‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 76 sur 287 · AGONIE DU COEUR · texte numérisé non relu

AGONIE DU COEUR

Maintenant pourquoi l'artère résiste-t-elle ?

On 11e peut guère admettre que ce soit par sa force de contractilité, ce qui dans l'espèce n'aurait aucun sens, ni aucun but. Mais si l'on songe que les capillaires sont encombrés, qu'il existe de ce côté un barrage qui s'oppose à la libre circulation, en doit comprendre que la résistance à l'impulsion cardiaque vient de là ; et que si l'artère résiste à l'ondée cardiaque, si elle ne se laisse pas facilement distendre par elle, c'est que les capillaires résistent à l'ondée artérielle et s'opposent à ce que l'artère vide son contenu dans leurs réseaux.

Ainsi, malgré l'énergie de sa systole, le cœur ne peut pas débiter son contenu dans les artères, ni les artères débiter le leur dans les capillaires : et l'empêchement vient surtout des capillaires et non point du cœur ; c'est-à-dire encore une fois qu'il n'y a pas d'abord asystolie, mais asthénangie, par épuisement de la contractilité vasculaire.

Et il n'y a pas contradiction entre ce que je vous ai dit tout à l'heure de la faiblesse du cœur, ainsi que de l'état granuleux d'une partie de ses fibres musculaires, et ce que je vous dis maintenant de la vigueur relative de ses contractions. Si faible que le cœur puisse devenir, il possède toujours assez de force pour dilater les vaisseaux artériels, ainsi que le démontrent les tracés. Quant à la faiblesse de ces vaisseaux, elle vient de ce qu'ils ne peuvent se vider dans les capillaires encombrés et de ce que, comme le cœur, ils sont en partie devenus graisseux (1).

Par tout ce que nous savons, l'asystolie ne saurait donc constituer une période appréciable des affections du cœur ; ce n'est qu'un moment très court pendant lequel le cœur ne peut plus se contracter par suite de l'encombrement général des capil-

cardiaque. Le troisième bruit est alors produit par le claquement des valvules sigmoïdes de l'aorte, en retard sur le claquement des valvules sigmoïdes de l'artère pulmonaire ; et ce retard provient de ce que, le sang pénétrant difficilement par l'orifice auriculo-venlriculaire rétréci, le ventricule gauche se vide un peu plus lentement que le ventricule droit. Dans ce cas, le pouls artériel pourrait être un peu en retard sur le pouls cardiaque; mais tel n'était pas le cas de la malade qui a fourni ces tracés; chez elle, le dédoublement n'existait pas.

(1) L'asthénie vasculaire se traduit directement par certains signes qu'a bien indiqués M. Rigal dans un très remarquable travail {De l'affaiblissement du cœur et des vaisseaux dans les maladies cardiaques, p. 46. Paris, 1866). peter. — Clin. méd. 3e édit. i 9

laires. Réduite à ces limites, qui sont les vraies, la véritable asystolie ne serait que Y agonie du cœur.

Cette agonie du cœur se reconnaît à des signes que l'induction . pourrait vous faire prévoir, signes négatifs qui correspondent à la négation graduelle des fonctions physiques du cœur, ei qui sont, en premier lieu, l'affaiblissement, puis la disparition des claquements valvulaires ; en second lieu, l'affaiblissement et la disparition presque complète du choc précordial. Ainsi les bruits du cœur diminuent d'intensité, surtoutle premier, plus essentiellement actif que le second, et finissent par ne plus être perçus. Cette disparition totale des bruits est de la plus haute gravité et dénote en général la fin prochaine. 11 en est de même de l'affaiblissement considérable du choc du cœur. Cependant je ne l'ai jamais vu complètement disparaître, même au dernier jour de la vie : on le percevait encore, si faible qu'il fût, dans la région sous-mamelonnaire, et le cardiographe le révélait par une ligne onduleuse alors que le tracé sphygmographique était nul, le levier du sphygmographe ne pouvant plus être mis en mouvement par l'artère radiale.

Pour toutes les raisons que je vous ai dites, j'ai donc préféré appeler période d'asthénie cardio-vascidaire la période d'asystolie des auteurs français contemporains.

Eh bien, cette longue série de phénomènes subordonnés, dont la stase sanguine est la condition nécessaire et génératrice, tout cela ne constitue pas une complication, comme on l'a dit. c'est une conséquence de la maladie du cœur.

L'embolie, au contraire, est une véritable complication, en ce sens qu'elle est un accident qui pourrait ne point survenir. Elle peut résulter de ce qu'une végétation, un fragment de valvule, un caillot fibrineux et polypiforme se détache, puis, entraîné par le courant sanguin, s'en va au loin créer une oblitération vascu-

' C'est à un phénomène de cet ordre que sont fréquemment dues les attaques ^apoplexie dans les maladies du cœur. Le jeune homme, âgé de vingt-huit ans, couché au n° 40 de la salle Saint- Paul, vous en a offert un remarquable exemple. U es1 atteint d'une insuffisance mitrale, caractérisée par un bruit de souille

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