‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 270 sur 287 · TOUTE MÉDICATION SYSTÉMATIQUE EST MAUVAISE · texte numérisé non relu

TOUTE MÉDICATION SYSTÉMATIQUE EST MAUVAISE

tionné de tartre stibié, 5 à 10 centigrammes, puis purgatifs salins, répétés tous les deux jours; limonade vineuse et bouillon. J'ajoute à cette prescription 10 à 1S centigrammes de kermès dans un julep. C'est ainsi que vous m'avez vu traiter un certain nombre de malades (1), et vous avez pu en constater les heureux résultats.

A" Au pneumonique dont la fièvre est nerveuse, la médication variera suivant qu'il y aura adynamie ou ataxie.

Dans le premier cas, aux antinerveux anodins, tels que le laurier-cerise, l'éther et de petites doses d'opium, on fera bien d'ajouter le vin de quinquina et surtout les substances alcooliques, comme le vin ordinaire, à la dose d'une bouteille par jour, ou l'eau-de-vie dans un julep sucré dans la proportion de 50 à 100 grammes. C'est là le triomphe incontestable de la potion de Todd, dont je vous parlerai tout à l'heure plus longuement.

Dans le cas d'ataxie, les substances alcooliques ne doivent pas être rejetées, au contraire, surtout si c'est d'un ivrogne qu'il s'agit ; seulement le vin convient mieux que l'eau-de-vie. Les préparations antinerveuses préférables sont alors l'opium et le musc.

5° A la lésion, au contraire, s'applique, clans tous les cas, le même traitement tout local, la révulsion, s'il y a lieu, à l'aide de ventouses scarifiées, de sangsues ou de vésicatoires.

C'est pour avoir oublié ou méconnu ces principes élémentaires de pathologie générale que certains médecins contemporains, préoccupés seulement de la lésion, sont arrivés à concevoir la pneumonie comme une maladie locale et univoque; ce qui les devait conduire à la conception de cette monstruosité thérapeutique d'une médication systématique quelconque également univoque.

Or, comme il n'y a pas une pneumonie, mais des pneumoniques, réagissant chacun à sa façon contre la maladie générale avec lésion pulmonaire; que la maladie générale est de beaucoup plus importante que la lésion locale; que la nature de la fièvre est bien autrement significative que le degré de la lésion;

(I) Voir, plus haut, leçon XXXIII, p. 763.

782 LES PNEUMONIQUES.

que les phénomènes concomitants ont aussi leur part de gravité, il s'ensuit que tout traitement systématique exclusif, quel qu'il soit, institué contre la pneumonie, est mauvais en tant que systématiquement exclusif, précisément parce qu'il n'y a pas une pneumonie.

J'ajouterai que les médecins qui ne craignent pas d'appliquer de pareils systèmes de traitement seraient coupables s'ils n'avaient pour excuse leur erreur ontologique. Et encore faut-il distinguer entre ceux qui, s'inspirant d'une idée théorique plus ou moins vraisemblable, mais en laquelle ils ont foi, imaginent un système qu'ils appliquent avec conviction; et ceux qui, sceptiques ou simples amateurs, essayent successivement, et avec la plus froide indifférence, les divers systèmes de traitement, en vue de reconnaître, s'il est possible, celui qui laisse mourir le plus de gens.

Ne croyez pas que j'exagère et qu'il ne soit pas de ces médecins expérimentateurs : Dietl, de Vienne, en est un; il a soumis 85 pneumoniques à la saignée et a eu une mortalité de 20,40 pour 100; il en a traité 106 par le seul tartre stibié, el la mortalité a été presque égale, de 20,70 pour 100; alors, enfin!! il a eu la bonne idée d'abandonner 1 89 pneumoniques à eux-mêmes, de faire ce que l'on appelle de l'« expectation pure », et la mortalité a été près de trois fois moindre, 7,4 pour 100.

Mais, de ce que ces expériences démontrent que l'expectation est une des moins meurtrières des médications systématiques (et elles ne démontrent que cela), il ne s'ensuit pas que l'expectation soit la médication préférable.

La question a été mal posée par Dietl et ses imitateurs : toutes les médications systématiques exclusives sont mauvaises, chacune n'étant spécialement bonne que pour des cas déterminés ; seulement l'expectation, ne faisant rien, ne trouble pas la nature, et laisse au moins au malade la chance de guérir, au cas où la gué= rison peut spontanément s'opérer.

Au contraire, cette chance même est ravie à l'infortuné pneu* monique que maltraite à contre-temps l'énergique médicatiori côntro-sLimulante ou antiphlogistique impitoyablement appliquée, en dépit des indications. Ces médications sont ici directe-

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