‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 272 sur 287 · M INDICATION TONIQUE · texte numérisé non relu

M INDICATION TONIQUE

le Nord, en Suède, Magnus Huss, à l'exemple de Bennett et de Todd, en est arrivé à préconiser surtout la médication tonique. Or, l'ivrognerie est à ce point endémique en Suède, que Magnus Huss y a trouvé les matériaux de son célèbre Traité de C alcoolisme .

Ainsi, partout et toujours, l'influence toute-puissante de l'état général sur la maladie. Car si vous doutiez un moment de la faiblesse radicale des individus sur lesquels Bennett expérimentait, j'invoquerais le résultat comparé de deux méthodes thérapeutiques inverses, la saignée et les toniques, appliqués à la même population. Par la première méthode, Bennett eut l'énorme mortalité de 34,5 pour 100, et par la seconde une infime mortalité de 3,1 pour 100 ; c'est-à-dire une mortalité dix fois moindre. Le chiffre de 3,1 morts pour 100 pneumoniques est le plus bas de ceux qu'on ait jamais obtenus ; mais, je ne saurais trop le faire observer, c'était à l'hôpital, sur une population spéciale et dégradée. La médication tonique de Bennett, de Todd et de Huss ne vaut donc que pour cette population spéciale ; mais elle cesse de valoir dès là qu'elle devient exclusive et se trouve appliquée sans raison à d'autres organismes. Il est certain que si d'aventure on l'emploie sur un individu vigoureux, atteint d'une pneumonie franchement inflammatoire, la médication tonique pourra être aussi périlleuse que le seraient, chez un alcoolique, les saignées coup sur coup ou la méthode rasorienne.

Ce que vaut la médication tonique au cas de dépression profonde, on l'a bien vu pendant le siège de Paris. Les malheureux soldats pneumoniques, épuisés par le froid, la faim et la fatigue, semblaient tous atteints de fièvre typhoïde. Dans mon (ambulance de La Rochefoucauld, je ne les ai traités que par la potion de Todd (à la dose de AQ à 60 grammes d'eau-de-vie pour un julep de 120 grammes) et par le vin de Bordeaux libéralement administré. Quelques-uns refusaient cette potion, qui n'était qu'un excellent grog, disant « qu'il était trop fort », et préféraient le vin, dont j'ai donné à certains jusqu'à une bouteille et demie par jour; pour d'autres, j'ajoutais 10 à 20 centigrammes de kermès à la potion de Todd. Or, voulez-vous savoir quel a été le résultat de cette thérapeutique? En janvier et février 1871 peter.— Clin.méd, 3« êdit. i.— so

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j'ai reçu dans mon ambulance 18 pneumoniques, et je n'ai perdu qu'un malade. Or, parmi ces 18 pneumoniques, il y avait I G pneumonies unilatérales et 2 bilatérales ou doubles. De plus, parmi ces 16 pneumonies d'un seul côté, il y en avait 1 du sommet, et vous en savez l'habituelle gravité. Vous n'ignorez pas davantage le péril que fait courir la pneumonie double. Le seul cas de mort a été celui d'une pneumonie bilieuse du sommet, c'est-à-dire où l'adynamie se mêlait à l'état bilieux.

Comme confirmation de la valeur, en pareil cas, de la médication tonique par les substances alcooliques dans le même moment et pour la même population, voici des chiffres empruntés à M. le docteur Danet : sur 60 malades admis à son ambulance du Sénat et « atteints de bronchite à divers degrés ou de pneumonie » , il en traita 20 par les an tiphlogistiques, les antimoniaux elles vésicatoires, 50 par la digitale et les vésicatoires, 20 par l'alcool et les vésicatoires. Eh bien ! il en périt seize de la première série, douze de la seconde et seulement quatre de la troisième (1).

Je vous ai parlé de la pratique de Béhier, voici des détails sommaires à ce sujet : sur 36 pneumoniques soumis au traitement, 29 ont guéri. « Les 7 malades qui ont succombé, dit Béhier, ne doivent guère être mis à la charge du traitement ; car, au moment de l'entrée, ils étaient dans un état déjà fort grave : deux fois l'hépatisation était arrivée au troisième degré, et trois fois la pneumonie s'était déclarée chez des phthisiques déjà parvenus à la deuxième période. Enfin, le sixième malade était atteint d'une bronchite généralisée et de diarrhée, en même temps que de sa pneumonie parvenue à l'état d'hépatisation fort étendue et se rapprochant del'aspect de l'hépatisation grise sur certainspoints(2K »» Voici comment l'eau-de-vie était donnée : « 80 à 120 ou même 150, 200, et 300 grammes d'eau-de-vie ordinaire étaient étendus de 80 à 120 grammes d'eau édulcorée. Une cuillerée à soupe de cette potion était donnée toutes les deux heures aux malades. Chez quelques-uns, Béhier prescrit concurremment avec 1 eau-

(,) Q, Danet, Del'un des rôtesde l'alcool en thëvapeulique (extrait de la Gazelle

médicales, t. II. p. 006. 1865.

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