‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 60 sur 287 · CINQUIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CINQUIÈME LEÇON

Accidents cérébraux à la période ultime des maladies du cœur. — De l'influence sidérale : effets du jour et effets de la nuit sur l'organisme vivant. — Du délire nocturne, et comment il survient.

Diagnostic topographique de la lésion du cœur. — Sa faible importance. — Facilité de co diagnostic.

Messieurs,

Nous avons maintenant, au n° 37 de notre salle Saint-Paul, un malade atteint d'affection organique du cœur et qui est en proie à des troubles de l'intelligence, dont il faut que je vous parle.

Parmi les accidents cérébraux qu'entraîne la gêne de la circulation encéphalique, les auteurs contemporains (Bouillaud, Stokes, Grisolle, Valleix, etc.) n'ont guère signalé que des phénomènes que j'appellerais volonliers négatifs, en ce sens qu'ils sont la négalion des fonctions cérébrales, et résultent de la compression du cerveau; ce sont l'hébétude, la stupeur, la somnolence et le coma. Mais quant à ce qui est de l'exaltation, pervertie il est vrai, de ces mômes fonctions, laquelle dérive vraisemblablement de l'excitation de cette portion de l'encéphale préposée à la pensée, je veux dire la couche corticale des hémisphères; quant au délire mentionne cependant par Corvisart, quant aux hallucinations et aux attaques momentanées d'aliénation mentale, on ne les trouve pas signalées. Récemment, cependant, en 1868, un de mes collègues, M. Maurice Raynaud, en a parlé dans un remarquable travail sur la pathologie du cœur.

Déjà moi-même, avant la publication de ce travail, j'avais eu. en janvier 1867, l'occasion d'observer en ville un fait qui avait vivement frappé mon esprit etappelé mon attention sur cel ordre de phénomènes, d'autant plus intéressants pour moi qu'ils avaienl été méconnus ou délaissés par des auteurs justement célèbres.

ACCIDENTS CKUKUHAUX ULTIMES. 73

C'était chez un homme d'une soixantaine d'années, qui a occupé en Belgique une assez haute position politique et qui avait une lésion de l'orifice paîtrai, Ce malade, infiltré par les jambes et par les poumons, en proie à tous les accidents de l'asthénie cardiovasculairc, a eu pendant près de quarante-huit heures une véritable attaque d'aliénation mentale. Lui qui ne pouvait quitter son fauteuil ou son lit, il se lève tout à coup, s'habille avec l'assistance de son valet et sort en voilure « pour aller à la Chambre » , 11 se croyait en Belgique.

Or, je vous assure que jusque-là, et par suite d'une sorte d'égoïsme bien permis aux malades, il s'inquiétait bien plus de l'état de sa santé que des intérêts de son pays, objet de sa préoccupation presque exclusive autrefois. Et ainsi, deux jours de suite, il fit le tour des Champs-Élysées sous prétexte d'affaires politiques, étonnant son entourage par l'abondance de sa diction, qui contrastait avec sa laciturnité de malade. Puis, après cette période d'excitation, il retomba dans le collapsus en recouvrant toute sa lucidité d'esprit, et mourut une quinzaine de jours plus tard. J'ai observé ce fait avec le professeur Germain Sée, qui voyait fréquemment avec moi ce malade.

Eh bien, notre malade du n° 37 vient de nous présenter des phénomènes presque semblables. Vous savez qu'il est affecté d'une double lésion mitrale (insuffisance et rétrécissement, caractérisés par un bruit de souffle au premier temps, près, mais un peu au-dessous du mamelon, et par un dédoublement du second bruit). L'administration de la digitale a tellement ralenti la circulation chez lui, qu'il n'a plus que quarante pulsations à la minute, ce qui rend les bruits que je viens de vous signaler très faciles à percevoir.

Or, cet homme, qui a mené une vie assez accidentée et dont l'intelligence paraît singulièrement développée, vient d'être pris d'accidents cérébraux depuis quarante-huit heures. C'est la nuit qu'il se livre à des divagations de toute sorte; les yeux largement ouverts, il voit sa femme (ce qui est une véritable hallucination), et il converse avec elle sur le ton d'une discussion quelque peu animée; il parle de dettes qu'il aurait à payer et de beaucoup d autres choses de nature également déplaisante.

Remarquez, messieurs, que les accidents de notre malade sont surtout normes et viennent justifier cette proposition nettement formulée par Corvisart, à savoir, qu'a à la dernière période de l'anévrysme cardiaque on observe parfois du délire, surtout\& nuit. » 11 y a là tout à la fois l'affirmation d'un fait vrai et d'une induction pronostique : ces accidents cérébraux nocturnes ne s'observent en effet qu'à la dernière période des affections du cœur et indiquent que la fin n'est pas loin.

Tout récemment encore, je voyais en consultation avec M. Leroy-Dupré, à Bellevue, une dame qui - dans les huit derniers jours d'une maladie cardio-aortique (rétrécissement et insuffisance aorlique, dégénérescence athéromateuse et calcaire avec anévrysme consécutif de l'aorte), et en proie à l'asthénie cardiovasculaire la plus intense qui se puisse voir, avec congestions et infiltrations de toutes parts - avait chaque nuit des hallucinations voyait un enfant au pied de son lit, conversait avec lui, et se souvenait parfaitement pendant le jour de ses visions nocturnes, sur la vanité desquelles elle n'était pas même alors complètement édifiée.

Quelle est donc maintenant la pathogénie de ces singuliers phénomènes? Évidemment la môme que celle du coma, delà somnolence, et des phénomènes sub-apoplectiques signales par les auteurs. 11 y a de l'hypérémie cérébrale créée par la stase veineuse; seulement, cette hypérémie frappe des cerveaux d une certaine qualité, des cerveaux très excitables, dont les couches corticales ne peuvent pas s'hypérémier sans quil en résulte de troubles de la pensée ; et dont peut-être les couches cortaca es s'hypérémient à un plus haut degré et plus spécialement que les autres portions de l'encéphale, précisément en raison de la facile excitabilité du cerveau de ces individus. Le fait est que noire malade halluciné du n° 37 est doué d'une intelligence peu ordinaire, et qu'il en était ainsi des deux personnes dont je Viens de

V°Deuxlf2 doivent ici vous frappe,, la manifestation nocturne du délire et la période de la maladie où cet accident se produit. Eh bien, si l'hypérémie cérébrale (l'hypérémie des couche*

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