‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 91 sur 287 · ACCIDENTS PULMONAIRES GRAV1DO-CARDIAQUES · texte numérisé non relu

ACCIDENTS PULMONAIRES GRAV1DO-CARDIAQUES

Dans la soirée du 31 décembre 1804, j'étais appelé rue de Marignan, auprès d'une jeune dame de mes clientes, Mmo F..., enceinte de cinqmois et atteinte de bronchite, mais d'une bronchite aux allures telles, que Campbell, son accoucheur, avait jugé opportun de me faire intervenir. Quand j'arrivai, la maladie datait de vingt-quatre heures à peine, et déjà les lèvres étaient un peu cyanosées et la respiration très fréquente. Des râles muqueux fins s'entendaient nombreux dans la poitrine. Je redoutais un catarrhe suffocant et demandai une consultation, qui ne put avoir lieu en raison de l'heure avancée et du jour, consacré aux réunions de famille. Réduit à mes seules forces, tenant compte du péril de la situation, et malgré la grossesse, ou plutôt à cause de celle-ci, je prescrivis une potion kermétisée (à la dose de 40 centigrammes dans un julep de 120 grammes), à prendre par cuillerée à soupe d'heure en heure. Ce qui fut fait.

Le lendemain matin, la malade allait mieux, sans qu'il y eût eu de vomissements, et l'on crut devoir, sur un avis contraire au mien, diminuer la dose de kermès et donner une potion insignifiante. Quelques heures plus tard, vers midi, on me rappelait en toute hâte : la malade suffoquait. « Ah ! cher docteur, me dit le mari, c'est'fini, ma femme est morte! » Et, en réalité, la malheureuse dame était assez voisine de sa fin. Le pouls, filiforme, battait plus de 150 fois par minute, et la respiration, orthopnéique , s'accomplissait laborieusement 60 fois dans le même temps. Une pluie de râles crépitants s'entendait du haut en bas de la poitrine, dont la sonorité était partout restée normale. Les crachats mucoso-salivaires ou à peine rosés de la matinée étaient remplacés par des crachats sanglants et non rouillés, qui remplissaient le vase destiné à les recevoir. La voix était presque éteinte et la vue s'accomplissait comme à travers un voile qui allait chaque minute s'épaississant davantage. C'était le catarrhe suffocant dans toute sa terrible évidence, arrivé en moins de trois heures à la phase d'asphyxie confirmée, et compliqué à.' hémoptysie.

J'appliquai immédiatement une quarantaine de ventouses sèches, puis de ventouses scarifiées, sans succès appréciable. Un médecin du voisinage avait tenté de pratiquer une saignée qui

m LES MALADIES DU COEUR.

n'avail pas donné de sang; je résolus, nonobstant, d'en faire une nouvelle, et le bonheur voulut que le sang coulât largement ; jr lis une abondante émission sanguine. Elle fut bienfaisante; son premier effet fut de rendre la vision et la perception externe plus nettes, de faire disparaître le vertige et le bourdonnement d'oreille, et de permettre à la malade de mieux associer ses idées. La face pâlit, les lèvres devinrent un peu moins cyanosées. Mais la respiration ne fut pas aussi rapidement améliorée que l'innervation cérébrale, la dyspnée diminua peu à peu, mais trop lentement à notre gré; la poitrine restait pleine des mômes râles crépitants d'une excessive finesse, et le sang était toujours abondamment craché (4).

Cependant toutes nos tentatives thérapeutiques avaient pris du temps ; et comme la dame était d'assez haut rang, que la situation semblait mortelle et allait probablement le devenir malgré l'amélioration produite par la saignée, que c'était le jour de l'an, jour de visite, cela causait grand émoi dans tout ce monde. Comme d'ailleurs la famille est très religieuse, qu'on se préoccupait de l'éternité pourun enfant qui allaitmourir avant d'être né on agitait dans l'entourage la question de l'accouchement prématuré, et l'on murmurait aux oreilles de Campbell les mots d' « opération à faire », ce à quoi le judicieux accoucheur répondait que « l'enfant était mort et que bientôt la mère ne serait plus». Paroles qui démontrent la gravité de la situation et n'avaient rien d'exagéré.

Blache, qui avait été appelé en consultation, Campbell et Roberts étaient à peu près d'avis que la malade était perdue. Avec une certaine présomption, et peut-être aussi par suite d une audace qui m'est assez naturelle, seul je ne désespérais pas. Sur mes conseils, un vomitif fut administré. A trois heures de l'après-midi, 1^,50 de poudre d'ipécacuanha fut donné en trois fois à cinq minutes d'intervalle et provoqua d'abondants vomissements. Dès lors, l'amélioration commencée par la saignée fut

(i) Voi,. m bienfaits de la saignée, et de la saignée fondante dans la congestion pulmonaire rapidement suffocante de la ■"^.^K^ -Voir aussi (même leçon) mes recherches de Ihermométne locale démontrant l'existence de la congestion pulmonaire gravidique.

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