‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 269 sur 287 · TRAITEMENT SUIVANT LES INDICATIONS · texte numérisé non relu

TRAITEMENT SUIVANT LES INDICATIONS

rhéc. Telle était la pratique de Ghomel et de Grnveilhier; or, pendant toute une année que j'ai passée dans le service de chacun d'eux, je n'ai pas vu mourir de pneumonie un seul adulte vigoureux (sinon ceux dont je vous parlerai tout à l'heure et qui fUrerit victimes de l'expectation, commencée ailleurs que dans le service).

Dans ces cas, Monneret — qui avait été chef de clinique de Broussais, et qui avait une sorte d'horreur pour le système du grand réformateur, lequel saignait trop — Monneret ne saignait pas. En échange, il pratiquaitavec conviction le contro-stimulisme de Rasori, faisant d'abord vomir abondamment son malade et suppléant ainsi à la saignée. Après quoi il donnait la potion slibiée à la dose de 30 centigrammes par jour, en la faisant tolérer avec du sirop diacode. Sa pratique était plus heureuse que celle du service de Natalis Guillot, dont le service était contigu au nôtre, et où l'on employait exclusivement les saignées.

Gomme Monneret , Trousseau craignait aussi les saignées (à l'hôpital, je ne lui en ai vu prescrire aucune pendant les deux années que j'ai été son chef de clinique), mais il ne les rejetait pas systématiquement; il employait les antimoniaux : seulement, au tartre stibié, qui prostré trop rapidement les forces et intoxique plus facilement que les autres préparations d'antimoine, il préférait le kermès, qu'il donnait à la dose de 1 gramme à 1^,50 et même 2 grammes par jour. Au lieu de l'administrer en potion, il le faisait prendre en pilules, afin d'éviter ses effets topiques fâcheux sur la muqueuse du pharynx et de l'œsophage. Il associait dans chaque pilule, à 10 centigrammes de kermès, 1 centigramme d'extrait de digitale avec quantité suffisante de savon médicinal. Dès qu'il survenait ou des vomissements ou de la diarrhée, il donnait, pour obtenir la tolérance, une goutte de laudanum de Sydenham dans la cuillerée de liquide destinée à faire avaler la pilule.

Voilà, messieurs, ce que faisaient les maîtres éminents dont j'ai eu l'honneur de suivre les leçons; et, vous le voyez, ils ne se livraient pas à l'expectation. Ils ne la conseillaient que dans les cas déterminés tout à l'heure, et c'était de l'expectation rationnelle. D'ailleurs, tout en pratiquant le contro-stimulisme, ils

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soutenaient leurs malades de l'hôpital par des bouillons et une petite quantité de vin, Monneret et Trousseau surtout.

Vous comprenez que ce qu'on obtient dans ces cas par les anlimoniaux, on peut l'obtenir à l'aide d'autres moyens, par la digitale, par exemple; et c'est ce qu'ont fait de grands cliniciens, tels que Traube et Hirtz. La dose à laquelle Hirtz, de Strasbourg, administre la digitale dans la pneumonie est généralement de 75 centigrammes à \ gramme de poudre de feuilles sur 100 grammes d'eau et 20 grammes de sirop, administrés par cuillerée d'heure en heure; rarement va-t-il jusqu'à l6,23, et exceptionnellement à le, 50. Cette dose doit être répétée aussitôt que la première est absorbée. Plus la maladie est récente, ajoute Hirtz. c'est-à-dire plus elle est éloignée de la période critique, plus elle résiste à la digitale et exige des doses un peu plus fortes qu'aux approches de la défervescence naturelle.

Par ces moyens, Hirtz obtient la diminution parallèle du pouls et de la température : le ralentissement du pouls allant jusqu'à 60, 50 et même 40 pulsations à la minute : l'abaissement de la température pouvant être de 1°,5 au-dessous de la normale, et cela en trente-six ou quarante-huit heures après l'administration des doses modérées. La chute de la température s'annonce d'abord par l'absence de l'exacerbation fébrile du soir, puis le lendemain on trouve que la température a baissé de 2 à 3 degrés (de 40 degrés à 36°,5) (I).

Enfin, le même effet antiphlogistique est obtenu par la méthode des saignées coup sur coup, chacune venant ajouter son effet nouveau à celui de la précédente, au moment où il tend à s'épuiser; cet effet étant, suivant moi, la contracture vasculaire par action lipothymique. Mais cet effet n'est réalisé qu'au prix d'une spoliation devant laquelle on conçoit que l'on recule, et c'est ce qui a empêché la généralisation de la méthode de Bouillaud, malgré sa valeur rationnelle et malgré ses succès.

3° Au pneumonique dont la fièvre est bilieuse, le traitement de l'état bilieux fébrile : vomitif à l'ipécaçuanha, i gramme, addi-

(1) Hirtz, Digitale {Thérapeutique), dans Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie py-atiques, t. XI. p. 548.

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