CE QU'EST L'ASYSTOLIE
Au contraire, l'amplitude de la dilatation artérielle est moindre que celle donnée par Marey, pour l'insuffisance mitrale. [Comparez le tracé inférieur de la ligure 4 au tracé de la figure S (fig. 200
Fig. 5.
de la Physiologie de la circulation de Marey).] Elle est moindre aussi que l'amplitude de l'insuffisance mitrale compliquée de rétrécissement, et donnée par Marey dans le tracé suivant (fig. 6, fig. 209 de son ouvrage).
Fig. C.
Ainsi, dans cette période dite à'asystolie, où il y a asphyxie et hydropisies multiples, le cœur conserve une notable vigueur d'impulsion, tandis que l'artère a perdu la plus grande partie de la sienne.
Cependant les tracés du cœur témoignent aussi de la gêne qu'il éprouve à se contracter ; car une vigoureuse contraction est suivie d'une contraction plus molle, comme si le cœur était fatigué de son effort. Evidemment les lignes d'ascension 2, 4, 6, 8, de la figure 4, et les homologues de la figure 7, montrent suffisamment que le cœur n'est pas asystole ; de même que les lignes 3, 5, 7, 9 indiquent qu'il se fatigue. De sorte que l'ensemble des tracés cardiaque et artériel démontre non pas l'asystoliedu cœur, mais là fatigue simultanée de cet organe et des vaisseaux , Y asthénie cardio-vasculaire. Cette manière d'envisager les faits me paraît plus exacte que la doctrine de l'asystolic.
Le problème est autre et plus complexe que ne l'avait supposé Beau : deux puissances et non point une sont compromises par la lésion valvulaire primitive, les puissances vasculaires et cardiaque ; et c'est par celles-là, et non pas par celle-ci exclusive-
ment, que l'enrayement circulatoire se produit. C'est ce que je m'efforce de démontrer dans ces études cliniques.
On remarque ordinairement, en pareil cas, une intéressante particularité du tracé simultané du pouls artériel et cardiaque, c'est le retard considérable de la pulsation de l'artère : ainsi le choc du cœur est complètement terminé que la pulsation artérielle ne s'est pas encore fait sentir (1).
Fia. 7.
Tracé supérieur : pouls cardiaque. Tracé inférieur : pouls radial simultané.
Les lignes ponctuées font voir le retard entre le pouls cardiaque et le pouls radial.
Le défaut d'isochronisme entre le pouls du cœur et celui de l'artère est donc de beaucoup plus considérable qu'il n'est habituel, et ce retardement de la pulsation artérielle ne peut être dû qu'à un obstacle à la libre circulation.
Eh bien, il est facile de voir que le retardement de la diastole artérielle ne vient pas du cœur, mais des capillaires.
En effet, en raison de l'insuffisance mitrale, la contraction ventriculaire imprime au sang un double courant : un courant rétrograde, qui retourne dans l'oreillette, et un courant direct, qui pénètre dans l'aorte. Ainsi l'insuffisance mitrale diminue la masse du courant direct, mais elle ne saurait influencer sa vitesse, aucun obstacle n'existant à l'orifice aortique. Et puisque la lésion mitrale ne peut produire que la petitesse du pouls, mais non son retard, et que néanmoins le pouls artériel est notablement retardé, c'est donc que l'artère résiste (2).
(1) C'est ce qu'on voit très bien sur les tracés supérieur et inférieur de la
(21 Ilarrive parfois que le rétrécissement milral produise le dédoublement du second bruit du cœur, de sorte qu'on entend trois bruits a chaque révolution