DES LÉSIONS PRÉTENDUES COMPENSATRICES
première lésion se trouvent donc en partie annulés par la seconde (1). »
Eh bien, c'est encore là une théorie décevante; car nous savons que, si, par effet rétroactif, le rétrécissement mitral produit des congestions veineuses d'abord dans le système de la circulation pulmonaire, puis dans celui delà circulation aortique, ce n'est que par la tension plus grande de l'artère pulmonaire, puis de l'artère aorte, que le cœur lutte successivement -pendant un temps plus ou moins prolongé contre la production de ces contestions. Or, le propre de l'insuffisance aortique est précisément de diminuer la tension dans l'aorte, c'est-à-dire de lui retirer le pouvoir qu'elle a de lutter contre les congestions.
Pour toutes ces raisons, je ne saurais donc m'associer à la manière de voir de mes collègues.
2° Quant à cette seconde proposition, à savoir : que « le rétrécissement mitral avec insuffisance est quelquefois beaucoup moins grave que l'insuffisance seule (2) », ce qui revient à dire que le rétrécissement compense l'insuffisance, il est bien évident que c'est encore là une pure conception théorique, dérivant de cette idée que, le rétrécissement rendant moindre l'hiatus de l'insuffisance, moindre en est le reflux du sang ventriculaire dans l'oreillette, puis dans les veines pulmonaires, au moment de l'occlusion imparfaite de la valvule mitrale (3).
Mais il est aisé de voir que le cœur ni la circulation n'y gagnent rien : — la circulation, car si le sang repasse en moindre abondance dans l'oreillette en raison de l'insuffisance rendue moindre, par contre il était passé en moindre quantité dans le ventricule par suite du rétrécissement ; — le cœur, car l'oreillette, dilatée par l'insuffisance, s'hypertrophie par le rétrécissement.
Et d'ailleurs, à le prendre autrement, un rétrécissement avec insuffisance c'est une insuffisance avec rétrécissement.
Or, qui donc oserait dire qu'il y a compensation dans ce cas,
(1) Raynaud, Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, p. 6G3.
(2) Bucquoy, Leçons sur les maladies du cœur, p. !i0.
(3) « Le rétréoissemetft mitral, dit Bucquoy, en modérant le reflux dans les veines pulmonaires, peut, jusqu'à un certain point, s'opposer a quelques-uns «les iïicheux effets de l'insuffisance mitrale. » (Loc. cit., p. 50.)
et que. l'organe comme La fonction se trouve bien de ce que le sang, après avoir passé lentement et laborieusement de l'oreillette dans le ventricule, reflue presque aussitôt en partie de celui-là dans celle-ci?
Envisageant maintenant la question à un point de vue plus compréhensif, ne nous préoccupant plus seulement du cœur considéré comme pompe et de sa lésion d'orifice ou de valvule, mais prenant en considération la masse du sang à mouvoir, les fonctions de ce liquide, la durée de la circulation et les besoins de l'organisme, nous allons voir .ee qu'il en peut être de ces prétendues lésions compensatrices.
Or, évidemment, la masse du sang étant proportionnelle à la masse de torgtmùme et à ses besoins, elle doit nécessairement, dans un temps donné, sous peine de dommage et même de péril pour l'organisme, parcourir le cycle complet de ses révolutions.
On est de la sorte en droit de se demander quel bénéfice résulte pour Yorganisme de ce que le sang, gêné par un rétrécissement mitral (exemple de lésion prétendue compensatrice) pour passer des poumons dans le ventricule gauche, soit gêné de nouveau par une insuffisance aortique pour passer du ventricule gauche dans le système de l'aorte. Car on peut concevoir tels globules sanguins hématoses, destinés à passer, à l'état normal, avec rapidité et sans obstacle de l'oreillette gauche dans le ventricule et de celui-ci dans l'aorte pour les besoins de l'organisme, qui, arrêtés dans leur marebe par le rétrécissement mitral, séjournent plus que de raison dans l'oreillette, pénètrent enfin dans le ventricule gauche, en sortent, puis y retournent par le fait de l'insuffisance aortique. Et, pendant^ "ces alternatives de va-et-vient, l'organisme attend en vain ses globules réparateurs.
Par conséquent, bien loin de voir une neutralisation de 1 une par l'autre dans cette association de lésions, il faut y voir une accumulation de méfaits, une double cause d'anémie: l„ une anémie du sang, par gêne de l'hématose, due au rétrécissement naîtrai et à l'obstacle rétroactif à la petite circulation ; S- une anémie des organes par récurrence aortique d'un sang mal hématose.
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Quel bénéfice aussi pour la circulation dérive de ce double relard apporté à la progression du sang?
Quel bénéfice enfin pour le cœur! dont non seulement le ventricule gauche s'hypertrophie'par l'insuffisance aortiquc, mais dont l'oreillette s'hypertrophie également par le fait du rétrécissement mitral. Double lésion par double obstacle !
Avant donc de formuler ces lois de compensation hydrauliqucment séduisantes, il eût été bon de les appuyer sur des statistiques bien faites; où l'on aurait vu, par exemple, comparativement, la nature des accidents morbides et la durée de la vie, dans le cas de lésion cardiaque simple et dans celui de la môme lésion combinée avec uue lésion dite compensatrice.
Et encore eût-on donné de pareilles statistiques — ce qu'on n'a pas fait — il aurait fallu faire intervenir soigneusement clans la question l'âge du sujet, son sexe, ses habitudes physiologiques, son milieu social, etc., etc.; toutes influences si éminemment actives, si difficiles parfois à apprécier, mais dont il faut néanmoins tenir compte. La chose est donc bien autrement complexe qu'on ne le suppose, et c'est à quoi il semble que l'on ait assez peu songé.
Je ne crois pas devoir insister plus longuement sur ces questions, que je ne pouvais pas non plus ne pas aborder, en raison de la valeur scientifique des auteurs qui les ont soutenues. De tout ceci, rappelez-vous seulement qu'un cœur doublement lésé est doublement malade : proposition de soi si évidente, qu'on ' s'étonne d'avoir à la démontrer.
Il n'est donc pas inutile au pronostic de savoir si la lésion cardiaque gauche est simple ou complexe, si le cœur gauche seul est malade, ou si le cœur droit est à son tour compromis. A ce propos, nous avons vu que les lésions du cœur gauche entraînaient toujours des troubles fonctionnels, puis des lésions consécutives du cœur droit, et je vous ai décrit cette troisième phase de l'évolution des maladies du cœur sous le nom de phase des accidents dynamiques ou des troubles de rhèmatopoièse dans ma VII'' leçon (1).
(1) Voir pluft haut, p. 100.
11 me reste à vous dire qu'il n'y pas de maladies du cœur droit indépendantes, protopathiques, cl qu'on puisse décrire isolément.
Ainsi, quand elles ne sont pas consécutives à une maladie du cœur gauche, elles le sont ;\ des lésions pulmonaires, que celles-ci soient primitives, ou qu'elles soient elles-mêmes consécutives à des déformations de la cage thoracique, telles qu'en produit, par exemple, le rachitisme.
Dans tous ces cas, l'obstacle à. la circulation, au lieu de commencer dans le cœur gauche par une lésion d'orifice ou de valvule, débute dans les capillaires mêmes de l'hématose qui refusent— dans une étendue plus ou moins considérable et proportionnelle à celle de la lésion pulmonaire — qui refusent de se laisser traverser par le sang que leur envoie le cœur droit. Alors, comme l'a très bien exposé M. le docteur Xavier Gouraud, dans une remarquable étude (1), « l'obstacle qui réside dans le poumon a pour effet d'augmenter la colonne sanguine comprise dans l'artère pulmonaire, et par suite d'amener la dilatation de ce vaisseau en triomphant de son élasticité. A son tour, cette dilatation portera sur l'anneau fibreux qui limite le pourtour de l'orifice de l'artère pulmonaire et contribuera à la production de l'insuffisance des valvules sigmoïdes de cette artère. »
Il en résulte une accumulation de sang noir dans le ventricule droit, la dilatation de ce ventricule et finalement l'insuffisance de la valvule triglochine par l'écartement dû à la dilatation ventriculaire. C'est ce que Gendrin a le premier décrit sous le nom d'insuffisance relative, voulant dire par là qu'elle n'est point le fait d'une lésion des valvules par endocardite ou autrement. Je vous en ai fait voir un bel exemple chez le malade du n° i , dont je vous ai parlé dans ma IIe leçon.
Je ne m'arrêterai pas à vous signaler les effets consécutifs de cette série de lésions secondaires du cœur droit, vous les ayant longuement décrits dans ma VIIe leçon. Ce que je veux vous dire ici, c'est que les maladies du cœur droit ne sauraient mériter une description à part, étant toujours consécutives soit à une maladie du cœur gauche, soit à une maladie grave des pou-
11 ) De l'influence pathogénique des maladies pulmonaires sur le cœur droit, par X. Gouraud, p. 46; 1865.