LÉSIONS GÉNÉRALISÉES.
En résumé, je dis qu'il n'est peut-être pas d'affection plus générale, ou mieux, plus généralisé ', qu'une maladie du cœur arrivée à sa période ultime et qui a parcouru le cycle complet de son évolution. Et celte maladie si généralisée est le résultat nécessaire, obligé, fatal, des troubles successifs survenus dans les fonctions dos organes de l'hématose, de l'hématopoièse et de la dépuration du sang. De sorte que l'individu ne meurt pas alors par son cœur, mais par tous les points de son être.
Ainsi, chez notre malade, nous n'avons pas seulement trouvé l'altération du cœur, mais celle des poumons, du foie, des reins, et aussi l'altération des muscles de la vie de relation ; de telle façon que si, par impossible, on eût pu remplacer le cœur malade parle cœur d'autrefois, il n'aurait pas été seulement comme un étranger au milieu de cet organisme altéré, mais il y aurait provoqué des désordres, n'y étant plus en harmonie avec les autres organes.
Je vous ai dit tout à l'heure que les lésions étaient multiples ; je vais vous les indiquer sommairement, et l'on vous montrera des pièces préparées pour l'examen micrographique.
On trouvait à la partie inférieure des poumons un état de collapsus qui faisait que cette partie avait cessé depuis longtemps d'être perméable à l'air. Par conséquent, il y avait toute une portion du poumon de cette femme supprimée pour la fonction de l'hématose. En réalité, elle n'avait donc plus de poumon à la partie inférieure. A la partie supérieure, le poumon était hypérémié d'une façon plus récente, et parce qu'il était hypérémié d'une façon plus récente, il était encore perméable à l'air; de telle sorte que, lorsque l'on comprimait cett.e portion, on en faisait sortir un liquide spumeux. Les parties latérales étaient fortement emphysémateuses. Ainsi, la partie inférieure ne recevait plus d'air, il n'y avait plus là de poumon; c'était comme une masse inerte dans laquelle l'air ne pouvait plus pénétrer et où la respiration était depuis longtemps impossible. Puis il y avait des parties hypérémiées, où le conflit entre l'air et le sang était des plus médiocres, et enfin des parties emphysémateuses.
Vous voyez donc qu'on pourrait dire que cette malade suc-
).6 LUS MALADIES DU CdlUR.
combait non pas à une asystolic, mais à une asphyxie, et à une asphyxie d'origine cardiaque.
Il y avait donc absence d'oxydation du sang.
Le sang était d'ailleurs peu abondant et de mauvaise qualité, parce qu'il se refaisait mal, parce que de proche en proche l'organisme s'était amoindri, et que, l'individu se tassant pour ainsi dire sur lui-môme, une partie de ses organes était morte, une autre seule étant restée vivante.
Car ce qui est vrai des poumons l'est également du foie. Le foie était non pas hypérémié, mais atrophié;
Le voici. 11 présente un spécimen de ce que les Anglais appellent le foie muscade (nutmeg liver), type caractérisé par l'existence de granulations entrecoupées de productions fibreuses, résultat d'une hypérémié longtemps prolongée ; consécutivement, il y avait eu atrophie de la glande.
Il y avait également une atrophie des reins, et, lorsqu'on fit les préparations micrographiques, on trouva que les tubes de Ferrein étaient altérés et leurs parois parsemées de cellules granuleuses, dont les noyaux avaient disparu. De plus, le tissu cellulaire interstitiel était en proie à une prolifération très active, de même nature que celle qui existe à un degré si considérable dans le foie.
Je n'insiste pas davantage ; vous le voyez, et c'est surtout cela que je veux faire ressortir : la prétendue asystolie n'existe pas ; la doctrine de l'asystolie est une doctrine incomplète. Il faut voir dans toute maladie du cœur une affection qui, purement locale au début, entraîne peu à peu une altération graduelle et parallèle de tous les organes, laquelle a pour conséquence définitive une altération profonde du sang, qui vient à son tour contribuer pour sa part à accélérer la déchéance de l'organisme entier.
Messieurs, je me reprocherais de vous avoir fait parcouru par la pensée le cercle morbide des affections du cœur, si presque de chaque point de ce cercle ne rayonnaient des indications thérapeutiques. Il est évident que nous ne pouvons rien contre la lésion initiale, mais nous pouvons beaucoup contre les troubles consécutifs, lesquels résultent de l'altération secondaire des vaisseaux. C'est donc à soutenir les vaisseaux qu'il faut s efforcer.