MALADIES DU CQEÎJR DROIT
morts, dont elles constituent la phase ultime. Vous saurez désormais facilement distinguer ce qui appartient au trouble fonctionnel du cœur droit dans l'ensemble symptomatique complexe de la maladie protopathique du cœur gauche ou des poumons.
Les lésions pulmonaires qui produisent le plus habituellement la maladie consécutive du cœur droit sont surtout les maladies chroniques des voies aériennes et spécialement l'emphysème vésiculaire très étendu, l'asthme, les catarrhes chroniques. « Toutefois, dit très justement M. Xavier Gouraud, les maladies aiguës, lorsqu'elles se sont généralisées dans tout un poumon, ou lorsqu'elles sont doubles, ou encore lorsque, étant assez limitées, elles surprennent une organisation frappée d'adynamie, peuvent amener cette complication du côté du cœur : les bronchites, les pneumonies, surtout chez les vieillards, se trouvent dans ces conditions (1). »
Il va de soi que les maladies consécutives du cœur droit sont bien autrement graves que les affections du cœur gauche, puisque, dans le premier cas, le malheureux malade commence sa maladie cardiaque par la fin. Je veux dire qu'il a de prime-saut, avant son affection du cœur droit, la lésion de la circulation pulmonaire, et bientôt, par cette même affection du cœur droit, la lésion de la grande circulation ; lésions circulatoires que nous avons vues constituer le péril, mais le péril tardif des maladies du cœur gauche.
En effet, que ce soit un emphysème pulmonaire ou toute autre maladie grave des poumons; que ce soit la déformation thoracique qui cause les troubles de la circulation de l'hématose, la chose importe peu : le malade a l'anémie par anoxémie avant d'avoir sa maladie du cœur droit; laquelle va lui donner bientôt l'anémie par anhématie.
Pour en revenir à l'ensemble des maladies organiques du cœur, il suit de ces leçons qu'il n'y a guère de distinction à faire que pour les lésions de l'orifice aor tique (et en particulier l'insuffisance des valvules de l'aorte), parce qu'au lieu d'être toujours, comme les lésions de l'orifice mitral, originellement, pri-
(1) De l'influence pallwgénique des maladies pulmonaires sur le cœur droit, p. !).
mitivement, de véritables maladies du cœur, elles peuvent être primitivement dos maladies de l'aorte, el qu'elles devaient à cette particularité d'origine certaines particularités de symptômes et de terminaison (1).
Nous pouvons donc diviser les maladies organiques du cœui gauche : 1° en maladies primitivement cardiaques, ce sont toujours les maladies avec lésions mitrales et quelquefois les maladies avec lésions aortiques ; 2° en maladies organiques du cœur gauche, primitivement artérielles, ce sont ordinairement les maladies avec lésions aortiques et surtout l'insuffisance aortique.
Ces maladies ont cette importance pratique qu'elles peuvent être compliquées de névrose par névrite du plexus cardiaque (2), même le rétrécissement de l'orifice aortique.
Quant aux maladies du cœur droit, nous venons de voir qu'elles sont toujours secondaires; ce sont des maladies terminales, qui viennent apporter leur contingent de désordre au trouble de la circulation générale, que ce trouble ait commencé en un point quelconque de la canalisation (au cœur gauche ou dans les réseaux vasculaires des poumons). Plus exactement encore, ces maladies du cœur droit sont l'avant- dernier terme de la série morbide des troubles circulatoires et le trait d'union obligé entre les lésions vasculaires de la petite circula tion et les lésions vasculaires de la grande. C'est pourquoi leur apparition a une si baute importance pronostique.
Telles sont, je crois, les seules catégories utiles à distinguer cliniquement. Toutes les autres divisions et subdivisions que quelques-uns ont tenté d'établir ne sont que des subtilités sans valeur pratique appréciable, et que je néglige volontairement, tenant plus à vous éclairer qu'à vous éblouir (3).
(1) Voir plus haut, 11° leçon, p. 24, et VIII* leçon, p. 138.
(2) Voir VIIIe leçon, p. 141 et 153; comme aussi les leçons XX1I1 et XX\ sur l'Aorlite avec névrite cardiaque.
(3) Du reste, uu des hommes qui ont le plus contribué à nous fane bien connaître les lésions du cœur et leurs signes, M- Bouillaud, après s'être demandé « s'il existe des signes propres à nous faire connaître le siège précis du rétrécissement dans tel ou tel des orifices du cœur, » ajoute que « la solution de ce problème est au fond plus curieuse qu'utile.» {Traité des malad.es du cœur, t. II, p. 362, a» édit.] ! Aussi ne parlé-je pas ici de certaines subtilités acoustiques où la clinique n'a rien à voir.