TRENTE -SIXIÈME LEÇON
Toute médication est indirecte, même celle qui semble topique. — C'est très indirectement que la méthode émélo-cathartique arrête une hémorrhagie. — Que le vomitif produit la nausée; que la nausée provoque la contracture des petits vaisseaux, et que la contracture des petits vaisseaux arrête l'hémorrhagie comme la phlegmasie; ce qui est le contro-slimulisme.
Messieurs,
Nous avons encore employé la médication vomitive chez d'autres hémoptysiques du service, et avec le môme succès; en particulier, chez le malade du n° 32 de la salle Saint-Paul, qui présenta cette intéressante particularité que son hémoptysie avait été infructueusement traitée parmi premier médecin à l'aide de la médication hémostatique ordinaire.
Ce jeune homme, âgé de vingt et un ans, était entré dans notre service pour une tuberculisation pulmonaire datant de trois mois environ. Deux mois avant son entrée, il avait eu une première hémoptysie survenue à la suite de danses exagérées, et le lendemain une seconde était survenue après une rixe. Ces deux hémoptysies, qui avaient consisté chacune dans le rejet d'un verre de sang environ, s'étaient spontanément arrêtées. A l'entrée du malade, il y avait des craquements secs et humides, de la respiration soufflante, de la matité et de la dureté à la percussion. Ces signes étaient surtout marqués à droite.
Le 1er septembre, sans cause appréciable, le malade se mit tout à coup à cracher le sang en assez grande abondance pour en remplir un crachoir. Dans la journée du 2, l'hémoptysie se renouvela à la suite de l'ingestion de soupe trop chaude; et le crachement de sang reparut une troisième fois dans la nuit du 2 au 3.
824 LES HÉMOPTYSIQUES.
J'étais alors en vacances et, dès la première hémoptysie, le médecin qui me remplaçait avait prescrit un julep avec 4 grammes d'extrait de ratanhia, de la glace à prendre par petits fragments et des aliments froids. Ilavait d'ailleurs conseillé de garder le repos absolu et d'éviter de parler. Ce traitement fut impuissant, car l'hémoptysie continua, légère il est vrai, dans la journée du 3, pour devenir plus abondante dans celle du 4.
C'est alors que je repris le service et que j'ordonnai 2 grammes de poudre d'ipécacuanha à prendre en trois doses, à dix minutes d'intervalle. Le malade vomit abondamment sans rejeter de sang. Dans la journée, quelques crachats légèrement teintés de sang furent rejetés ; mais le lendemain l'expectoration était devenue mucoso-purulente, et toute trace de l'hémoptysie avait disparu.
Voilà huit jours que cette médication a été mise en œuvre, et depuis lors l'hémoptysie n'a plus reparu. Malheureusement la tuberculisation n'en continue pas moins son cours.
Nous avons donc ob tenu chez ce malade, quant à l'hémoptysie, les mômes résultats que chez les malades des n03 43 et 51 de la salle Saint-Paul, ainsi que chez celle du n° 10 de la salle Saint- Charles.
C'est ainsi, messieurs, que nous avons fait devant vous une médication perturbatrice et des plus indirectes pour arrêter une hémoptysie.
Mais, en réalité, toute médication n'est-elle pas indirecte ? Et n'agit-elle pas sur le mal par l'intermédiaire du malade, c'està-dire de son organisme, alors même qu'elle semble le plus directe ? Ainsi nous cernons la maladie par des lignes de circonvallation de plus en plus rapprochées, sans jamais l'attaquer de front; pour nous en rendre maîtres, il faut que l'organe et l'organisme consentent.
Soit un exemple des plus vulgaires, un furoncle ; c'est-à-dire une inflammation nécrosante primitive du tissu conjonctif souscutané, et une inflammation ulcéreuse consécutive de la peau. Il y a là des troubles locaux de la circulation, des stases vasculaires, des amas de globules arrêtés dans les vaisseaux; ol en même temps des troubles locaux de l'innervation et de la calo-