‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 92 sur 287 · ACCIDENTS PULMONAIRES GRAVIDO- CARDIAQUES · texte numérisé non relu

ACCIDENTS PULMONAIRES GRAVIDO- CARDIAQUES

défmilive. L'hémoptysie et la dyspnée allèrent toujours en diminuant, et la malade put alors parler autrement que par signes, ainsi qu'elle faisait depuis quelques heures.

Le traitement émôtique fut continué par l'usage d'une potion à la dose de 50 centigrammes de kermès administrée par cuillerées toutes les demi-heures. Enfin, sur les dix heures du soir, je fis appliquer douze sangsues à la hase de la poitrine. Les râles avaient notahlement diminue d'étendue et de finesse, l'expectoration n'était plus qu'à peine rosée et la malade finit par s'endormir. De tout cela je peux vous répondre, ayant passé la nuit avec Camphell auprès de la malade.

Vers les sept heures du soir, la malade était accouchée sans grande douleur d'un enfant mort. Et l'on eut le bon goût de ne m'attribuer ni la fausse couche ni la mort de cet enfant qu'avait tué l'asphyxie maternelle .

Le lendemain, je m'alitais pour une piqûre anatomique qui me tint près de trois semaines à l'écart et je ne pus de nouveau ausculter cette dame ; mais de mon lit de malade je dirigeai encore le traitement pendant les quarante-huit heures qui suivirent. C'est ainsi que je fus tenu au courant de la situation. En trois jours, tout était terminé; la malade entrait en convalescence; elle fut plus tôt guérie que moi.

La rapidité d'évolution des accidents vers le pire comme vers le mieux n'était point celle d'une phlegmasie franche, pneumonie ou bronchite, mais bien d'une congestion pulmonaire rapidement suffocante ethémoptysique. Seulement, quant àlacause première de ces accidents, qui était toute matérielle, comme on le verra, elle m'était restée inconnue, n'ayant ausculté la malade qu'au milieu du bruit des râles du catarrhe suffocant et n'ayant pu la revoir alors que ce tapage avait cessé.

Bientôt après elle quitta Paris pour aller à Tours, où son mari était appelé à occuper une grande situation militaire, Or, deux ans et demi plus tard, j'étais mandé dans cette ville par dépêche télégraphique ; les mêmes accidents s'étaient reproduits dans le cours d'une grossesse arrivée à son cinquième mois, comme en -1864, c'est-à-dire à une époque où le sang du fœtus commence h avoir une certaine masse. Mais, prévenus par le mari, les

médecins avaient renouvelé la médication instituée la première fois avec succès. La malade avait été saignée, et une potion kermétisée lui avait été administrée. Aussi, quand j'arrivai vingtquatre heures après le début des accidents, l'expectoration sanglante avait- elle presque cessé; mais on entendait encore des râles crépitants dans la moitié inférieure des deux côtés en arrière; il y avait de la dyspnée avec coloration toujours un peu violacée des lèvres.

Vivement intrigué par cette répétition d'une congestion pulmonaire double avec hémoptysie dans le cours d'une grossesse, ne doutant pas d'ailleurs que celle-ci ne fût la cause des accidents congestifs et hémorrhagiques, mais ne sachant comment associer ni expliquer matériellement ces phénomènes, j'auscultai la poitrine, ayant l'esprit préoccupé du problème, lorsque tout à coup je perçus un bruit morbide qui en donnait la solution. C'est du cœur que venait tout le mal ! Dans la région sous-mamelonnaire s'entendait au premier temps du cœur un bruit de souffle rude, presque râpeux, et le second bruit cardiaque était dédoublé. 11 n'y avait pas à en douter, une insuffisance delà valvule milrale existait, et c'était la maladie du cœur qui, la grossesse aidant, causait la congestion pulmonaire et l'hémoptysie.

J'appris alors que la jeune dame, de vingt-quatre ans, avait eu un rhumatisme articulaire aigu à l'âge de dix ans, lequel avait duré assez longtemps. Or, il n'était pas douteux que la maladie organique du cœur, dont je venais de constater l'existence, ne dérivât de l'endocardite rhumatismale de quatorze ans antérieure. De sorte que cette maladie cardiaque avait été absolument latente pendant douze ans, et que, dans les deux dernières années de cette période de quatorze ans, le silence morbide n'avait été rompu qu'à l'occasion de deux grossesses successives, c'est-à-dire quand, à la vie intrinsèque de la dame, venait se surajouter une existence extrinsèque ; quand ce cœur malade était obligé de battre pour deux ; quand ce ventricule, hypertrophié par la grossesse, faisait refluer dans l'oreillette une masse de sang augmentée par cette même grossesse ; quand enfin la valvule miLrale était ainsi devenue doublement insuffisante. L Comme les accidents asphyxiques immédiatement conjurés ne

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prireut pas les proportions de la première attaque congestive, l'enfant ne fut pas asphyxié dans le sein maternel, et la fausse couche n'eut pas lieu. Premier résultat d'une médication opportunément énergique.

Mais, comme la grossesse avait encore quatre longs mois à parcourir pour parvenir à son terme; que nous connaissions maintenant la cause première des accidents congestifs (je veux dire l'insuffisance mitrale) ; que les poumons allaient se trouver pendant ces quatre mois en état d'imminence morhide continuelle, par le fait de la grossesse compliquant l'insuffisance ; qu'il suffisait alors d'une cause innocente en d'autres temps (un refroidissement, par exemple, ou un effort un peu énergique) pour transformer cette imminence morbide en réalité; que l'automne était pluvieux et qu'on allait entrer dans l'hiver : il fut convenu avec MM. Thomas (de Tours) et Grozal, médecin et accoucheur de la dame, que celle-ci ne sortirait pas de ses appartements durant les quatre prochains mois, et qu'elle éviterait toute cause d'émotion, d'effort ou de fatigue jusqu'au terme de sa grossesse ; ce qui futfait. 11 n'y eut aucun retour offensif de la congestion, et, quatre mois après, la dame mettait au monde une belle petite fille, résultat nécessaire de mesures physiologiquement combinées.

11 y a près d'un an, j'étais appelé par un médecin d'Asnières pour voir sa sœur, Mmc H..., qu'il craignait bien d'être phthisique. Cette jeune dame avait été prise au cinquième mois de sa grossesse — au cinquième mois, je vous prie de le remarquer — d'accidents pulmonaires qui, en deux mois, étaient devenus des plus formidables ; et, comme sa mère est asthmatique au plus haut degré, qu'un de ses frères a succombé déjà à la tuberculisation pulmonaire, que la phthisie rapide est chose fréquente chez les femmes enceintes prédisposées à cette affection, le pauvre médecin osait à peine ausculter sa sœur, tant il craignait de découvrir les indices révélateurs de la maladie qu'il redoutait. Je vis cette jeune clame avec un praticien distingué qui devait l'accoucher, et avec un autre médecin du quartier de la Madeleine.

L'aspect de la malade était en effet celui d'une phthisique. Elle était pâle, considérablement amaigrie, avait perdu tout appétit,

et vomissait môme parfois, à la suite de quintes de toux, le peu d'aliments qu'elle prenait. 11 y avait une petite fièvre continue, et le pouls battait 120 à 160 pulsations. La toux était des plus fréquentes, surtout la nuit, l'expectoration, rnucoso-purulente, excessivement abondante. Quant à la dyspnée, elle était devenue telle, que la malade passait, depuis près d'une semaine, ses jours et ses nuits dans un fauteuil. 11 n'y avait pas de sommeil, en raison de l'oppression et de la toux, et, dès que la malade s'assoupissait un peu, elle se réveillait couverte de sueur. J'auscultai la malade, et j'entendis des râles fins et humides dans toute la poitrine ; en arrière et des deux côtés, il y avait un peu de submatité. L'état d'anxiété de la malade rendait d'ailleurs cet examen physique assez difficile.

En raison de tous ces faits que je viens d'én.umérer : antécédents de famille, grossesse, vomissements par le fait de la toux, sueurs nocturnes, émaciation rapide et fièvre continue, j'avoue que, prévenu comme je l'avais été par le frère, je considérai ces râles comme des craquements humides, et crus à l'existence de cette espèce de broncho-pneumonie de la tuberculisation aiguë. C'était d'ailleurs l'avis des trois autres médecins.

Cependant, comme il fallait au moins soulager la malade que nous ne pensions pas pouvoir guérir, je conseillai : contre la toux quinteuse et la dyspnée, l'iodure de potassium à la façon de Green, de New-York (2 grammes dans une potion gommeuse avec addition de 4 grammes de teinture de lobelia inflala) ; contre l'airection thoracique, de petits vésicatoires successifs; contre l'anorexie, les gouttes amères de Baumé (trois avant chaque petit repas) ; contre la dyspepsie, l'acide chlorhydrique étendu (trois gouttes après chacun de ces mêmes repas dans quatre cuillerées d'eau sucrée) ; comme analeptique, la viande crue râpée : comme tonique, le vin de quinquina au malaga par petites cuillerées.

A quinze jours de là, on me fit savoir que la malade était en voie de guérison, et qu'on désirait me revoir. Comme on ne guérit pas ces phthisiques-là, je n'eus garde de no pas me rendre à l'invitation. L'amélioration était en effet des plus sensibles, et les râles ne s'entendaient plus que dans la moitié in l e-

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