7 janvier suivant nous allions pouvoir en contrôler la valeur : la malade succombait subitement pendant la nuit (encore la nuit!) à la rupture d'un anévrysme de la portion thoracique de l'aorte. Sa vie, pendant son séjour à 1 hô-

(1) Voir les leçons sur YEndartéritc, p. 289, le Rhumatisme, p. 3GS, etYEndo.

%Tc'es\3c7e9qui résulte des notes prises a une conférence clinique de ce jour, par MM. Clioyau et Finol, dont .i'invoque ici le témoignage.

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