‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 273 sur 287 · L'ALCOOL ET GOMMENT IL AGIT · texte numérisé non relu

L'ALCOOL ET GOMMENT IL AGIT

de-vie l'acétate d'ammoniaque à la dose de 8 à 12 grammes dans une potion de 150 grammes. Une cuillerée à soupe de cette seconde potion était donnée de deux en deux heures en alternant avec la potion alcoolique, de façon que chaque heure le malade prenait une cuillerée de l'un puis de l'autre médicament. Chez le reste des malades, la potion alcoolique a été administrée seule. »

Il n'est pas douteux pour Béhier que l'eau-de-vie n'ait contribué puissamment à sauver plusieurs de ses malades. Il fait justement remarquer le danger de la pneumonie « chez des sujets de 66, 68, 69 et 77 ans, quand elle est étendue et qu'elle s'accompagne de prostration profonde et de délire » ; et plusieurs de ses malades étaient dans ce cas. Pas un n'était un buveur de profession ; Béhier croit donc que dans ces exemples « l'eaude-vie, largement maniée et aidée de bouillons, de laits de poule et promptement de potages ou d'autres aliments légers, a été d'une efficacité incontestable, et qu'elle a élevé l'économie au niveau du travail qu'elle devait accomplir; mais, se hâte aussitôt d'ajouter Béhier, les faits ne l'ont pas conduit à pouvoir accepter comme traitement systématiquement unique de la pneumonie l'ensemble thérapeutique qu'il a appliqué d'après Todd (1). »

Quant à la médication par les substances alcooliques, Béhier la considère comme un précieux moyen de relever et de consolider les forces de l'économie ; c'est-à-dire que ces substances sont des stimulants et des toniques; et je suis cette fois absolument de son avis.

Mais que parlé-je ici de toniques! Est-ce bien ainsi qu'agit l'eau-de-vie ou le vin? Les substances alcooliques ne sont-elles point réfrigérantes et par ce fait, antipyrétiques? Comme ces opinions ont été soutenues par des cliniciens de grand mérite et qu'elles s'appuient sur des expériences très sérieuses, il importe de s'y arrêter un instant.

Les expériences de MM. Perrin, L. Lallemand et Duroy oui

(1 ) Béhier Alcool (Thérapeutique, dans Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, l. II, p. 607. 180!',. ww*mmicm

7g8 LES PNEUMONIQUES.

servi de base à la doctrine opposée à celle qui considéraitl'alcool comme un aliment et un agent de calorification. Que sont (loue ces expériences?

« L'élimination de l'alcool en nature, disent les savants en question, commence peu d'instants après l'ingestion; elle est constante ; elle se continue tant qu'il existe de l'alcool dans l'économie. « Et la preuve, c'est que, « après l'usage d'une quantité modérée de boissons fermentées (600 à 700 centimètres cubes de vin, par exemple, soit environ 80 grammes d'alcool), les urines rendues quelques heures plus tard renferment assez d'alcool pour fournir à la distillation un produit capable de brûler. L'élimination de l'alcool par les reins, tout en diminuant progressivement, se prolonge assez pour qu'il nous ait été possible de constater encore sa présence dans l'urine seize heures après l'ingestion (1). »

Voilà pour les reins. Yoici pour les poumons : « dans les mêmes conditions que plus haut, il s'opère également une élimination notable par les poumons, Malgré tous les soins, on ne peut extraire des produits de l'exhalation pulmonaire autant d'alcool que de l'urine. L'élimination par les poumons se continue pendant une durée approximative de huit heures. »

Ce n'est pas tout, la peau exhale de son côté : « L'alcool s'échappe aussi par la peau et même il est permis de croire que c est par cette voie qu'il en sort le plus chez l'homme, bien qu il soit difficile d'en donner la preuve directe à cause de l'état physique dans lequel se trouvent les produits de la perspiration cutanée.»

Pour démontrer que l'alcool ne fait que traverser l'organisme en étranger, sans s'y décomposer d'aucune façon, et qu'il en sort comme il y est entré, c'est-à-dire « intact » , « à l'état d alcool . il aurait fallu que les expérimentateurs le retrouvassent en totaMe dans les produits d'excrétion ; or, ils n'en ont jamais découvert quune partie, partie absolument indéterminée, comme l indique le vague des termes employés, partie relativement 1res minime eu égard à la quantité ingérée.

Quoi d'étonnant d'ailleurs à ce qu'il en soit de 1 alcool, sm>

(!) Maurice Perrin, Alcool (Physiologie), dans Dinionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. II, p. B82.

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